in-fol,, 1. VI, eh. 12, p
L'histoire de ces précieux documents est elle-même fort obscure \ L'un est le célèbre Codex Bezae Cantabrigiensis; Bèze nous dit par deux fois qu'il a été trouvé dans le couvent de Saint-Irénée, à Lyon, en 1562, lors du sac de cette ville par des Adrets. Bèze était à ce moment chapelain et conseiller de l'armée huguenote. En 1546, nous le savons, l'évêque de Clermont en Auvergne, Guillaume du Prat, avait avec lui cet important manuscrit au Concile de Trente ; Bèze lui-même l'appelle par deux fois, non pas, comme à l'ordinaire, Lugdunensis, mais Claromontanus, en sorte qu'on a pu se trouver tenté d'attribuer au manuscrit qui est aujourd'hui à Cambridge le nom de Claromontanus, qui appartient à celui de Paris. La provenance du manuscrit dit de Clermont n'est pas beaucoup plus certaine. Bèze dit l'avoir trouvé dans le couvent de Clermont en Beauvaisis. Parle-t-il du couvent des Trinitaires, qui était dans cette ville ? Nous ne le savons. Le nom d'un évêque de Clermont, dont le souvenir est attaché au manuscrit de Lyon, a pu éveiller le soupçon d'une erreur de nom et de lieu, comme de Bèze en a fait plus d'une en parlant de ses deux manuscrits. Une chose est certaine, c'est que les deux manuscrits sont parfaitement indépendants et distincts. Bref, le manuscrit des Évangiles et des Actes, ce précieux document du sixième siècle, fut donné, en 1581, par de Bèze à l'Université de Cambridge, et le Claromontanus, qui contient les Épîtres de Paul,
1 . Voyez Codex Claromontanus , sive Epistulae Pauli omnes graece et latine ex cod. Par. celeberr, nomine Claromontani plerumq, dicto VI ut vdêr, post Chr. saec, nuncprimum éd. C. Tischendorf, Lips., 1852, in-4<». — Bezae Codex cantabrigiensis... edited with a critical Introduction, etc, by Frederick H, Scrivener, M. A., rector of S. Gerrans, CornwalL Gambr. and Londoo, 1864. lii-4^
écrites également au sixième siècle, et accompagnées de la version dite itala, passa, des héritiers de Claude Dupuy, dans la Bibliothèque du Roi. Il est aujourd'hui un des principaux ornements de la Bibliothèque, nationale où il figure sur les rayons de la galerie Mazarine, et où il porte la rubrique grec 107.
Rien ne marque mieux la timidité d'esprit de de Bèze que la lettre dont il accompagna le don du célèbre manuscrit à l'Université de Cambridge* : « J'ai trouvé, dit-il, surtout dans l'Évangile de saint Luc, une telle différence entre ce manuscrit et les autres, même les plus anciens, que, pour éviter de blesser personne, j'ai pensé qu'il valait mieux le mettre à part que le publier*. Dans ce désaccord, qui n'a trait qu'aux mots et ne s'étend pas aux pensées, je n'ai rien vu qui me permît de supposer que le texte ait été corrompu par les anciens hérétiques. Au contraire, j'ai remarqué bien des choses qui méritent d'être observées avec un grand soin : certains mots ne s'éloignent de la forme reçue que pour se rencontrer avec les écrits des Pères grecs et latins ; plus d'un passage vient confirmer l'ancien texte latin. y>
La première édition du Nouveau Testament grec, donnée par de Bèze, est de l'an 1565, in-S**, et est sortie des presses d'H, Estienne ; la grande édition de 1582, in-folio (s. 1.), est accompagnée d'un commentaire fort étendu. Ce commentaire, il faut le reconnaître, fait peu honneur à la
1. Datée de Genève, 6 décembre 1581; publiée par Scrivencr (ouvrage cité).
2. Tantam a me %n Lucae praesertim Evangelio repertam esse inter hune codicem eu caeteros quanhimvis veteres discrepantiam, ut vitandae quorundam offensioni, asservandum potius qiiampublicandum exisùimem.
science critique de l'auteur. De Bèze ne sait rien de la question du dernier chapitre de saint Marc, que Ton reconnaît avoir manqué dans les anciens textes. Il pense que le mot de •«plusieurs», dont se sert saint Luc au premier verset de son Évangile, désigne les Évangiles de Nicodème, des Nazaréens, de Thomas, des Égyptiens, et le Protévangile, supposition qui révèle un esprit peu au courant de la littérature évangélique. En revanche, la péricope de la femme adultère (Jean 8) lui paraît « suspecte y>j ainsi que le récit lui-même. 11 est vrai, dit-il, qu'un seul de mes dix-sept textes lie contient pas ce passage (c'est le manuscrit L), mais les autres documents montrent une étrange variété^ Le théologien orthodoxe sait fort bien remarquer qu'Érasme se prononce contre les passages relatifs à la divinité de Jésus-Christ, et déclare^ qu'Érasme € a prêté son aide au diable ». Il ne s'arrête pas à la difficulté relative au titre de l'Épître aux Éphésiens. Quant à l'Épître aux Hébreux, il en défend l'origine pauHnienne avec assez peu de critique. Il ne se demande pas quel est l'auteur de l'Épître de Jacques, il ne discute pas un instant l'authenticité de la deuxième Épître de Pierre, il nomme l'apôtre Jean comme l'auteur de la deuxième Épître ; enfin son Commentaire est tout autre chose qu'un ouvrage de critique. Pour le texte, on peut remarquer une chose étrange : dès 1565, la version latine, en grande partie, diaprés M. Reuss, semblable à celle que de Bèze avait imprimée dès i 556, adnaet des corrections fort hardies au texte généralement reçu, mais de Bèze n'ose introduire ces. hardiesses dans le texte. Luc 2, 33, il appelle Joseph,