Bas. A. N. IV, 2. Le ms. 4 = A. N. IV
appelle exemplar Capnionis, avait été prêté par les moines à Reuchlin. Aucun de ces manuscrits, on le voit, n'était réellement ancien.
Quant au fameux Codex Capnionis, d'après lequel Érasme imprima l'Apocalypse, et qu'il avait à grand'peine obtenu de Reuchlin, la critique était d'autant plus intéressée à le retrouver, que l'Apocalypse est, dans le texte d'Érasme, le livre le plus maltraité. M. Delitzsch l'a découvert, en 1861, dans la bibliothèque du prince d'Oettingen-WalIerstein. Ce manuscrit est probablement du douzième ou du onzième siècle ; le texte y est entremêlé des Commentaires d'André de Césarée;pour le faire imprimer, Érasme en avait fait prendre une copie, et celte copie est fautive. Le texte du manuscrit s'arrête au verset 16 du chapitre 22. Pour combler cette lacune, Érasme prit sur lui de retraduire, d'après le latin de la Vulgate, les cinq et demi derniers versets de l'Apocalypse. Il ne s'est point caché d'avoir ainsi « ajouté trois mots au Nouveau Testament », mais il faut dire que, lorsqu'après 1522 il eut le texte de la Polyglotte entre les mains, Érasme n'eut pas la conscience de payer sa dette envers le texte authentique de l'Apocalypse, et de faire disparaître les quelques lignes qui n'appartenaient pas à l'original. M. Dehtzsoh, qui le juge bien sévèrement, dit: (L Érasme n'avait ni assez d'abnégation, ni assez de franchise, pour profiter de l'édition d'Alcala. » Une pareille négligence est plus blâmable que la singulière erreur de Ximénès, qui avait laissé s'introduire dans le texte de l'Épîlre aux Hébreux (7, 3) une note d'Euthalius qu'il avait trouvée à la marge de son manuscrit. Quant à la valeur de Tune et de l'autre édition, M. Reuss a étabH,par une sorte de calcul mathématique, qu'aucune des deux
éditions ne peut prétendre l'emporter absolument sur l'autre. Le texte de la Polyglotte lui paraît pourtant supérieur, en quelque mesure, à celui de la première édition de Bâle. Tandis que la Polyglotte n'avait été tirée qu'à 600 exemplaires \ la première édition d'Érasme fut imprimée au chiffre de 3,300. Les éditions se succédèrent avec rapidité: la deuxième parut en 1519, la troisième en 1522, la quatrième en 1527, la cinquième fut imprimée en 1535 et répétée en 1540 sans changements. Érasme a fait grand bruit des manuscrits que ses amis lui avaient envoyés de tous lieux ; dans la préface de ses Annotations^ édition de 1522, il les énumère avec complaisance: ce sont les deux manuscrits de la bibliothèque de Saint-Paul, à Londres, que lui a prêtés le savant humaniste Colet, doyen de cette église, c'est le Codex aureus, conservé à Malines, dont il doit la communication à son illustre protectrice, Marguerite, régente des Pays-Bas; ce sont les manuscrits du chapitre de Saint-Donatien, à Bruges. En 1527 il y ajoute deux manuscrits appartenant au chapitre de Constance, qui lui ont été communiqués par le chanoine Jean de Botzheim. Un seul des manuscrits qu'il énumère, en dehors de ceux qu'il a empruntés à Reuchlin et aux frères Amerbach, contient le texte grec, c'est le manuscrit du chapitre de Corsendonk^ près de Turnhout, aujourd'hui conservé à Vienne, dont il paraît qu'il a fait usage pour l'édition de 1519^. En un mot, si nombreux
1. Les premières éditions d& la Bible latine avaient été tirées à un cliiffre fort restreint. Le tirage de la première Bible imprimée à Rome, et sortie des presses de Sweinheim et Pannartz, ne s'élevait qu'à 225 exemplaires. (A. BernarDj De fOrig. de Vimpr., Il, p. 154.)