ÉRASME ET LA CRITIQUE
C'est dans lés notes qui accompagnent le Nouveau Testament grec d'Érasme que nous trouvons toutes les hardiesses de sa critique : « Saint Jérôme, dit-il, déteste l'idée que les évangélistes aient commis une fraude, mais non une erreur de mémoire. L'autorité de l'Écriture, en effet, ne sera pas ébranlée s'ils varient dans les mots ou dans les pensées, pourvu que l'ensemble des faits dont il s'agit et dont dépend notre salut, soit bien établi. Comme l'Esprit divin qui dirige la pensée des Apôtres a permis que ceux qu il inspire ignorassent certaines choses, que parfois ils tombassent en quelque erreur de jugement ou de sentiment, et cela sans que l'Évangile en ressente aucun dommage, et ces erreurs mêmes servent à affermir notre
foi : de même l'Esprit a peut-être dirigé de telle manière la mémoire des Apôtres, que ce qui leur a échappé par une erreur humaine, non-seulement ne diminue pas la foi que mérite rÉcriture', mais même augmente cette foi.... Le Christ seul est appelé la Vérité, seul il n'a jamais fait erreur ^ » Il faut recueillir les jugements de notre auteur sur des questions dont plusieurs n'ont pas cessé d'être agitées jusqu'aujourd'hui.
« Il me semble plus probable, dit-il à propos de Matthieu, que cet Évangile a été écrit dans la même langue dans laquelle ont écrit les autres Évangélistes. Je pense de même de l'Épître aux Hébreux^ » « L'Evangile de Marc peut paraître un abrégé de celui qui porte le nom de Matthieu^ y> « Luc n'a pas vu les choses qu'il raconte dans son livre *. » Les mots : « délivre-nous du mal », paraissent à Érasme ajoutés dans l'Évangile de Luc par les copistes ^
1. Ad Mattli. II, 7 (1519 et ss.) : Fcdsitatis crimen abominatur (Hieronymus) in Evangelistis, to pLVYjpiixov àpL'/pTvjpia 7ion item, Neque enim continua forte vaciltet totius Scripturae Sacrae aiictoritas, sicubi variant, vel in verbis, vel in sensu, modo summa constet earum rerum de quibus agitur, et unde car do pendet nostrae salutis. Ut enim Spiritus ille divinus mentium Apostolicarum moderator, passus est suos ignorare quaedam, et labi errareque alicubi jiidicio sive affectu, non solum nvllo in* commodo Eoangelii, sed hune etiam ipsum errorem vertit in adjumentum nostrae fidei, ita fieri potuit, ut ita temperarit organum apostolicae me» moriae, ut etiam si quid humano morefugisset, id 7ion solum non deroget fidei divinae Scripturae, verum etiam fidem arroget.,,. Solus Christus dictus est veritas, unus ille caruit omiii errore.
2. Ad Mattb. VlII, 23 (1516 et ss.) : Mihi videtur probabilius hoc Evange^ Hum eadem scriptum fuisse lingua, qua caeteri scripserunt Evangelistae. Idem sentio de Epistola ad Hebraeos,
3. Ad Luc I, 1 (1519) : Marci Ëvangelium ejus, quod a Matthaeo prodi' tum est, videri possit epitome.
4. Ad Luc. I, 2, 3 (1522; déjà ainsi en 1516) : Lucam non vidissequae scribit in hoc libro.