‹ La BhagavadgìtaChapitre 12 sur 54 · Fascinés par les jouissances sensibles et les · texte numérisé non relu

Fascinés par les jouissances sensibles et les

restreint pas au code de discipline physique et morale qui prétend régler les méthodes du détachement, de l'extase, de l'ascension aux pouvoirs magiques. Yoga signifie d'abord effort, effort moral, et la Gîtâ l'emploie avec une large liberté et beaucoup de nuances.

(*) Le svarga, c'est-à-dire le séjour temporaire des dieux subalternes.

pouvoirs magiques, les hommes dont l'esprit est égaré par elle, ne sauraient réaliser dans la contemplation la vérité sûre d'elle-même.

45. C'est le domaine sensible des trois gunas ( l ) qui est l'objet des vedas; affranchis-toi, ô Arjuna, du domaine des trois gunas; demeure supérieur à toutes les sensations, de volonté inébranlable, indifférent à la richesse, maître de toi.

46. Un réservoir est abondant où l'eau afflue de tous les côtés ; de même un brâhmane éclairé fait son profit de tous les vedas.

47. Ne te préoccupe que de l'acte, jamais de ses fruits. N'agis pas en vue des fruits de l'acte ; ne te laisse pas non plus séduire par l'inaction.

48. N'agis qu'en disciple fidèle du yoga, en dépouillant tout attachement, ô Dhananjaya, en restant indifférent au succès ou à l'insuccès : le yoga est indifférence.

49. Gar l'acte, ô Dhananjaya, est inférieur infiniment au détachement intérieur; c'est dans la pensée qu'il faut chercher le refuge. Ils sont à plaindre ceux qui ont le fruit pour mobile.

(*) Les trois « gunas », c'est-à-dire tout l'ensemble du monde sensible et vivant qu'embrasse la prakriti (l'universalité des choses sensibles), laquelle est représentée comme constituée par trois éléments sattva, rajas et lamas, auxquels la suite va nous ramener.

50. Pour qui réalise le détachement intérieur, il • n'est plus, ici-bas, ni bien ni mai. Efforce-toi donc au yoga; le yoga est, dans les actes, la perfection.

51 . Car les sages, qui ont réalisé le détachement intérieur, esquivant le fruit qui naît des actes, libérés des liens de la renaissance, vont au séjour bienheureux.

52. Quand ta pensée aura traversé les ténèbres de l'erreur, tu n'éprouveras que dégoût pour tout ce que t'aura enseigné, tout ce que pourrait t'enseigner la révélation

53. Quand, détachée de la révélation, ta pensée sera fixée, stable, inébranlable dans la contemplation, alors, tu seras en possession du yoga.

ARJUNA dit :

54. Quand dit-on, ô Keçava, qu'un homme est en possession de la sagesse, qu'il a atteint la contemplation ? Celui qui est en possession de la lumière, comment parle-t-il? Comment s'asseoit-il? Comment marche-t-il?

( 4 ) « Révélation » est une traduction commode, mais qui, pour être exactement entendue, réclamerait quelque commentaire. Il s'agit de la « çruti » (ce qui a été entendu...). Le mot embrasse dans l'Inde les textes anciens et sacrés (tels les hymnes du veda qui passent pour avoir été « entendus » par les sages antiques favorisés d'une inspiration surhumaine) et s'oppose à la « smriti » (« ce dont on se souvient »), la « tradition ».

BHAGAVAT dit :

55. Quand l'homme s'affranchit, fils de Prithâ, de tous les désirs qui hantent l'esprit, qu'il trouve sa satisfaction en soi et par soi, on dit qu'il est en possession de la sagesse.

56. Sans trouble dans la souffrance, sans attrait pour le plaisir, libre d'attachement, de colère et de crainte, l'ascète est en possession de la lumière.

57. Celui qui ne ressent aucune inclination, qui, d'aucun bien ni d'aucun mal, ne conçoit ni joie ni révolte, celui-là est en possession de la sagesse.

58. Et lorsque, telle la tortue rentrant complètement ses membres, il isole ses sens des objets sensibles, la sagesse en lui est vraiment solide.

59. Les objets des sens disparaissent pour l'âme qui n'en fait pas son aliment; la sensibilité reste.

A son tour, elle disparaît pour qui a reconnu l'absolu.

60. Malgré ses efforts, ô fils de Kuntî, même chez lé sage, les sens toujours tyranniques agissent violemment sur l'esprit.

61. Il faut, les contenant tous, se concentrer, se fixer uniquement sur son moi. Car qui tient ses sens sous son pouvoir, chez celui-là la sagesse est vraiment solide.

62. Si l'homme s'attarde à considérer les objets des sens, l'attrait s'éveille en lui; de l'attrait sort le désir; du désir naît la coïère.

63. La colère produit l'égarement; l'égarement, la défaillance de la raison ; la défaillance de la raison, le naufrage de la pensée. C'est la perte de l'homme.

64. Mais qui traverse le monde extérieur avec des sens affranchis d'attachement et de haine, dociles à sa volonté, celui-là, l'âme disciplinée, aborde à ' la paix.

65. Dans la paix, il trouve la fin de toutes les souffrances, car, dans l'esprit pacifié, bien vite la vérité s'établit.

66. Pas de vérité sans yoga; sans yoga pas de méditation ; mais pour qui ne médite pas, point de repos; à qui n'a point le repos d'où viendrait le bonheur ?

67. De l'esprit qui leur obéit, le tumulte des sens emporte la sagesse comme la tempête un vaisseau sur l'océan.

68. Celui, ô guerrier aux grands bras, de qui les sens sont parfaitement dégagés des objets sensibles, chez celui-là, au contraire, la sagesse est solide.

69. Ce qui est la nuit pour tous les êtres est, pour l'homme maître de ses sens, le temps de l'éveil; ce qui aux autres êtres est la veille, est la nuit pour l'ascète qui voit.

70. Comme l'océan où affluent les eaux, tout en s'en remplissant, garde un équilibre immuable,

de même celui en qui affluent tous les désirs peut conserver le repos, non pas celui qui- cède à l'attrait du désir.

71. L'homme qui, chassant tout désir, vit sans passion, sans poursuites personnelles, sans égoïsme, celui-là entre dans le repos. .

72. C'est là, ô fils de Prithâ, s'établir en Brahman; à ce point, plus d'incertitude; qui y est parvenu, fût-ce à la dernière heure, atteint la délivrance en Brahman.

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