‹ La Bible au seizième siècleChapitre 21 sur 71 · Reuss, Rev.de théol, Jany. 1857, p · texte numérisé non relu

Reuss, Rev.de théol, Jany. 1857, p

La première édition de la Bible française avait paru à Lyon en 1477 ou 1478, « veue et corrigée par vénérables personnes frères iullien macho et pierre farget docteurs en théologie de lordre des augustins de lyon suz le rosne* » . Pas plus que les éditions précédentes, la Bible de Jean de Rély n'était une traduction véritable du texte sacré. Mais c'est un trait particulier de ces origines encore obscures du mouvement évangélique en France, que cette bienveillance que les rois et les grandes dames de la cour ont eue longtemps pour la liberté de la religion et pour la traduction de la Bible dans la langue du peuple. L'œuvre que Jean de Rély avait tenté de faire, son ami, le pieux Jacques Le Fèvre, la reprit sous la protection du roi François I".

(L II arriva pour lors (1525), dit le secrétaire de l'évêque Briçonnet, Jean Lermite *, qu'on feit imprimer par commandement du Roy, les Évangiles et Épîtres de saint Paul en françoys ^ ce que le susdit prélat (Briçonnet) jugea pouvoir soulager l'ignorance -et l'incapacité des vicaires

leur enjoignant, en Tabsence des prédicateurs, de lire à leurs paroissiens l'épître ou l'évangile du jour, affîn qu'ils peussent, par ce moyen, en tant que Dieu leur en donnoit la grâce, rompre le pain de l'Évangile et en repaistre le peuple commis à leur gouvernement. » Dès l'année 1523 avait paru à Paris, chez Simon de Colines, le Nouveau Testa-

1. Voyez Reus3, /. c, p. 134. Il serait curieux de rechercher les traces de r activité littéraire de ces deux religieux.

2. Herminjard, Corresp, des Réformateurs, l, p. 220. Pour tout ce récit, je n'ai ajouté que fort peu de chose aux savantes notes de M. Herminjard.

3. Les Épistres et Évangiles des cinqiuinte et deux dimanches de Van, à r usage du dioscese de Meaux, 1525. (Voyez Tétûde de M. Graf, dans la Revue de théologie historique de Leipzig, 1852, 1 et 2, et Farticle de VËncyclo* pédie de M. Herzog^ 2^ édition, IV, 481, retu par Mi Schmidt.)

— sèment traduit sur le latin par Le Fèvre d'Étaples : « Et présentement, dit le traducteur dans l'Epistre exhortatoire du deuxième volume (6 novembre 1523), il a pieu à la bonté divine, inciter les nobles cueurs et chrestiens désirs des plus haultes et puissantes dames et princesses du royaulme, de rechief faire imprimer le Nouveau Testament pour leur édification, afin qu'il ne soit seulement de nom dict Royaume trèS'Chrestien, mais aussi de faict. )> Les mots soulignés ne se trouvent que dans l'édition de 1523 et dans celle de Bàle, 1525, in-S"; ils ont été retranchés des suivantes. Ce qu'un Français ne remarquera pas sans émotion, c'est que ce vœu, si noblement exprimé en faveur de notre pays, avait été formulé dans les mêmes termes, quelques semaines auparavant, par Luther, dans sa lettre au duc de Savoie, datée du 7 septembre 1523 \ Le Fèvre se plaisait à répéter le pieux souhait du Réformateur allemand.

Nous ne pouvons nous défendre de reproduire ici quelques mots de la célèbre préface à tous Chrétiens et Chrétiennes, que Le Fèvre écrivait, le 8 juin 1523, pour le premier volume de son Nouveau Testament :

« Quand sainct Paul estoit sur terre, preschant et annonceant la paroUe de Dieu avec les autres apostres et disciples, il disoit : Ecce nunc tempus acceptabiley ecce nunc diessalutis (II Corin. VI). Aussi maintenant le temps est venu que nostre Seigneur Jésuchrist, seul salut, vérité, et vie, veult que son évangile soit purement annoncée partout le monde, afïîn que on ne se desvoye plus par autres doctrines des hommes, qui cuydent estre quelque chose, et (comme dit sainct Paul) ilz ne sont riens, mais se déceoyvent eulx-

1. Herminjard, I, p. 153 : Utvere tandem Francia possit dici ab Evangelio regnum christianissimum.

mesmes (Galat. VI). Parquoy maintenant povons dire, comme il disoit : « Ecce nunc temptis acceptabile, ecce nunc « diessalùtis. y oicy maintenant le temps acceptable, voicy (L maintenant les jours de salut. y>

« Et affin que ung chascun qui a congnoissence de la langue gallicane, et non point du latin, soit plus disposé à recepvoir ceste présenté grâce, laquelle Dieu, par sa seule bonté, pitié et clémence, nous présente en ce temps, par le doulx et amoureux regard de Jésuchrist, nostre seul saulveur,.... vous sont ordonnées en langue vulgaire, par la grâce d'icelluy, les évangiles, selon le latin qui se list communément par tout, sans rien y adjouster ou diminuer, affin que les simples membres du corps de Jésuchrist, ayans ce en leur langue, puissent estre aussi certains de la vérité évangélique comme ceulxqui l'ont en latin. Et après auront, par le bon plaisir d'icelluy, le résidu du nouveau testament, lequel est le livre de vie, et la seule reigle des Chrestiens... Sachons que les hommes et leurs doctrines ne sont riens, sinon autant que elles sont corroborées et confirmées de la paroUe de Dieu. Mais Jésuchrist est tout. y> Ce que l'on ne sait pas assez , bien que M. Reuss l'ait démontré dans la Revue de théologie (3* série, III et IV), c'est que le Nouveau Testament de Le Fèvre, revu en 1535 par Pierre Robert Olivétan, puis en 1551, après la mort de Pierre Robert, par Calvin, et depuis retouché par mille mains, sert encore aujourd'hui, sous le nom de version d'Ostervald ou de Martin, à Tusage religieux du plus grand nombre des chrétiens français.

Ce noble enthousiasme pour la Parole de Dieu anime déjà la préface du Commentaire sur les Psaumes, achevé par Le Fèvre en 1509, au couvent de Saint-Germain-des-

Prés, et son beau Commentaire sur les Êpîtres de saint Paul, dédié à Briçonnet le 15 décembre 1512. Dans la préface de ce Commentaire, il s'excuse d'avoir ajouté à la Vulgate le sens du texte grec, Yintelligentia exgraeco: « On nous pardonnera, sans doute, quand on aura reconnu que nous n'avons rien osé changer à la version de saint Jérôme, mais bien à l'édition vulgaire qui existait longtemps avant Jérôme, ce bienheureux luminaire de l'Église, et que lui-même blâme, critique et reprend ainsi que nous, en l'appelant l'ancienne et vulgaire édition. » Le Commentaire contient , dans Y Examen de certaines questions relatives à la lettre, quelques notes d'une critique encore bien peu assurée. On y lit ^ que saint Paul a écrit l'Epître aux Hébreux en hébreu, et que le titre a été perdu par la faute des copistes et des traducteurs. Après l'Épître à Philémon, Le Fèvre reproduit la correspondance légendaire de Paul et de Sénèque. Il remarque que « Sénèque paraît avoir quelque peu dissimulé et obscurci son style, et ceci sans doute avec intention ». A la suite de l'Épître aux Colossiens, il imprime celle aux Laodicéens, sans en affirmer, il est vrai, l'authenticité : « J'ai trouvé une épître iniiivXèeÊpître de Paul aux Laodicéens, en quatre endroits: àPadoue, au couvent de Saint-Jean du Verger; à Cologne, chez les Frères de la Vie Commune, et à Paris dans la bibliothèque du collège d'Autun et dans celle de la Sorbonne. » Quelque retardée que fût encore la critique de Le Fèvre, le fait capital de tout ce mouvement n'est-il pas la faveur immense avec laquelle la traduction, encore bien imparfaite, de la Bible en français fut reçue? Le

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