‹ La BhagavadgìtaChapitre 11 sur 54 · Les corps finissent ; l'âme qui s'y enveloppe · texte numérisé non relu

Les corps finissent ; l'âme qui s'y enveloppe

est éternelle, indestructible, infinie. Combats doncj ô Bhârata !

19. Croire que l'un tue, penser que l'autre est tué, c'est également se tromper ; ni l'un ne tue, ni l'autre n'est tué.

20. Jamais de naissance, jamais de mort ; personne n'a commencé, ni ne cessera d'être ; sans commencement et sans fin, éternel, l'Ancien (') n'est pas frappé quand le corps est frappé.

21. Celui qui le connaît pour indestructible, éternel, sans commencement et impérissable, comment cet homme, , ô fils de Prithâ, peut-il imaginer qu'il fait tuer, qu'il tue ?

22. Comme un homme dépouille des vêtements usés pour en prendre de neufs, ainsi l'âme, dépouillant ses corps usés, s'unit à d'autres, nouveaux.

23. Le fer nè la blesse pas plus que le feu ne la brûle, ni l'eau ne la mouille, ni le vent ne la dessèche.

> 24. Elle ne peut être ni blessée, ni brûlée, ni mouillée, ni desséchée; permanente, pénétrant tout, stable, inébranlable, elle est éternelle.

25. Insaisissable aux sens, elle ne peut être imaginée et n'est sujette à aucun changement. La

(') L'Ame. Ce n'est pas lé lieu d'entrer dans le détail des motifs qui ont favorisé cette dénomination.

connaissant telle, tu ne saurais concevoir aucune pitié.

26. Que si, même, tu pensais qu'elle naît ou meurt indéfiniment, même alors tu ne devrais concevoir aucune pitié pour elle.

27. Car ce qui est né est assuré de mourir et ce qui est mort, sûr de naître; en face de l'inéluctable, il n'y a pas de place pour la pitié.

28. Les êtres, ô Bhârâta, nous échappent dans leur origine; perceptibles au cours de leur carrière, ils nous échappent de nouveau dans leur fin. Qu'y peuvent les lamentations?

29. C'est merveille que personne Ia(*) découvre; merveille aussi que quelqu'un l'enseigne, merveille qu'un autre en entende la révélation; et, même après avoir entendu, personne ne la connaît.

30. Dans tout corps, cette âme, ô Bhârata, demeure, éternellement intangible; renonce donc à t'apitoyer sur l'universelle destinée.

31. Considère aussi ton devoir personnel et tu ne reculeras pas; car rien pour le Kshatriya ne passe avant un combat légitime.

}2. D'où qu'il lui soit offert, il ouvre pour lui là porte du ciel ; trop heureux sont les Kshatriyas, ô fils de Prithâ, d'accepter un pareil combat.

(*) « L'âme. » On sent ici combien est souvent faible et gauche la liaison entre les vers.

33- Te refuser à cette lutte légitime, ce serait forfaire à ton devoir, à l'honneur et tomber dans le péché.

34. L'univers racontera ton irréparable honte; la honte est pour l'homme d'honneur pire que la mort.

35. Les guerriers penseront que c'est par peur que tu as esquivé la bataille ; et de ceux dont tu avais l'estime, tu encourras le mépris.

36. Tes ennemis tiendront sur ton compte mille propos insultants; ils contesteront ta vaillance. Quel malheur plus cruel?

37. Mort, tu iras au ciel; ou vainqueur, tu gouverneras la terre. Relève-toi, ô fils deKuntî, résolu à combattre.

38. Considère que plaisir ou souffrance, richesse ou misère, victoire ou défaite se valent. Apprêtetoi donc au combat; de la sorte, tu. éviteras le péché.

39. Je t'ai exposé la doctrine dans l'ordre du sâmkhya : écoute-la maintenant dans l'ordre du yoga ('), et à quelle doctrine il te faut t'attacher,

(*) Si j'ai maintenu dans la traduction les termes sâmkhya et yoga, je tiens à prévenir tout malentendu. Ils ne visent pas, au sens étroit, les deux systèmes dont ils sont la dénomination technique. Comme plus bas, III, 3, c'est, d'une façon plus générale, le point de vue théorique et le point de vue pratique qui sont ici opposés : sâmkhya vise la spéculation, et yoga ne se

ô fils de Prithâ, pour t'afïranchir des chaînes du Karman.

40. Dans cette voie, aucune peine n'est perdue ; point de retour en arrière; un peu, si peu que ce soit, de cette pratique protège de beaucoup de souffrance.

41. Ici, ô fils de Kuru, une doctrine unique sûre d'elle-même; diverses à l'infini sont les doctrines des hommes que ne soutient pas la certitude. '

42. Il est une parole fleurie, ô fils de Prithâ, que proclament ceux qui n'ont pas la sagesse, ces hommes qui, attachés à la lettre du veda, professent qu'il ne faut s'embarrasser de rien d'autre.

4). «Esclaves du désir, qui ne voient que les joies paradisiaques (')! Elle ne produit que la renaissance comme résultat du Karman, se perd dans les complications de la liturgie, ne vise que les jouissances sensibles et les pouvoirs magiques.

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