‹ La Bible au seizième siècleChapitre 24 sur 71 · ÉRASME ET LA BIBLE · texte numérisé non relu

ÉRASME ET LA BIBLE

Le retour à la Parole de Dieu, telle est aussi la devise du Chevalier chresHen, de ce livre fameux, dans lequel respire tout l'enthousiasme des premiers combats, et la noble ardeur d'une âme qui n'a point encore été attristée et abattue par les déceptions et les amertumes de la lutte*. C'est la guerre « contre le mal d'ignorance » dont Érasme donne les. lois, et le premier mot de cette réforme fut,

1. Enchiridion militis christiani , saluberrimis praeceptis re/ertum, 1501. Erasmi Opéra, édition de Leyde, vol. Y. Le Chevalier chresHen (traduit par Lonis de Berquin), Lyon, par Jean de Tournes, 1544. Petit in-8<>.

comme il arrive souvent, le plus beau : m Paul veut qu'on soit tousiours armé de prière et de science : lequel commande prier sans intermission. De ce vois tu la différence entre les humeines et diuines lettres : car toute escriture sainte est diuinement inspirée, et procedee de Dieu comme auteur. Ce qui y est le plus petit, ce donne à congnoistre l'humilité de la *parole, laquelle enferme grans mystères, quasi sous paroles souillées.... Mais pour ce que la foy est la seule porte pour aller à Christ, il faudra que la première reigle soit, que très parfaitement tu sentes de lui et des escritures données par l'esprit d'iceluy. Et que tu croyes, non pas de bouche, non pas froidement, non par creinte, ne douteusement, comme fait le commun peuple des Chrestiens : mais que en tout ton cœur soit totalement fiché et immobilement assis, que un seul iota n'est pas contenu en icelles, que grandement n'appartienne à ton salut*....

« La première chose donq soit de rien douter des promesses diuines. Mais la seconde est, que tu prennes la voye de salut, sans différer, sans creinte : mais d'un certein propos, de tout ton cœur, d'un fidèle courage, et (comme pour dire) à l'espée, prest et appareillé de souffrir le dejriment de ton bien ou de ta vie pour Christ... Ne repense

1. Cap. II, De armis militiae christianae :... Omnis enim S. S. divinitus est inspirata, atque a Deo auctore pro/ecta, Quod minutum, sermonis est humUitas, sub verhis pêne sordidis, ingentia mysteria claîidentis (p. 6).... Cap. VIII, Canon I : Quoniam vero fides unica est ad Christum janua, primam oportebit esse régulant, ut de ipso atque illius spiritu traditis scripturis quam optime sentias. Credasque non ore tenus, non frigide, non oscitanter, non haesitanter, quemadmodum vulgus facit Christianorum, sed toto pectore, penitus infixum immotumque sedeat, ne unum quidem iis iota contineri, quod non magnopere ad tuam salutem pertineat (p. 21).

point, ne diffère, et ne regarde point combien tu délaisses, certein, que Christ seul te satisfera pour toutes choses. Sois hardi seulement de toy attendre de tout ton cœur à lui : sois hardi de transférer tout ton soing sur lui. Cesse de t'appuyer sur toy, et te iette sur lui de pleine confidence, et il te recevra \ y>

Sous ces « armures de la chevalerie chrestienne », si vaillamment portées, ne semble-t-il pas voir, au premier rang des soldats de TÉvangile, ce jeune gentilhomme français qui paya de sa vie, en 1529, le crime d'avoir traduit fidèlement (car nous ne croyons pas que l'accusation contraire puisse être prouvée) le Manuel du Chevalier chrétien? Nous avons nommé Louis de Berquin.

C'est dans la Méthode de théologie, datée du 23 décembre 1518, que nous trouvons toute la pensée d'Érasme sur la Parole de Dieu ^ : « Que votre premier soin, dit-il au théologien, soit d'apprendre parfaitement les trois langues latine, grecque, et hébraïque ^.. N'écoutez pas ces hommes qui, vieillis dans la sophistique et les lettres illettrées, s'en vont disant : Il me suffît de la traduction de saint Jérôme ; car c'est la réponse ordinaire des gens qui ne savent pas le 4atin et qui tourneront toujours en vain les pages de

1 . Canon II : Primum igitur esto, nihil haesitare de promissis divinis : proximum autem, ut viam salutis, non cunctanter, non timide, sed ccrto proposito, toto corde, animo fidenti, atque [ut ita dixerim) gladiatorio capessaSy paratus vel rei, vel vitae dispendium pro Chrisio subir e... Ne rcputa, ne pensiculare, quantum relinquas, certus, Christum unum tibi satisfuturum pro omnibus, Aude modo te illi toto pectore credere. Aude tibi diffiderCj aude omnem tui curam in iUum transferre, DeAne inniti tibi, et plena fiducia abjice te in eum, et excipiet te.

2. Ratio seu Methodus compendio perveniendi ad veram Theologiamt éd. de Leyde, vol. V.

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