‹ La Bible au seizième siècleChapitre 35 sur 71 · Kv. Act. Paul · texte numérisé non relu

Kv. Act. Paul

3. Érasme cite encore, en 1522, un manuscrit des frères mineurs d'Anvers. Nous ne connaissons pas son nis. de Tbéophylacfe.

que fussent les manuscrits d'Érasme, on voit que leur poids est léger. Quant aux Pères dont il énumère les témoignages, il est permis de sourire en se souvenant que de Théophylacte, archevêque des Bulgares, Érasme a fait, par une lecture trop rapide sans doute, un auteur nouveau, qu'il a appelé Vulgarius.

S'il est impossible de méconnaître qu'Érasme a travaillé avec une précipitation (le mot est de lui) qui n'est plus aujourd'hui dans les mœurs des savants, est-il juste d'adresser, comme on fait sans cesse, à celui qui a partagé avec Ximénès l'honneur de donner au monde le texte du Nouveau Testament, le reproche de légèreté? Nous sommes accoutumés à entendre tour à tour, en France ou en Allemagne, célébrer le vénérable Codex aureus et vilipender l'éditeur princeps de la Bible. L'auteur d'une œuvre pareille mérite quelque justice et beaucoup d'indulgence. Érasme connaissait le célèbre manuscrit du Vatican; son ami Paul Bombasio, le secrétaire du cardinal Pucci, lui envoyait, en 1521 (8 juin), la copie de plusieurs passages de ce manuscrit (I Jean 4, 1-3; 5, 7-11); en 1535, il corrige encore un passage (Actes 27, 16) d'après cet original*; en 1533, le 1*' novembre, le célèbre humaniste Sepulveda lui écrit de Rome pour l'entretenir du manuscrit Vaticanus qu'il a collationné sur le conseil de Stunica. En 1535, dans l'Épîlre a: contre certains moroses et indoctes 3), il avance, au milieu de quelques assertions assez peu pesées, ce fait qu'il y a à la bibliothèque pontificale un manuscrit corrigé sur la Vulgate. On pourrait croire qu'Érasme fait allusion au manuscrit latinisant 162, du quinzième siècle, auquel il est possible que Xi-

1. Voyez aussi ad I Jean 5, 7; Marc 1, 2, dans Tédition de 1535.

menés ait emprunté le passage des Trois Témoins. Il n'est pourtant rien moins que certain qu'Érasme ait connu ce manuscrit, et ces quelques mots pourraient bien n'être que la marque d'un singulier malentendu. Mais ceux-là seuls lui reprocheront de n'avoir pas mieux connu le manuscrit du Vatican, qui ne savent point de quelle difficulté il était naguère encore d'y jeter un regard.

Ximénès, qui plaçait la Vulgate entre le texte hébreu et la Septante, ou, ainsi qu'il dit dans la préface de l'Ancien Testament, « entre la Synagogue et l'Église d'Orient, comme le Christ, c'est-à-dire l'Église romaine, entre les deux larrons, » avait imprimé en grec, peut-être sur la foi d'un manuscrit du quinzième siècle, le fameux passage des Trois Témoins qui se lit dans Vltala et dans la Vulgate. Érasme avait négligé ce passage d'une authenticité plus que douteuse , mais les clameurs des obscurantistes l'ont troublé. Dans sa troisième édition, datée de 1522, il a imprimé pour la première fois ce texte que personne, après Simon de Colines (1534) et 'jusqu'au dixhuitième siècle, n'a plus osé retrancher du Nouveau Testament, et, dans son Apologie^ datée également de 1522, il a écrit à Stunica : « Ce verset s'est trouvé en Angleterre dans un manuscrit grec. C'est d'après ce manuscrit que, afin d'ôter tout prétexte à la calomnie, j'ai rétabli le passage dont on blâmait l'absence dans mon Nouveau Testament. Je n'en soupçonne pas moins que le manuscrit a été corrigé d'après les textes latins \ y> Ce manuscrit est

{*) Cf. ad I Jean 5, 7, anno 1522 : Verumtamen, ne quid dissimulem repertus est apud Anglos graecus codex unus, in quo habetur quod in vulgatis deest,.,. Ex hoc igitur codice Britannico reposuimus, quod in nostris dicebatur déesse : ne cui sit ansa calumniandi. Tamet^i suspicor illum ad nostros esse correctum.

connu, il est conservé au Trinity Collège de Dublin ; il porte le numéro 34 pour les Actes et les Épîtres catholiques ; Th. Montfort lui a donné son nom, et plusieurs mains, du quinzième ou du seizième siècle, ont collaboré à l'écrire. M. Delitzsch a soupçonné Edouard Lee, l'adversaire d'Érasme, de l'avoir fait fabriquer pour mystifier son ennemi. Nous n'avons pas le moyen de vérifier cette hypothèse , mais, quoi qu'il en soit, l'autorité dont Érasme étayait sa timidité était fragile : encore n'est-ce pas exactement d'après le Montfortianus qu'Érasme, qui avait en ce moment de tout autres scrupules que ceux de la science, a imprimé dans son Nouveau Testament de 1522 ce qui est demeuré jusqu'à nos jours le texte reçu.

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