Hic scriptor adhuc dubitat toto orbe prudentior
2. Enchiridion locor. communium ado, Lutheranos, Jo. Eckio authore. (1525) Par., ap, Sim. Colinaeum, 1527, in-S** minutiss., p. 8*: Scriptura non est autkentica nisi ecclesiae auctorUate. II faudrait comparer le liyre de J. Eck avec celui de John Fislier, dit Joannes Roffemis : Assertionis Luther, confutatio^ 1524.
4. Ideo laid et délirantes eas tractant imperiose. En 1529, Jean Eck fit paraître une nouvelle édition de son Manuel: il y écrit (Paris, Marnef, 1559, pet. in-8<*, p. 69): et delirae anus.
imprimait sa Hiérarchie ecclésiastique, où il disait également : « Tout ce que l'Écriture a parmi nous d'autorité dépend nécessairement de l'autorité de l'Église \ j^ «Nonseulement l'autorité de TÉglise n'est pas inférieure à celle des Écritures, non-seulement elle est égale, mais en quelque mesure elle lui est supérieure, et elle est plus notoire (p. 9**). » « Qui vous assure, dit-il encore (p. 5^), en dehors de l'Église, que Matthieu et Jean, les Évangélistes, n'ont pas menti et n'ont pas fait erreur de souvenir? Tout homme peut se tromper et tromper les autres. » « C'est l'Église qui a investi de l'autorité canonique certains livres, et les plus considérables, les Évangiles, qui ne tiraient cette autorité ni d'eux-mêmes, ni de leurs auteurs * ; c'est elle qui a conservé aux autres T&utorité qu'ils devaient à leurs auteurs. »
Telle était donc, dès la première moitié du siècle, la pensée de la théologie catholique. Cette doctrine n'était qu'une opinion individuelle tant que l'Église n'avait pas prononcé. Le Concile de Trente devait fixer le dogme de l'Église. Nous allons en suivre les débats, résumant le récit de l'historien de cette assemblée, deFraPaolo Sarpi^, comparé avec celui de son contradicteur Pallavicini.
Les raisons qui amenèrent les Pères à traiter de l'Écri-
1. Hierarchiae ecclesiosticae assertio, per Alh, Pighium Campensem, Col., 1551, in-fol., lib. 1, c. 2, p. 11^ : Omnis ergo quae nunc apud nos est Scripiurarum auctoritas, ah ecclesiae auctoritate dependet necessario,
2. P. 11*: Siquidem scripturis quibusdam, eisque praecipuis, h. e. evangelistarum, quant neque ex se, neque ex scripioribus suis apud nos hahehant, (Ecclesia) canonicam impertita est auctoritatem.
3. Eist. del Conc. Trid., etc., di Piètre Soave Polano, Londra, 1619^ ^n-fol. ; trad. de La Mothe-Josseyal, Àmst., 1683, p. 136 ss.; trad. Le Gourayer, éd. d'Amsterd., 1736, I, 265. Pallavicino, Istoria del Concilio di Trente, P. I, 1. VI, c. 11 ss., p. 622 ss. Raynaldi, Annales, a, 1546.
ture, furent d'un ordre tout humain. Les légats avaient mandé au pape « qu'il était impossible d'amuser plus longtemps les prélats, qui demandaient qu'on entrât en matière, et qu'à leur avis il serait bon de commencer par TÉcriture, avec quoi l'on pourrait contenter tout le monde, sans offenser personne. » Le pape, 'n'osant « tenir le Concile à l'ancre i> plus longtemps, consentit au vœu de ses représentants, et les légats exposèrent au Concile , dans une congrégation du 22 février i 546, qu'après avoir établi le premier fondement de la foi, le Credo, l'ordre demandait qu'on mît la main à un autre, qui serait TÉcriture sainte. Les articles tirés par les théologiens des livres de Luther furent :
i** Que la doctrine nécessaire de la foi chrétienne est tout entière dans l'Écriture sainte, et que c'est une fiction humaine d'y ajouter des traditions non écrites ;
2** Que l'on ne doit compter entre les livres du Vieux Testament que ceux qui sont reçus par les Juifs, ni mettre dans le Nouveau les six Épîtres qui sont sous le nom de saint Paul aux Hébreux, de saint Jacques, de la deuxième et troisième de Jean, de Jude, ni de l'Apocalypse ;
3*" Que pour bien entendre l'Écriture sainte ou pour en citer les propres paroles, il faut recourir .au texte de la langue originale en laquelle elle a été écrite, et rejeter la traduction latine comme pleine d'erreurs .
4** Que l'Écriture est très-facile et très-claire, et que, pour l'entendre, il ne faut ni glose ni commentaire, mais qu'il faut avoir Fesprit de brebis de Jésus-Christ.
On demandait ensuite si l'on devait formuler des canons avec anathème contre ces articles, qui rendent bien la pensée de Luther en la forçant quelque peu.
Les théologiens parlèrent sur les deux premiers articles durant quatre congrégations. Sur le premier, ils furent tous d'accord que la foi chrétienne est en partie dans rÉcriture sainte et en partie dans les traditions. Il y en eut même qui dirent que toute la doctrine catholique a la tradition pour unique fondement, puisque Ton ne croit à rÉcriture même que parce qu'on la tient par tradition.
Sur le deuxième article, on convint de fairç, à l'exemple du Concile de Laodicée et du troisième Concile de Carthage (et l'on sait que le Concile de Florence, ou plutôt le pape Eugène IV, à la suite du Concile, avait fait de même), un catalogue des livres canoniques, où fussent marqués tous ceux qui se lisent dans l'Église romaine, et même ceux du Vieux Testament, que n'admettaient point les juifs. Mais ici les avis furent partagés. Les légats, dit Pallavicini, étaient en désaccord entre eux et divisaient l'assemblée en deux moitiés. Quelques-uns (c'étaient Bertano, évêque de Fano, et le légat Seripando, général des Augustins) voulaient que l'on fît deux listes, l'une des livres universellement reçus, l'autre, de ceux qui autrefois avaient été, ou rejetés, ou mis en doute, disant que, bien qu'il ne se vît point d'exemple de cela, néanmoins c'avait toujours été le sentiment de l'Église ; témoin saint Augustin, dont l'autorité a été consacrée par le décret in canonkis, et saint Grégoire le Grand. Aloisio de Catane, jacobin, disait (car nous verrons les dominicains incliner toujours vers la liberté en ces matières) que cette distinction avait été faite par saint Jérôme, que l'Église reconnaît pour arbitre en cette matière, et suivie par Cajétan (l'illustre cardinal de Gaëte appartenait aussi à l'ordre de saint Dominique), comme une règle infaillible.
Le 9 mars, les Pères convinrent de déclarer les traditions € d'autorité égale » à celle de l'Écriture. Ce fut en vain que l'évêque Bertano demanda que le mot de semblable fût mis à la place de celui d'égale autorité. Nacchianti, évêque de Chioggia, fit même une opposition plus radicale au décret proposé; il déclara impies les mots pari pietatis affectu et reverentia, fasciné qu'il était (dit Raynaldi) par l'opinion fallacieuse des anciens et nouveaux hérétiques. Il fut entendu, dit Pallavicini, con orrore ed indignazione, puis detestato par les évoques de Badajoz et de Bertinoro. On demanda la censure contre lui, et il fut bientôt contraint de quitter le Concile. Nacchianti avait avancé que le Concile n'était pas libre; les légats firent en sorte qu'il ne revint jamais à Trente.
Sur la forme que devait avoir le catalogue des livres de la Bible, trois partis étaient proposés : le premier de ne point spécifier ces livres, le deuxième de diviser le catalogue en trois chapitres, le troisième de mettre tous les Uvres dans la même classe et de les faire tous égaux. L'on fit trois minutes pour être proposées dans la congrégation suivante. Le 15, ces trois minutes ayant été proposées, la troisième l'emporta à la pluralité des voix. Dans les congrégations qui suivirent, les théologiens parlèrent sur les autres articles, et il y eut une grande contestation, dit Sarpi, sur le troisième, entre quelque peu de docteurs, qui entendaient le latin et un peu le grec, et ceux qui n'avaient nulle connaissance des langues ^
Aloys de Catane (on se souvient qu'il était dominicain) dit que pour décider de cet article, il ne se pouvait rien
1. Tra alcuni pochi, che havevano buona cogniHone di LaHno, e gusto di Greco, ed altri niidi di cogniHone di lingtie.
proposer de meilleur, ni de plus propre au temps présent, que le jugement du cardinal Cajétan, le plus grand théologien qu'il y eût eu depuis plusieurs siècles. Ce cardinal, à Toccasion de sa légation d'Allemagne, en 1523, cherchant comment on pourrait ramener les dévoyés à l'Église et convaincre les hérésiarques, trouva que le vrai remède était d'entendre le texte littéral de l'Écriture {lintelli' genza leierale del iesto délia S . S.) dans la langue originale. Il avait coutume de dire que d'entendre le texte latin, ce n'était pas entendre la Parole de Dieu infaillible, mais celle du traducteur, qui était sujet à l'erreur et qui y tombait. Plût à Dieu, s'écriait le moine, que les docteurs des siècles passés eussent fait comme Cajétan ! Luther n'eût point trouvé de créance. Il ajouta que l'on ne pouvait approuver aucune version sans rejeter le canon ut ve(erum\ qui ordonne d'examiner les livres du Vieux Testament sur le texte hébreu, et ceux du Nouveau Testament sur le texte grec ; qu'il valait mieux laisser les choses comme elles étaient depuis quinze cents ans.
La plupart des théologiens disaient, au contraire, qu'il fallait tenir pour divine et authentique en toutes ses parties la version qui par le passé avait été lue dans les églises et maniée dans les écoles; qu'autrement on donnerait cause gagnée aux luthériens et entrée à mille hérésies qui mettraient l'ÉgUse en combustion ; que la doctrine de l'Eglise romaine, la mère et la maîtresse de toutes les autres, était fondée presque toute sur des passages de l'Écriture; que si chacun avait la liberté d'examiner si la version est fidèle (se sia ben tradotto\ soit en la confrontant