LA FÊTE NATIONALE
A Robert Hervieu.
Si ringénu, de Voltaire, venant de Huronie, les pieds chaussés de petites sandales, le chef orné de longs cheveux en tresses, débarquait un jour de fête nationale à Nantes, à Brest, à Cherbourg ou au Havre, il serait ravi, dans son humeur curieuse, par le spectacle environnant.
Partout des oriflammes, des banderolles, des drapeaux français, anglais, vénézuéliens, chinois et monégasques; les canons tonnant, les tambours battant, les cloches sonnant à toutes volées.
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En gagnant Paris, sur des chemins illuminés et pavoises, le Huron réfléchirait qu'il surprend un grand peuple dans les ivresses de quelque victoire. Avec un peu d'expérience, il supposerait peut-être encore que l'Europe a désarmé, que l'impôt a diminué ou que la Rente est convertie en lo pour loo.
Mais jamais on ne parviendrait à lui faire croire que tant de simulacres de joie sont déployés le 14 juillet i883 ou 1884, parce que la Bastille a été prise le 14 juillet 1789.
Je ne veux point récriminer sur le choix de cette date.
Parmi mes contemporains, les uns se représentent la chute de la vieille citadelle comme un événement épique et le triomphe de l'héroïsme civil; les autres soutiennent que ce fut une odieuse aventure où la multitude lâche n'eut à vaincre que plusieurs invalides. Ceuxci et ceux-là s'appuient sur l'histoire qui est