‹ La Bible au seizième siècleChapitre 52 sur 71 · Âd Gai. IV · texte numérisé non relu

Âd Gai. IV

3. Sciamus ergo eum esse verum Scripùurae sensum, qui germanus est ac simplex : eumque amplectamur et mordicus teneamus, Fictitias expositioneSy quae a literali sensu abducunt, non modo negligamus tanquam dubiaSf sed/ortiter repudiemus tanquam exitiales corruptelas»

vinrent après lui sont des disciples bien plus que des maîtres.

L'école de Calvin a produit des exégètes distingués. Si notre objet était de traiter des auteurs qui ont étudié l'Ancien Testament, nous devrions parler ici de Jean Mercier, auquel Richard Simon reconnaît « toutes les qualités d'un savant interprète de l'Écriture ». Mais, outre qu'une sage réserve doit nous interdire le terrain de la science hébraïque et talmudique, dans laquelle Mercier a excellé, le sujet des études juives est, par nature, différent du nôtre, et il a été traité par un auteur 'allemand ^ avec une assez grande autorité pour que la science puisse se contenter des développements précis et lumineux du professeur d'Iéna, aujourd'hui professeur à Tubingue. Il nous faut donc nous borner à recueillir ce regain de la réforme biblique du seizième siècle que nous offriront les travaux des compagnons et des disciples de Calvin sur le Nouveau Testament.

Le nom des Estienne est illustre dans l'histoire de la Bible ; c'est de leur célèbre maison que sont sorties plusieurs des éditions les plus fameuses du livre saint. Dans ces antiquités vénérables du grand art de la typographie, l'imprimeur était en même temps le critique ; il est vrai que le meilleur critique n'a pas toujours laissé le nom le plus célèbre.

Simon de Colines était le beau-père de Robert Estienne, dont il avait épousé la mère, veuve d'Henri Estienne premier du nom.

En 1534, il imprima à Paris, en format in-8°, avec titre

.l.L. DiESTELf Geschichie des Alten Testaments in der christlichen Kirche. léoa, 1869.

grec, une édition du Nouveau Testament, bien peu connue, et qui, d'après les plus excellents critiques, peut être considérée comme la meilleure des éditions anciennes. 11 prend pour base de son texte l'édition d'Érasme, de 1522, dont il corrige le texte d'après la Polyglotte ou d'après des manuscrits que l'on pense avoir retrouvés à la Bibliothèque nationale de Paris ^ Colines est, pour deux cents ans, le dernier éditeur qui ait osé s'abstenir d'imprimer dans le texte le passage des Trois Témoins. M. Reuss, le meilleur juge en ces matières, estime que pendant ces deux cents ans personne n*osa marcher dans les voies de la critique avec la même indépendance et la même fermeté.

La première édition de Robert Estienne, l'édition mirificam, en très-petit format, parut en 1546, et la grande édition Regia, en un superbe in-folio, en 1550. Cette dernière, au lieu qu'Estienne ait amélioré son œuvre, est certainement, au jugement de la critique moderne, inférieure à la première. Robert Estienne avait, seul avec son jeune fils Henri, accompli l'œuvre immense de réunir et de comparer les manuscrits, en. même temps qu'il dirigeait l'impression des nombreuses éditions sorties de son atelier. On a retrouvé, avec fort peu de chances d'erreur, presque tous les manuscrits dont a fait usage R. Estienne; le plus grand nombre sont des manuscrits de la Bibliothèque du Roi *. Presque tous ces manuscrits appartiennent !à la fa-

i,Ev, 119, grec 85, douzième siècle, et ev. 120, grec 185 Â = i$ d'Estienne.

2. Nous donnons, d'après M. Scriveoer et les autres auteurs, Tiodica-

tiOQ de ces manuscrits : y est probablement le ms. Bibl. nat. grec 84,

Fontehlandensis, saec, 12, ev. 4; $ = 106, saec, 11, ev, act Pauli 5;

= 112, saec. 11, ev, act Pa. 6; ç = 71, saec, 11, ev. 7; Ç = 49,

saec, 11, ev. 8; i = probablement 102, act. 7, Pa, 9; il = 91, saec.

mille dite byzantine. Un des manuscrits de Paris est un manuscrit oncial, c'est ij (=L, Pariensis, 62, saec. 8). Ce qui est plus considérable, c'est qu'il est certain que le manuscrit qu'Estienne appelle j3 est le Cantabrigiensis - (D), le fameux manuscrit des Évangiles qui plus tard appartint à de Bèze ; c'est ce manuscrit, dont nous allons retrouver l'histoire, qui, comme le dit le célèbre imprimeur dans l'Épître au Lecteur, de Tan 1550, « a été collationné en Italie par ses amis ». Quant au texte qu'Estienne appelle a, c'est l'édition d'Alcala, reproduite du reste avec bien peu d'exactitude '. La tâche qu'Estienne s'était imposée dépassait en réalité les forces d'un homme, aussi a-t-on remarqué que dans la grande édition Royale, à mesure qu'il avance dans son travail, sa main se lasse et son courage faiblit, en sorte qu'à fort peu d'exceptions près, toutes les corrections qu'Estienne a apportées dans le texte d'Érasme se trouvent dans les livres historiques du Nouveau Testament, tandis que les Épîtres et l'Apocalypse sont reproduites à peu près telles que les avait publiées le critique de Rotterdam.

On sait que l'édition publiée par Estienne en 1551 est la première dans laquelle aient été distingués les versets.

M. Scrivener, qui a publié avec tant d'exactitude le manuscrit de Cambridge et le texte de l'édition Royale, nous promet une collation complète des deux premières éditions d'Érasme avec la Polyglotte, l'édition d'Estienne de 1550

13, acL 10, Pa. 12, apoc, 2; ^ = CoisL 200, saec, 14, ev. 38, act. 19, ap. 23; i& =^ 83, Peiri Sùellae, ev. 9, anni 1168; lô = 185 A, Saint- Vfclor 774, saec, 13, eo. 120. Le ms. ta (Act. 8, Pa, 10) est perdu ; 17 = Act. 9, Pa. 11, c'est le cod. Vatahli, à Cambridge.

1. Voyez Scrivener, N. T, textus Stephanici a. 1550. 2* éd. Cambr., 1877, m-18.

et fë texte d'Elzévier de l'an 1624. Une pareille édition, dont au reste les principaux éléments se trouvent déjà dans le livre de M. Reuss, rendrait à l'étude du Nouveau Testament de grands services, et il faut espérer que l'auteur aura la patience de l'achever, et l'Université de Cambridge la générosité d'en enrichir les études bibliques.

Le nom d'Henri Estienne, l'un des plus illustres parmi les maîtres de la science française, ne peut être omis ici. Quoique l'auteur du Thésaurus n'ait pas pris, sinon par l'aide qu'il a prêtée à son père et par les éditions qu'il a imprimées, une part directe aux travaux dont le Nouveau Testament a été l'objet, les théologiens du siècle suivant l'ont rangé avec raison au nombre des ancêtres de la critique biblique. Son Traité sur l'origine des erreurs, imprimé à la suite de ses Castigationes in M. T Ciceronis quamplurimos locos (Paris 1557, in-8°), a mérité d'être reproduit en partie par L. Cappel dans sa Critica sacra\ comme le code de la critique conjecturale et le meilleur modèle de l'art de rétablir un texte, art que le dix-huitième et le dix-neuvième siècle devaient appliquer à la Bible avec tant de perfection.

Le souvenir de Théodore de Bèze est intimement lié au nom des Estienne. La grande œuvre de de Bèze, et le grand service qu'il a rendu à l'étude de la Bible, n'est pas la publication de ses éditions et de ses Commentaires : de Bèze a eu le bonheur mérité de conserver à la science deux des plus vénérables manuscrits du Nouveau Testament, et ce serait assez pour que son nom dût figurer en un rang honorable dans une étude sur le Nouveau Testament.

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