LA DOGMATIQUE
Il y a dans les livres symboliques de l'Église luthérienne, presque tous issus de la période créatrice de la Réforme, une grande pensée, une conception profonde de la Parole de Dieu. Pour eux*, le nom même de la Parole de Dieu rappelle sans cesse l'objet des promesses divines, la grâce et la prédication qui en est faite au nom de Dieu par ses serviteurs, et ce que les symboles luthériens désignent du nom de la Parole de Dieu, c'est le salut, c'est l'Évangile.
Cette conception, religieuse avant tout, ne pouvait suffire longtemps à la théologie. C'est autour de Mélanchthon que s'étaient formés les premiers théologiens delà seconde génération protestante; c'est dans le même groupe que les premiers efforts furent faits pour démontrer que la
l. Voyez de Backer, Bibl, Soc. Jesu, V édit., IT, 722 s.
Bible esl la Parole de Dieu : démonstration que Georges Major ^ entreprit de donner. Elle ne devait pas, sans doute, créer une certitude égale à l'assurance que la foi des réformateurs avait puisée dans l'autorité absolue de la Bible, dans cette autorité 'qui s'acceptait et ne se démontrait point. Georges Major veut établir c que les écrits des Prophètes et des Apôtres sont la voix et le commandement même du Dieu éternel >, et il en donne, dans son livre, qui du reste n'est pas œuvre de science ni de critique, cinq raisons : 1* la doctrine des Prophètes et des Apôtres dépasse la raison humaine ; 2* seule elle donne à la conscience une consolation certaine; 3** cette doctrine est la même depuis Torgine du monde (consensus etperpetuitas doctrinaé) ; 4* leurs prédictions se sont réalisées ; 5* leur doctrine a été confirmée par de nombreux miracles, dont le plus grand est la chute du paganisme.
Il n'est point douteux que les réformés n'aient franchi plus rapidement que les luthériens l'espace qui sépare la conception première des réformateurs de la théorie officielle qui est arrivée bientôt à faire loi dans Tune et l'autre Église. Dès l'origine, la notion de l'Écriture, chez les réformés, avait été autre que celle des luthériens. Pour la Formule de Concorde, dernier monument de la pensée des anciens luthériens, l'Écriture est encore, comme pour les réformateurs eux-mêmes*, c la seule règle et Tunique norme à laquelle tous les dogmes et tous les docteui^s doivent être mesurés et appréciés ». L'Écri- \xxv^ est donc, dans la doctrine luthérienne, la règle de la foi. Pour les réformés, elle esl davantage, si l'on peut
1. hf Origine et auctontaie Verbi Dei, I5ô0. rèd, Viieb , 156S, in-»».