LUTHER ET CARLSTADT
Luther n'a jamais prétendu critiquer l'Écriture sainte, le mot même de critique lui aurait déplu, et jamais homme ne fut moins historien que lui. Homme d'expérience et de vie religieuse, il voulait une assurance pour son âme altérée de salut et de vérité; mais en même temps homme de combat et de discussion, il cherchait une autorité incontestée sur laquelle il pût s'appuyer dans la polémique ; c'est ainsi qu'il se vit amené, dès ses premières luttes, à se prononcer sur la question du Canon, c'est-à-dire de Fautorité. C'est dans la célèbre dispute de Leipzig, en 1519, que Luther vit pour la première fois cette question se poser devant lui. Jean Eck lui objectait, pour défendre la doctrine du purgatoire, le passage bien connu du livre des Macchabées \ Luther, qui connaît le mot de saint Jérôme, répond à son adversaire : «Il n'est pas question du purgatoire en un seul endroit de l'Écriture qui puisse faire autorité dans la discussion et servir de preuve, car le livre des Macchabées, n'étant pas dans le Canon, est puissant auprès des fidèles, mais ne vaut rien auprès des obstinés. — Mais, objecte Eck, l'Église a reçu de tels livres dans le Canon. — L'Éghse ne peut, répond Luther, donner à un livre plus d'autorité ou de force qu'il n'en a par lui-même... Un concile ne peut faire que ce qui n'est pas, par nature, de l'Écriture, soit de l'Écriture^. » La suite de la discus-