‹ La Bible au seizième siècleChapitre 68 sur 71 · Ib., 60, p · texte numérisé non relu

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rite de la 2* et de la 3* Épître de Jean, emprunte cependant à l'Apocalypse, qu'il attribue à saint Jean, les menaces qui terminent le livre du Nouveau Testament *. Ce n'est qu'entraîné par ses adversaires qu'il s'engage parfois sur un terrain qui n'est pas le sien. Mais l'usage peu conséquent que le plus rigoureux des polémistes ne peut s'empêcher de faire de ces livres qu'il n'admet pas à € ester dans le débat (starein contentione) i> y montre combien peu de fondement la distinction établie par Luther dans le Nouveau Testament, entre les livres du premier* et du second degré, avait dans la conscience religieuse du temps, et combien courtes étaient les racines qu'elle avail jetées depuis lorigine de la Réforme. Tandis que le livre de Chemnitz a exercé une influence maîtresse sur le développement de la dogmatique luthérienne, la doctrine de l'Écriture sainte est le seul point sur lequel les disciples du savant docteur aient été comme empressés de secouer son autorité, si c'est une autorité que l'exemple d'un esprit incertain et d'une pensée gênée par les nécessités de la discussion, et commandée elle-même par l'autorité d'un maître.

Flacius, dans son ardeur de trouver une autorité visible, ouvrira d'autres voies ; le dix-septième siècle semblera avoir à cœur d'effacer les dernières traces des libertés de Luther. Entre une distinction difficile à maintenir et une uniformité visible, le choix des dogmaticiens luthériens fut bientôt fait. Au reste, ils avaient avec eux le sentiment général et le courant de la piété populaire.

Mathias Flacius, dit l'IUyrien, terminait en 1567, dans

i'exil où il passait la fin d'une vie agitée, sa Clef de la Sainte Écriture, volumineux ouvrage dans lequel se trouvent des pensées d'une grande élévation mêlées à de singulières étroitesses. Son ouvrage est le premier essai de réunir en un corps de doctrine tout ce qui a trait à la Parole de Dieu. Il s'exprime sur l'Écriture avec une gravité et une autorité remarquables^:

« L'Esprit saint, dit-il, est l'auteur de l'Écriture, seiil il peut l'expliquer ; c'est à lui qu'il appartient de nous conduire en toute vérité, à lui de graver son Écriture dans nos cœurs, et c'est à sa lumière qu'elle doit être étudiée... Les voies du Seigneur sont unies, les justes y marcheront, les impies y tomberont. Prenons donc garde d'y marcher avec piété... Il faut. lire les saintes Lettres dans la crainte du Seigneur, en étant résolu fermement à n'en point dévier à droite ni à gauche, ni dans la foi, ni dans les mœurs, ni dans aucune de nos actions. C'est dans sa maison qu'il faut entendre Dieu, le père de la famille, et il le faut entendre seul... Lorsque nous nous convertissons au Seigneur, le voile qui nous cachait l'Écriture est levé; nous sommes éclairés de la lumière de l'Esprit, nous comprenons le but et l'objet de l'Écriture, c'est-à-dire le Seigneur Jésus, sa passion et ses bénéfices. Le Christ est le but de la loi, il est la perle de grand prix dont parle l'Écriture ; si nous l'avons trouvé dans le champ du Seigneur, cela nous suffit {satis bene sumus negotiali)... L'affliction, dit Ésaïe, donne l'intelligence. Il m'est bon, dit le Psaume, d'avoir été affligé, car j'ai appris à connaître tes voies. L'affliction et

1. Clavis. S. Scripturae, Bas,, 1628, in-fol., 2 vol., pars II, 1 ss. | 3 et 10.

la croix servent donc beaucoup à la connaissance de Dieu et de sa Parole. y>

Jusqu'ici Flacius s'est exprimé avec la sagesse d'un cœur pieux et expérimenté. Lorsqu'il se souvient des besoins de la dogmatique, il tombe dans toutes les sécheresses de la dialectique et dans toute la fausseté d'une nouvelle scolastique. Il a voulu comprendre (§ 13), avant d'aborder l'étude de l'Écriture, la pensée générale et le but du Livre saint, qu'il trouve résumé en Jésus-Christ, et maintenant il comprend tout l'enseignement de l'Écriture sous la forme de deux syllogismes, et le postsyllogisme, qui embrasse la doctrine du Nouveau Testament, aboutit à cette conclusion : c'est donc cet homme, Jésus, qui est le véritable Messie.

Ce n'est pas assez : pour comprendre l'Écriture, Flacius éprouve le besoin d'en connaître d'abord la doctrine, et il nous propose <l une sorte de catéchisme », qu'il tire ou pense tirer de la Bible, c'est le Credo, qu'il lit dans les trois premiers chapitres de la Genèse, le Décalogue, le Notre- Père, les paroles d'institution des sacrements, c'est-à-dire en un seul mot les cinq points du catéchisme de Luther \ Lorsqu'il a ainsi trouvé le résumé de l'Écriture, il prononce l'arrêt suivant : a: Toute intelligence et toute interprétation de l'Écriture doit être analogue à la foi; c'est là la norme et la barrière de la saine doctrine... Ainsi, tout ce que l'on dira de l'Écriture, et ce que l'on en tirera, doit être con-

1. % 15, col. 11: Post hanc summam, utile est, studiosum percipere brevem quandam Catechesin : quant nobis itidem Scriptura offert, Prù mum, exhibendo quasi Symbolum, in tribus primis capitibus Geneseos de uno Beo, créations, lapsu, et redemptione per benedictum semen : quant partent nu7ic Symbola referunt. Deinde, per Decalogum.,. Tertio, in Oratione dominica^ et verbis Sacramentorum.

forme au catéchisme qui la résume, c'est-à-dire aux articles de la foi \ »

Sous celte forme naïve et réellement surprenante dans sa puérile simplicité, qu'a fait Flacius autre chose que d'appliquer les règles de la dialectique au principe que Luther avait posé : le Christ est le maître de l'Écriture. II est vrai que Luther n'était sorti du moyen âge qu'en brisant les cadres de la scolastique, et que revenir à l'ancien esprit et aux vieilles formes, c'était verser le vin nouveau dans les vieux vaisseaux. Pourtant il était dans la nature et dans la nécessité des choses que l'esprit de conséquence et de raisonnement rentrât dans la théologie protestante. Le lendemain d'une réforme ne peut pas être semblable à son premier jour.

On comprendra facilement que l'exégèse de Flacius, que l'interprétation de l'Écriture, dont il essaie de donner les règles, n'est pas libre : elle subit la loi de cette analogie de la foi, dont la mesure elle-même est dans le catéchisme. Flacius pose en principe ce fait : « Il n'y a dans l'Écriture aucune espèce de contradiction ^, et ce principe, il l'applique avec rigueur, établissant que lorsque dans deux Évangiles un même fait est raconté avec des circonstances différentes, il faut conclure que le fait s'est passé à deux fois diverses.

On s'étonnera de trouver dans la Clavisde Flacius, parmi

1. ? 17, col. 12 : Omnis intellectus, ac expositio Scripturae, sit analoga fidei : quae est veluti nonna quaedam sanaefidei, aut cancelli... Omnia igitur, quae de Scriptura, aut ex Scriptura, dicuntur, dehent esse eonsona praedicatae Catecheslicae summae, aut articulis fidei.

2. Col. 89 imNulla omnino usquam est contradictio Scripturarum... ...Sed quae pugnare videntur, nostraculpa ac ignorantia talia esse exis^ (imantur.

les règles qu'il donne de Tinterprétalion de la Bible, le mot de quadruple intelligence \ Le mol seul, sous sa plume^ rappelle l'exégèse des anciens scolastiques ; en réalité, Flacius n'entend par là que la considération que l'on doit avoir de l'esprit et de la pensée d'ensemble du livre que l'on étudie, et du but de l'auteur. De même, lorsqu'il parle d'allégorie, il n'entend pas par ce mot autre chose que la métaphore *. Il est vrai que c'est beaucoup d'emprunter à la scolastique son langage et sa devis» elle-même.

Il ne nous convient pas d'apprécier ici une conception . qui, bien considérée, n'appartient pas au siècle de la Réforme. Leis théologiens de l'école de Flacius ont pu connaître Luther et Mélanchthon, dont ils sont presque les contemporains, mais ils appartiennent à cette grande école, dont le dix-septième siècle est l'époque, et qui ne peut pas être jugée sur quelques exemples isolés et sans un examen fort approfondi. Un pareil sujet ne veut pas être effleuré. Au reste, on trouvera dans le livre de M. Heppe sur la Dogmatique du seizième siècle^, les noms des théologiens de cette époque de transition qui ont parlé de l'Écriture sainte, et l'indication de leurs opinions, qui ne présentent guère d'autre intérêt que de marquer le passage du siècle de Luther à celui de Jean Gerhardt. II n'entre pas non plus dans notre étude de parcourir la série des symboles de l'Église réformée, et d'enregistrer les diverses assertions de ces vénérables confessions de foi, relatives à la Parole

1. p. 82 : Existimo igitur, quadruplicem intelligentiam necessariam esse mis, qui in ScriptuHs Sacris utiliter versari cupiunt,

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