‹ La Bible au seizième siècleChapitre 48 sur 71 · TiC Commentaire sur les Épttres catholiques est de · texte numérisé non relu

TiC Commentaire sur les Épttres catholiques est de

2. Quod dicit Joannes in sua canonica. Inst., III, 2, 21, texte de 1559- 1560; de même III, 3, 23, mais le mot n'a pas été reproduit cette fois dans la traduction française.

la grâce du Christ en telle sorte que doit faire un Apostre * , certes la réponse est facile, asçavoir que nous ne devons pas requérir précisément que tous traittent un mesme argument ou poinct de doctrine... Parquoy, pour recevoir ceste Épistre, ce m'est assez qu'elle ne contient rien indigne d'un Apostre de Christ : mais au contraire elle est toute pleine de diverses et bonnes doctrines... Au reste, il y a un peu plus grande raison de douter de l'auteur d'icelle... J'inclineray plustost à une autre opinion, asçavoir que celuy duquel parle sainct Paul, estoit fils d'Alphée.... Or ce n'est pas à moy d'affermer lequel de ces deux Jaques est autheur de ceste Épistre. 3>

2** Épîlre de saint Pierre *. « Ce que dit Eusèbe, qu'anciennement on a douté de ceste Épistre, ne nous doit point destourner de la lecture d'icelle. Car s'il est question de s'arrester à la simple authorité des hommes, puisqu'il ne nomme point ceux qui ont mis la chose en doute, il ne les faut non plus croire que gens incognus. D'avantage il adjouste qu'après elle a esté communéement receuë sans contredit ^. Ce que sainct Hiérôme escrit me donne plus à penser, quand il dit qu'aucuns ont estimé que sainct Pierre n'estoit point autheur de ceste Épistre, pource qu'il y a diversité de style entre icelle et la première. Car combien qu'on puisse monstrer quelque affinité et approche de l'une à l'autre, toutesfois je confesse qu'il y a différence tout évidente, par laquelle on peut monstrer que

1 . Qvjod autem parcior in praedicanda Christi gratta videtur.

2. Calvin, qui n'a pas cru devoir commenter TApocalypsé, place la seconde Épltre de saint Pierre et celle de saint Jude à la fln du ^'ouTeau Testament.

3. Mal traduit. En latin : Eé postea subjicit passim sine controversia fisseu receptam. Cf. Eus. H. E., III, 3.

ce sont divers autheurs. Il y a aussi d'autres conjectures assez apparentes, desquelles on peut recueillir qu'elle est plustost d'un autre que de sainct Pierre \ Cependant, c'est un poinct arresté entre tous, d'un commun accord, que tant s'en faut qu'il y ait dans ceste Épistre chose indigne de sainct Pierre, que tout au contraire depuis un bout jusques à l'autre on y aperceoit la vertu, véhémence et grâce de l'Esprit duquel les Apostres ont esté douez. Or si nous la recevons pour canonique, il faut aussi nécessairement recognoistre que sainct Pierre en est l'autheur, veu que non-seulement elle est intitulée de son nom, mais aussi luy-mesme confesse qu'il a vescu et conversé avec Christ. Car de dire que l'autheur se soit desguisé, s'attribuant le nom et les qualitez d'un autre, ce seroit une façon de faire bien à condamner, et une simulation indigne d'un serviteur de Jésus-Christ. Mon avis est donc, puisqu'on tient ceste Épistre pour digne d'estre receuë, qu'elle est venue de sainct Pierre : non pas qu'il l'ait escrite luy-mesme, mais pour ce que par son commandement quelqu'un des disciples a yci recueilli et comprins en brief ce que la nécessité des temps requéroit. Car il est vray-semblable qu'il estoit lors fort vieil, veu qu'il se dit estre prochain de la mort. Et il se peut bien faire que sur ses derniers jours, estant requis des fidèles, il a accordé qu'on aiticy mis par escrit et enregistré comme un mémorial de ce qu'il sentoit, afin qu'après sa mort cela servist aucunement, tant à confermer les bons qu'à réprimer l'audace des méchans. Quoy qu'il en soit, puisqu'en toutes les parties de l'Epistre la majesté de l'Es-

1. Manifestum discrimen, quod diversos scriptores arguât. Sunt et aliae probabiles conjecturae, ex quibus çolligere liceat, alterius esse poHus quant Peiri,

prit de Christ se manifeste clairement, je feroye conscience de la rejetter entièrement, combien que je ne recognoisse point en icelle la vraye et naturelle phrase de sainct Pierre. Au reste, puisqu'il ne m'apparoist point au vray qui en est l'autheur, je prendray ceste liberté d'user indifféremment tantost-du nom de Pierre, tantost du nom d'Apostre. »

Voici le jugement de Calvin sur les rapports des Évangiles (1 555) :

« Il n'y a nulle apparence à ce que dit sainct Hiérôme, que l'Évangile de sainct Marc est un Épitome, c'est-à-dire un abrégé de celui de sainct Matthieu : car il ne suit point en tout et partout l'ordre qu^a tenu sainct Matthieu : et dès le fin commencement il ha une autre façon de traiter les choses. Il récite aussi quelques choses que l'autre avoit omises : et mesmes aucunes fois en récitant une mesme chose, il est plus long. Certes, quant à moy, je crois plustost, et la chose le donne assez à entendre, qu'il n'avoit jamais leu le livre de sainct Matthieu quand il s'est mis à escrire le sien : tant s'en faut que de propos délibéré il en ait voulu faire un abrégé. Autant en voudroy-je dire de sainct Luc : car nous ne sçaurions pas dire que la diversité qui se voit entr'eux trois, soit une chose faite tout exprès. Mais ayans proposé de mettre par escrit fidèlement les choses desquelles ils estoyent bien certains et résolus, un chacun d'eux y a tenu la façon de procéder qui luy sembloit la meilleure. Or comme cela n'est point advenu par cas fortuit, mais selon que la providence de Dieu conduisoit le tout, ainsi le sainct Esprit en éeste diversité de procéder leur a néanmoins suggéré un bon accord, quant à la chose principale. Et cela seul suffiroit bien pour don-

ner approbation à leurs livres, s'il n'y avoit d'autre part de plus grans moyens pour les authorizer. »

Le lecteur, qui a en mémoire les opinions des auteurs qui ont précédé Calvin sur les mêmes matières, ne remarquera pas seulement combien le Réformateur de Genève est plus modéré dans ses jugements que tous ceux qui ont écrit avant lui; il sera surtout frappé de voir combien moins ces questions lui tiennent à cœur, et combien il y apporte, et moins de conséquence, et moins d'intérêt personnel. On jugera de l'infériorité de Calvin comme critique en lisant ce qu'il dit (1551) du passage contesté, I Jean 5, 7, dit « des Trois Témoins » :

« Tout ceci a esté omis par aucuns : ce que sainct Hierôme pense avoir esté fait plus par malice que par ignorance ou mesgarde, et qu'il n'a eslé fait que par les Latins. Mais d'autant que les livres grecs mesmes ne s'accordent pas l'un avec l'autre, à grand'peine en ose-je rien affermer, Toutesfois pource que le fil du texte coule très-bien si ce membre y est adjousté, et je voy qu'il se trouve es meilleurs exemplaires et plus corrects, de ma part je le receoy volontiers. » De semblables assertions ^ dénotent une singulière rapidité apportée à l'étude des questions de critique; elles sont surtout remarquables en présence de l'attitude de Luther, qui n'admit jamais, malgré la palinodie d'É-i rasme, ce verset dans son Nouveau Testament*. Remarquons toutefois que l'impartialité de Calvin, même en présence d'un procédé de critique insuffisant, reste entière, car le commentateur ne cherche nullement à tirer parti du

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