‹ La Bible au seizième siècleChapitre 40 sur 71 · Ad Gai. 3 (1535), Gai. I · texte numérisé non relu

Ad Gai. 3 (1535), Gai. I

— sales passages de ce genre, qu'il réponde avec simplicité : Vous vous appuyez sur le serviteur, c'est-à-dire sur l'Écriture, et non sur l'Écriture entière ni sur ses parties principales, mais sur quelques passages relatifs aux œuvres. Je vous abandonne le serviteur, je m'appuie sur le maître, qui est le roi de l'Écriture, qui est mon seul mérite, ma justice et mon salut. C'est à lui que je me tiens, et je vous laisse les œuvres que vous n'avez jamais faites. Voilà une réponse que ni le diable, ni les apôtres de la propre justice ne réfuteront jamais*. » Il serait superflu de faire ressortir l'importance d'une semblable déclaration. Luther ne parle pas ici pour le théologien, mais pour le simple croyant. Il a compris que ce n'est pas une preuve de fermeté de conviction ni de justesse d'esprit, de se croire obligé d'expliquer sans cesse tous les passages que l'on peut vouloir opposer aux doctrines fondamentales de l'Écriture, et à ce qui est toute l'Écriture, à la doctrine du salut.

Au reste, Luther n'a jamais prétendu tracer les règles de l'interprétation de la Bible. Ces règles, il les a données en trois mots, et il a résumé toute sa méthode dans cette courte parole qu'il a placée en tête de la première édition de ses œuvres allemandes : ratio, meditatio, tentatio^.

Une dernière questiên se pose à nous. Nous avons mon-

1. Tu urges servum, hoc est, Scripturam, et eam non totam, neque potiorem ejuspartem, sed tantum aliquot locos de operibus; hune servum reltnquo tibi, ego urgeo dominum, qui rex est scripturae, quifactus est mihi meritum etpretium justitiae et salutis. Illum teneo, et ineohaereo, et relinquo tibi opéra, quae tamen nunquam fecisti. Banc soluiionem neque diabolus neque ullus justitiarius tibi eripere aut evertere potest.

2. 63, 403 s. (1539). Mélancbtbon avait déjà exprimé éloquemment cette pensée dans sa Brevis discetulae theologiae ratio, 1530. G. R. II, 458.

tré Luther s'inclinant devant la Bible. Ne met-il pas la raison au même niveau?

Voici le mot de Luther, il ne nous sera point difficile à comprendre \ A la diète de Worms, comme l'orateur de l'empire lui demandait « une réponse simple et nette », et le sommait de déclarer s'il voulait se rétracter ou non, le moine augustin répondit en un mot : « Tant que je ne serai pas convaincu par le témoignage de l'Écriture ou par une raison évidente {càv je ne crois ni au pape ni aux conciles, comme il est certain qu'ils ont erré souvent et se sont contredits eux-mêmes), je suis lié par les passages de l'Écriture que j'ai cités, ma conscience est captive de la Parole de Dieu, et je ne puis ni ne veux rien rétracter, car il n'est ni sûr ni honorable de rien faire malgré sa conscience*. » Il serait puéril, tant la chose est connue, de mettre en regard de ce mot les nombreuses boutades de Luther contre la raison. Aussi bien, Luther n'a jamais entendu parler ici de la raison. Huit jours après avoir prononcé devant l'empereur sa déclaration solennelle, Luther avait occasion de la répéter en présence de quelques princes. Le 24 avril, lorsqu'au domicile de l'archevêque électeur de Trêves, l'électeur de Brandebourg lui demanda s'il ne céderait point, « à moins qu'il ne fût convaincu par l'Écriture», il répondit: «Oui, ou par des

1. Voyez KoBSTLiN, Luther' s Rede in Worms, Halle, 1874, cité dans Touvrage du même auteur, Mariai Luther, 1875, I, p. 451 ss. Sltidien und Kritiken, 1875, I.

2. Hist. VI, 13 s. D. M. L. chrtstiana Responsio (1521) : Nisi convictus fuero testimoniis Scripturarum aut ratione évidente. Cf. 64, 382: Durch die Gezeugnuss der Geschrifft oder durch scheinbarliche und merkliche Ursachen.

raisons claires et évidentes*.» Chose remarquable, soit par crainte d'être mal compris, soit peut-être parce que le dernier mot n'avait pas à ses yeux une grande importance, Luther ne paraît pas avoir reproduit le mot de c: raisons évidentes» dans le récit qu'il a fait en 1546^ des événements de Worms, et plus jamais, après l'an 1521, il n'a rapproché ces deux mots : «l'Écriture et la raison» . Il n'avait pourtant pas parlé sans peser ses paroles. En effet, il n'est pas de mot qui ait été plus familier au Réformateur, avant la diète de Worms, que celui-ci : c: l'Écriture et la raison^. » C'était sa formule, il en avait (on le voit par de nombreux exemples) pénétré son esprit. Cette formule, il l'avait prise dans saint Augustin, l'auteur de son choix et le patron de son ordre. Au moment même où il répétait devant les princes, la déclaration qu'il avait faite devant l'empereur, Luther rappelait la grande parole de saint Augustin, célèbre au Droit Canon , qui , nous l'avons vu , figure en tête du Décret*, et qui se termine par ces mots : « l'Écriture ou de bonnes raisons, vel per illos auclores canonicos, vel probabili ratmie, y> Les raisons que Luther réclame sont d'autres raisons que la scolastique ou l'autorité des Décrétales, c'est l'Écriture sainte interprétée par la droite raison et par le bon sens.

1 . Etiaiiiy domine clementissime , vel rationibus clarissimis et evideniihus (VI, p. 19). Ja, gnàdiger Herr, oder durch helle Griinde.

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