CHAPITRE Vir
QUELQUES PREUVES PARTICULIÈEBS DE l'ÏNFLUENCB IN- DOUE PAR l'Egypte sur la société hébraïque
Les mœurs et coutumes de la Judée rappellent tellement celles de ITnde qu'elles suffiraient à elles seules pour soulever tous les doutes que l'on pourrait conserver sur la colonisation du monde ancien par des émigrations venues de rindoustan.
Nous avons vu les grands principes de cette vieille civilîsation dominer la Perse, l'Egypte, la Grèce et Rome : la Judée va nous montrer la même influence jusque dans les moindres détails de son organisation sociale. Nous cueillerons au hasard et sans ordre parmi ces nombreux points de contact et ces ressemblances, si frappantes qu'il est impossible de ne pas affirmer plus vigoureusement encore cette unité d'origine de tous les peuples de l'antiquité, que nous avons, dès les premières pages de ce livre, posée presque comme un axiome. *
Mariage des veuves chez les Hélreux et chez les Indous.
Nous lisons dans la Genèse Biblique :
« Juda fit épouser à Her, son fils aîné,, uue fille du nom d^ Thamar. Her, fils aîné de Juda, fut un très-méchant homme, et le Seigneur le frappa de mort.
« Juda dit donc à Onan, son second fils : Épousez Tliamar, la femme de votre frère, et vivez avec elle, afin que vous suscitiez des enfants à votre frère.
c Or celui-ci, cohahitant avec la femme de son frère, et sachant que
MOSBS OU MOÏSB KT LA SOCIÉTÉ HÉBEAÏQtJE 163
les enfants qui naîtraient d'elle ne seraient point à lui, mais secaifiot oeasê8 appartenir à son frère, semen fundebat in terram, »
Nous lisodia ôiMSore au livre, de Both :
w Baoz dit : Je prencb pour lèmne Ratli la Moabfte, femme de MaBaloiiy afioi de ùâv» revivre le nom dki défunt dans sont hésita^ et qa« aan nom ne s'éteigne pas dans sa famille^ parmi sea foères et parmi son penple. »
Maints autres passages de la Bible aous démontrent que ce fut une loi, pour le plus proche parent de tout homme mort sans postérité, d'épouser la veuve de ce dernier pour lui susciter des descendants. Les enfants qui venaient à naître étaient considérés comme les ûls du défunt, et se partageaient son héritage.
D'où vint cette coutume, quelle fut la raison de cette obligation imposée par le législateur? Nous avons beau fouiller tous les livres de l'Ancien Testament , ils ne peuvent nous apporter aucune lumière sur ce sujet. La plupart des commentateurs,, s'en rapportant aux motifs donnés par Booz de son mariage avec Ruth, croient que l'union d'une veuve avec le frère ou un parent de son mari décédé n'avait en effet d'autre but que celui de perpétuer la race de ce dernier.
Cette opinion ne saurait nous satisfaire.
L'intérêt particulier d'un homme qui n'existe plus étaitil donc si grand qu'un frère, et à son défaut un parent, fussent obligés de se sacrifier pour continuer sa descendance?
Est-ce que ce frère ou ce parent ne devaient point tenir aussi à ne point mourir sans postérité ? Pourquoi donc les forcer à un mariage qui, en continuant la famille d'un autre, devait tarir la source de la leur?
Cette coutume, dont le judaïsme ne peut nous donner l'explication , est le résultat d'une fiction qui tire son origine des croyances religieuses des Indous, apportées en Egypte par les émigrations ; elle passa dans les mœurs et
fut adoptée par les Hébreux, bien que la croyance qui lui avait donné naissance eût été abandonnée ou oubliée.
Chez les Indous, un père ne peut parvenir au séjour céleste que par les sacrifices expiatoires et les cérémonies funéraires que son fils accomplit sur sa tombe et qu'il doit renouveler à chaque anniversaire de sa mort. Ces sacrifices enlèvent les dernières souillures qui s'opposent à ce que Tàme puisse, par sa réunion au Grand-Tout, goûter la suprême félicité promise à l'homme juste.
Il est donc de toute nécessité que chaque homme ait un fils qui puisse lui ouvrir les portes de l'immortel séjour de Brahma. C'est pour cela que la loi religieuse fait appel au dévouement du frère ou du plus proche parent du défunt, notant d'infamie celui qui se refuserait à l'accomplissement de ce devoir sacré.
Chez les Hébreux, tous les fils qui naissent de la veuve appartiennent au mari dont la mort l'a privée, ce qui est absurde, puisque, pour continuer la postérité d'un homme, on éteint la postérité d'un autre.
Chez les Indous, au contraire, le premier fils qui naît ainsi a pour père le premier mari de sa mère, il hérite de lui et doit accomplir les cérémonies mortuaires; mais tous les autres enfants qui peuvent voir le jour par la suite appartiennent au frère ou au parent qui a épousé la veuve, et, de cette façon, son dévouement n'est point la ruine de ses propres intérêts. Si, après avoir procréé un fils, il ne peut en obtenir d'autres , la loi lui permet d'en adopter un qui portera son nom et sacrifiera à ses funérailles.
La coutume hébraïque est un non-sens, puisqu'elle déclare enfants du défunt tous ceux qui viennent à naître de sa femme, sans s'inquiéter du père naturel, qu'elle prive ainsi de toute descendance.
La coutume indoue est rationnelle et logique, puisqu'elle sauvegarde les intérêts des deux , et de plus elle donne un motif à cet acte, qui serait incompréhensible sans la
MOSES OU MOÏSE ET LA SOOtÉTé HÉBRAÏQUE 165
croyance religieuse, tandis que la Bible ne se croit pas tenue à des éclaircissement&, que, du reste, elle eût peutêtre été fort embarrassée de donner.
On voit clairement que ce n'est qu'une tradition indoue conservée, bien qu'on ait perdu de vue le but qui la légitimait et la rendait accceptable. Et Onan n'eût certainement point songé à prolonger la stérilité de Thamar, si la loi n'eût attribué à son frère que le premier-né des enfants
qui pouvaient naître de ses œuvres.
Animaux impurs dont il est défendu de manger
d'après la Bible.
Moïse défend de manger comme impurs tous les animaux ruminants qui n'ont j)oint le sabot fendu et le porc, qui, bien qu'ayant le sabot fendu, ne rumine point.
Parmi les poissons, il tolère ceux qui ont écailles et nageoires, repoussant tous les autres comme impurs.
Entre les oiseaux, voici ceux que sa défense atteint :
L'aigle, le griffon et le faucon;
Le milan, le vautour et tous ceux de son espèce ;
Le corbeau et ceux qui lui ressemblent;
L'autruche, le hibou, le larus, l'épervier et tous ceux de même race;
Le chat-huant, le cormpran, l'ibis;
Le cygne, le butor, le porphyrion ;
Le héron, la cigogne, la huppe et la chauve-souris;
Tout ce qui vole et marche en même temps sur quatre pieds.
Parmi les animaux qui remuent sur la terre sont impurs, et par conséquent prohibés :
La belette, la souris , le crocodile et tous ceux d'espèces semblables;
La musaraigne, le caméléon, le stellion, le lézard et la taupe.
Tout homme qui man^ de ces animaux est déclaré împw commue eux.
Tout homme qui les touche lorsqu'ils sont morts est ^ imipur jusqu'à la chute du jour.
Tout vase qui les contient est impur et doit être brisé.
Animaux impm^ dont il est défendu de manger^ d'après ManoUy et les praAibiàiom brahmaniques.
Tout«dwidja(e'D sanscrit-: homme pur, homme sanctifié, régénéré) doit s'abstenir des quadrupèdes au sabot non fendu, excepté cependant de ceux que permet la sainte Ecriture.
Le porc domestique (par opposition au sanglier, qui est permis) est déclaré impur, quoique ayant le sabot fendu.
Tous les oiseaux carnivores sans exception , tels que le milan , le vautour et Taigle , sont prohibés. Tous ceux également qui frappent avec le bec et déchirent avec leurs griffes.
La même défense atteint le moineau, qui est dit, chose bien remarquable , protecteur des moissons, car il détruit les insectes nuisibles.
Puis le cygne, le perroquet, la grue, le corbeau, le tittibha, oiseau à huppe, le datyouha ou pivert, et tous ceux dont la langue attire les insectes.
Tous les poissons, excepté ceux de Tespèce pâthîna et rohïta, c'' est- à-dire, ayant comme eux, écailles et nageoires, ne peuvent entrer dans la nourriture de ceux qui suivent la règle proscrite.
Tous les animaux enfin qui rampent sur la terre ou la creusent de leurs grifi'es sont proscrits comme plus impurs encore que tous les autres.
Toute impureté occasionnée à Thomme par son contact vec un corps mort dure dix jours et dix nuits, ou quatre '
MOSBS OU IfOÏSB BT Li. SOCIETE HÉBBAÏQUB 167
JOUIS, on trm J0iir «euleskent, suivant la répatation de ea* gesse et de vertu dont il jouit.
Le vase de cuivre, d'argent ou d'or qui a contenu ot Bimptement lK)uché les corps impurs, doit être purifié ^Im U mode établi. t
Lç vaee de teire doit être foï^isé et enfoui profondémant dans le sol, car Tie«n ne peut le purifier.
Que dire en face de tels rapprochements ?
Objectera-t-on que toutes ces prohibitions d'animaux ne sont que des règles dliygiène, communes à tous les peuples de l'Orient? Cela n'empêchera point l'Inde d'avoir été l'initiatrice, d'avoir la première indiqué la voie
Il ne reste qu'un moyen de renverser tout cela, c'est de nier l'antiquité de Tlnde. Je m'attends bien à quelque chose de semblable de la part des souteneurs jurés de certaines castes; je les prierai alors d'aller plus loin, et de me démontrer que le sanscrit est né de l'hébreu..*.. Qui sait si je ne verrai pas cette plaisanterie se réaliser.
Épretcves des femmes soupçonnées d'adultère.
Nous lisons dans la Bible, livre des Nombres :
< lie m&n mènera sa femme devant le prêtre et présentera pour elle en offrande la dixième partie d^une mesure de farine d'orge. Il ne rependra point rhuile par dessus, et il {l'y mettra point d'encens, parce que c^est un sacrifice de fslonsie -et une oblation pour découvrir l'adultère.
4L £t ayant pris (le prêtre) de Teau sainte dans un vaisseau de terre, il
y mettra un peu de terre du pavé du Tabernacle Et il dira à la
femme : « Si un homme ne s'e^ point approché de vous , ces eaux
f amères, chargées de malédictions, ne vous nuiront point Mais si
« vous vous êtes retirée de votre mari , que votre ventre enfle et
f crève, et que votre cuisse pourrisse. ■»
< Et il les lai donnera à boire. ....'»
Nous lisent dans Gauttama (Commentaires sur Manou) :
f Ce fut une coutume ancienne de conduire la femme accusée de s^être souillée, en recevant les embrassements d'xin autre homme que de son
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mari, à ]a porte de la pagode, et de la livrer an brabme sacrificateur. Ce dernier jetait dans un vase d'eau puisée par un homme des classes mêlées (paria) une tige de cousa (herbe sacrée), avec un peu de terre ramassée dans le pas d'un animal immonde, et il donnait cette eau à boire à la femme en lui disant : « Si ta matrice n'a point reçu de semtnce étrangère» « cette eau maudite sera pour toi au^si douce que l'aucrita (ambroisie);
« si au contraire tu as reçu la tadhe impure, tu mourras , et tu re-
f naîtras dans le ventre d'un chacal; mais, avant, ton corps sera affligé ff d'éléphantiasis et tombera en pourriture. » Ai:yourd'hui, la loi a substitué à ce mode religieux, etc »
Impureté de ceux qui touchent les morts, d'après la Bible
[livre des Nombres) :
Celui qui touche le corps d'un homme mort est impur pendant sept jours; il doit, pour se purifier, recevoir Taspersion de Teau d'expiation.
Tous ceux qui entrent dans la tente d'un homme mort, et tous les vases qui s'y trouvent, sont impurs pendant sept lours.
Tout homme impur rend impur tout ce qu'il touche.
Impureté de ceux qui touchent les morts, d'après Manou
et les traditions brahmaniques.
L'impureté occasionnée par l'attouchement du corps d'un mort a été déclarée par la loi durer dix jours (Manou, livre 5).
Les brahmes sont purifiés en trois jours.
Ceux qui entrent dans la maison d'ufa vaysias ou d'un soudras décédé sont impurs pendant dix jours.
Ceux qui entrent dans la maison d'un roi après sa mort sont souillés pendant trois jours.
L'impureté qu'occasionne le corps d'un brahme ne dure qu'un jour.
Lorsqu'un homme meurt, tous les vases contenus dans sa maison sont impurs. Les vases en métal se purifient par le feu, ceux en terre sont brisés et enfouis.
MOSBS OU MOÏSB BT LA SOCIÉTÉ HÉBRAÏQUB 169
L'homme se purifie avec des ablutions d'eau lustrale.
Manou, qui relate quelques modes de purification en usage de son temps, sortant de ces pratiques superstitieuses, s'écrie, en s'élevant à une hauteur inconnue de la Bible :
« De toutes les choses qui purifient, la pureté dans Taequisition des richesses est la meilleure ; celui qui conserve sa pureté en devenant riche est réellement pur, et non celui qui n'est purifié qu'avec la terre et l'eau.
« Les hommes instruits se purifient par le pardon des offenses, par des aumônes et par la prière.
u Le brahme se purifie par l'étude de la sainte Ecriture. De même que les membres sont purifiés par Teau, l'esprit Test par la vérité.
« Les saines doctrines et les bonnes œuvres purifient l'âme. L'intelligence est purifiée par le savoir. »>
On ne peut disconvenir que cette impureté dont les morts frappent tout ce qui les approche, tout ce qui entre et se trouve dans leurs maisons, même les êtres inanimés, ne soit encore un legs de l'Inde. Moïse a copié mot pour mot ces traditions antiques; mais ce qu'il s'est bien gardé d'imiter en relevant ces coutumes, ce sont ces vues larges et ces grandes pensées que l'on rencontre à chaque pas dans Manou, toutes les fois qu'oubliant son rôle de complaisant des prêtres, il se faisait l'écho du premier Manou, qu'il abrégeait dans l'intérêt de ces derniers, et qu'il s'inspire du sublime enseignement des Vedas.
Ce no sera point la dernière fois que la Bible aura le dessous, et il ne lui arrivera jamais de dépasser son modèle.
Pâle reflet de cette civilisation antique qui inspira l'ancien monde, on dirait qu'elle se fit une loi de ne l'imiter que dans les ridicules superstitions dont les brahmes entourèrent le peuple pour occuper sa vie, lui faire oublier le joug et la perte de sa liberté.
Sacrijtoes et eérimonies d'après le LévitiqmB et les oeuissmes
mdoues.
Les sacrifices et les cérémonies, tels que les institm Moïse, sont emprnntés 4an8 leurs moindres détails «u culte Tulgaire des Indous.
Lliolocauste par excellence des sacrifices brahmaniqaet est le bœuf. La vénération dont jouit -cet animai 'dans rinde vient de ce qu'il est Toffrawde la pliife «gî^ble^u'on puisse faire à Dieu.
C'est un bœuf également que le Lôvitiq'ire CKPdkmn© l'immoler à la porte du Tabernacle.
Dans les cérémonies de moindre importance, le prêtre brahme offre à l'autel des chevraux et àcB cbèvree, -en choisissant de préférence ce^x À toison rcmsse, des barétas sans tache et n'ayant pas encore porté , tdnsi que 4es gazelles noires, des biches à la robe moucfeetée et des toiirterelles.
Le Lévitique ordonne é^lement le sacrifice des brebis et des chèvres sans tache et 4es colombes.
Chez les Indous, les oWations de fruits se font avec de la farine, du riz, de l'huile, du beurre clmfié et des grosses de toute nature.
Pour les mêmes oblations, les Hébreux emploient la farine, le pain et l'huile, et les prémices de tous les grains.
Chez les deux peuples, le sel doit accompagner toutes ces offrandes , et brahmes et lévites se partagent ce qui reste des sacrifices. Un feu perpétuel brûle sur l'autel dans la pagode indoue, alimenté par les deva-dassi ou prétresses consacrées.
Le même feu brûle dans le Tabernacle judaïque, alimenté par les lévites, car Moïse n'eulmit pas les femmes dans le service de son Dieu- Toutes les fautes enfin contre la loi 'religieuse , toutes
MOSES OU MOÏSE ET LA SOCIÉTÉ HÉBRAÏQUE Hl
le» impuretés, dans l'Inde cemio^ en Judée, dîgparaisseiit parles sacrifices et les cérémonies de purification.
Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, ce que je viens de dire me paraît plus que suffisant pour faire T^vidence et prouver l'imitation.
Chose étonnante! pas plus que l'Egypte, qui le divinisa pour la plèbe; pas plus que la Perse et la Grèce ancienne, qm en firent la base de leurs hécatombes, la Judée ne put se soustraire à ce culte général du bœuf, qui, nul ne pourra le constater, a pris naissance dans l'Inde, Aussi rencontret-on à chaque pa^e^ dans la Bible, des phrases dans le genre de celle-ci :
« Vous ne lierez point la bouche du bœuf qui foule le grain, et vous lui permettrez d*en manger.
•« VcMis ne labourerez point avec un bœuf et un âne attelés ensemble. ^
Ces témoignages de respect, il faut bien le reconnaître, fumi tin restant des anciennes superstitions des basses classes égyptiennes , dont il fuit impossible à Moïse de se débarrasser complètement.
Purification des femmes nouvellement accouchées, d'après le Zémtique ei la coutume indoue.
Nous lisons dans le Lévrtique :
« Si une femme, suace^to eemine, enfante un mâle, elle sera impure pendant sept jours, de même que pendant sa période mensuelle.. . .
€ Si elle enfante nn« fille, «lie sera impure pendant deux aemaines. .....
et elle demeurera soixante jours pour être purifiée.
« Lorsque les jours de sa purification auront été accomplis, ou pour un fils ou pour une fille, elle portera en témoignage de cela , et pour être offert en holocauste^ à l'entrée du Tabernacle, un agneau d'un an et le petit d'une colombe ou d'une tourterelle, que, pour l'expiation, elle remettra au prêtre. »
Nous lisons dans Manou :
c La naissance d'un enfant est une souillure pour ses parents, mais
surtout pour la mère, qui est déclarée impure pendant autant de jours qu'il s'est écoulé de mois depuis la conception ; elle devra suivre le mode adopté pour la purification après les saisons naturelles. >
Nous lisons dans Colloûca (Commentaires) :
c II était d'usage autrefois que la femme, après ses ablutions, terminât la cérémonie de la purification par l'offrande d'un jeune agneau qui n'avait pas encore été tondu, accompagné de miel, de riz et de beurre clarifié; elles se bornent aujourd'hui, après les ablutions, à faire servir aux brahmes souniassys (termites mendiants) dix manganys de riz et six copas de beurre clarifié. »
Prohibition de certaines coutumes du deuil^
d'après la Bible.
Dans rinde, à la mort du père de famille, sa femme, ses enfants, ses esclaves, devaient se faire raser entièrement la tête et se pratiquer une légère incision au front en signe de deuil ; il est même des veuves , dans certaines castes élevées, qui enduisaient cette blessure d*une couleur délayée dans un corrosif quelconque, pour que cette marque ne pût s'effacer, se vouant ainsi à un deuil perpétuel.
Les Hébreux avaient, sans aucun doute, conservé ces coutumes puisées en Egypte ; car, dans le chapitre 14 du Deutéronome, il leur est défendu de ^e faire des incisions et de se tondre la tête pour pleurer les morts. Il efst vrai de dire qu'un peu plus loin, par un retour sur cette défense, il leur est ordonné de se couper les cheveux au décès de leurs parents.
Sans doute, Tusage ayant continué malgré la loi, on préféra permettre ce qu'on ne pouvait empêcher.
Les Irahmes ne doivent rien posséder en propre.
La mission du brahme, d'après la sainte Ecriture et Manou, doit être d'enseigner la sainte Ecriture, de présider aux sacrifices ; il ne peut rien distraire de son temps
consacré au Seigneur pour cultiver la terre , soigner les bestiaux et recueillir les moissons. Ces travaux sont Tapa" nage de Vaysias, à qui le Seigneur les a confiés. Mais il n'est pas un champ dans l'Inde, une terre, un arbre ou un animal domestique qui ne doive concourir à satisfaire les besoins des élus du Seigneur.
c Donnez aux brabmes, dit le divin Brigbou, les premières mesures de nelly (riz) que vous aurez cueillies, le premier veau, la première brebis, la première chèvre, qui naîtront chaque année dans vos étables. Donnezleur également les premiers fruits des cocotiers, la première huile qui découle du pressoir, la première pièce d'étofie que vous tisserez; sachez enfin que les prémices de tout ce qui vous appartient leur appartiennent^ si vous voulez que le Seigneur vous conserve la possession de vos biens, et que la terre produise abondamment selon vos désirs. >
Prescriptions identiques chez les Hébreux,
Jéhovah , par la bouche de Moïse et d'Aaron , défend aux lévites d'avoir aucune part dans la terre des enfants d'Israël :
t Je vous ai donné, dit-il, tout ce qu'il y a de plus excellent dans rhuile, dans le vin et dans le blé, tout ce qu'on oâre de prémices au Seigneur.
t Toutes les prémices des biens que la terre produit, et qui sont présentées au Seigneur, seront réservées pour votre usage; celui qui est pur en votre maison en mangera.
€ Tout ce que les enfants d'Israël me donneront pour s'acquitter de leurs vœux sera à vous.
« Tout ce qui naît le premier de toute chose, soit des hommes, soit des bêtes^ et qui est offert au Seigneur, vous appartiendra; en sorte néanmoins que vous recevrez le prix pour le premier né de l'homme, et que vous feriez racheter tous les animaux qui sont impurs.
c Mais vous ne ferez point racheter les premiers nés du bœuf, de la chèvre et de la brebis, parce qu'ils sont agréables au Seigneur. »
La seule différence entre les usages indous et hébraïques, est dans ce que le premier né de l'homme n'était pas offert aux brahmes, et qu'on ne pouvait pas leur donner les prémices des animaux impurs.
De tels rapports de similitude peuvent, je crois,, se passer de commentaires , et Ton peut dire que l'iuûuence de l'Inde s'accuse aussi bien dans les détails que dans Ten.semble des grands principes qu'elle a légués aux sociétés anciennes.
Impuretés et purifications chez les Hébreux ^ d'après le
Léoitiq^m^
Lorsqu'on lit, au chapitre 15 du Lévîtique, les lois de purification pour les impuretés involontaires des kommes et des femmes, on est frappé d'un étonnement bie» aatirrel , en voyant qu'elles, ne font que reproduire les ordonnances sacrées qui règlent cette matière chez les Indous.
Prenons pour exemple les deux cas dont s'occupe le chapitre que nous venons de citer, pour les comparer à leurs similaires dans l'Inde.
Impuretés de l'homme.
« Parlez aux enfants d'Israël, et dites-leur que l'homme qui souffrira de son flux séminal, sera déclaré impur.
« Et on jugera qu'il soufire de cet accident lorsque, à chaque instant, il s'amassera une humeur fétide qui s'attachera à sa chair.
c Tous les lits où il dormira et tous les endroits où il se sera assis seront impurs.
« Si quelque homme touche à son lit, il lavera ses vêtements, et s'étant Ini-^nême lavé dans l'eau, il demeurera impur j,usqu'au soir.
(( S'il s'assied où cet homme se sera assis, il lavera aussi ses vêtements^ et s'étans lavé dans l'eau, il demeurera impur jusqu'au soir.
< Celui qui aura touché la chair de cet homme lavera ses vêtements, et a' étant lui-même lavé dans l'eau, il demeurera impur jusqu'au soir.
«c Si cet homme jette sa salive sur celui qui est pur, celui-ci lavera ses vêtements^ et s'étant levé dans l'eau, il demeurera impur jusqu'au soir.
«[ La selle sur laquelle il se sera assis sera impure. Et tout ce qui aura été sous celui qui souffre de cet accident sera impur jusqu'au soir. Celui qui portera quelqu'une de ces choses lavera ses vêtements, et aprèa avoir été lui-même lavé avec l'eau, il sera impur jusqu'au soir.
« Que si un homme en cet état, avant que d'avoir lavé ses mains, en touche un autre, celui qui aura été touché lavera ses vêtements, et ayast été lavé dans l'eau, il sera impur jusqu'au soir.
& Quand un vaisseau aura été toufihé par cet liomm%^ s*il est de terra, il sera brisé, s^il est de boisj, il sera lavé dans Teau.
«c Si aelul qui soufEra cet accident est guéri, il comptera sept jours après en avoir été délivré; et ayant lav4 ses habits et tout son corps dans des eanx vives^ il sera pur.
é Le huitième^ il prendra deux tourterelles ou deux jeunes colombes^ ot se présentant devant le Seigneur, à Tentrée du Tabernacle du témoignage, il les donnera au prêtre, qui en immolera» un pour le péché" et offrira l'autre en holocauste, et priera pour lui devant le Seigneur, affn qu'il soit débarrassé de cette impureté.
t L'homme qui se sera approché d'une femme (m de quo egndUar w«men coitus) se lavexa tout l<e corps avaa da l'eau et. sera, impur jusqu'au soir.
«. La femme dont il se sera approchée se lavera avec de l'eau et sera impure également jusqu'au soir.
Tmpwntés i» la femme.
«c La femme dans son état mensuel (quœ redeunte menae jgatitur fluamm tanguinis) devra être séparée de toute chose pendani sept jours.
« Quiconque la touchera sera iApur jusqu'au soir, et toutes le» choses nxleaquelles elle aura dormi et oie eUa se sera assi&e, pendant les jousf da sa séparation, seront souillées.
« Celui qui aura touché à son lit lavera ses vêtements, et après s'être lui-même plongé dans l'eau, il sera impur jusqu'au soir,
c Quiconque aura touché à toutes les choses, sur lesquelles elle se sera assise, Javera ses vêtements, et s'étant lui-même plongé dans l'eau, il sera impur jusqu'au soir.
« Si un homme s'approche d'elle, lorsqu'elle sera dans cet état qui se rtfiouvelle chaque mois, il aéra impur pendant sept jpurs, et tous les lits sur lesquels il dormira seront s(millés.
« La femme qui, hors le temps ordinaire, souffre plusieurs jours de cet accident, qui est ordinairement mensuel, ou chez laquelle cet accident ordinaire se continue, alors qu'il aurait dû cesser, demeurera impure comme elle est chaque mois et tant que durera cet accident.
«c Et pendant cette prolongation tous les lits sur lesquels elle aura
dormi et toutes les choses sur lesquelles elle se sera assise, seront impures. Quiconque également les aura touchées lavera ses vêtements, et après s'être lavé lui-môme restera impur jusqu'au soir.
« Si cet accident s'arrête, et après que les effets ont cessé, la femme comptera sept jours avant de se purifier.
« Et au huitième, elle offrira potir elle au prêtre deux tourterelles ou deux jeunes colombes à l'entrée du Tabernacle du témoignage.
a Le prêtre en immolera une pour le péché et offrira l'autre en holocauste ; et il priera devant le Seigneur pour elle et pour ce qu'elle a souffert d'impur.
« Vous apprendrez donc aux enfants d'Israël à se garder de toute»
1*76 LA BIBLE DANS l'iNDB
choses impures, afin qu'ils ne meurent point par ces souillures et ne polluent point mon Tabernacle, qui est au milieu d'eux.
t Telle est la loi qui regarde celui qui soufire d'un flux séminal ou qui se souille en s'approchant d'une femme.
ff Telle est aussi la loi qui regarde la femme séparée de toute chose) par ses accidents de chaque mois, ou en laquelle ces accidents se continuent en dehors de la période ordinaire. Cela regarde également l'homme qui se sera approché d'elle dans cette situation.
Impuretés et purifications chez les Indous, d'après les Vedas et le commentateur Ramatsariar.
Le Veda, ou Écriture sainte, pose en' principe que Ton doit purifier toutes les souillures du corps par des ablutions, au même titre qu'on purifie les souillures de Tâme par les bonnes œuvres et la prière.
Ramatsariar, dont nous allons citer le commen^^aire, est un sage de la plus haute antiquité, fort vénéré parmi les brahmes-théologiens du sud de l'Indoustan, et qui forme autorité dans tout ce qui, regarde les purifications, les cérémonies et sacrifices du culte.
Voici comment il s'exprime sur le sujet qui nous intéresse :
<« Il est un état , chez l'homme et chez la femme , qui leur défend de prendre part aux fêtes de famille et aux cérémonies dans le temple, car ils sont impurs, et l'ablution faite avec les eaux sacrées du Gange ne les purifie point avant que cet état n'ait cessé. «
Impuretés de V homme,
c Tout homme qui aura contracté une maladie par l'usage ou l'abus des femmes sera impur pendant qu'il en souffrira, jusqu'à sa guérisoui et dix jours et dix nuits encore au delà.
(c Son haleine est impure, sa salive pst impure, sa sueur est impure.
c II ne peut manger ni avec sa femme, ni avec ses enfants, ni avec aucun autre de ses parents ou de sa caste ; les mets deviennent impurs; impurs aussi seront pendant trois jours tous ceux qui mangeraient avec lui.
« Ses vêtements sont souillés et doivent être purifiés par l'eau lustrale, et tous ceux qui les touchent deviennent immédiatement impurs pendant trois jours.
MOSES OU MOÏSE ET LA SOOliTÉ HEBRAÏQUE l'77
« Celui qui lui parle, en se tenant sous le vent, est impur, et se purifie par l'ablution du soir an soleil couchant.
« La natte de son lit est impure, et rien ne peut la purifier; elle doit être brûlée.
« Son lit est impur et doit être purifié par Peau lustrale. Les vases dont il se sert pour boire, les plats de terre cuite sur lesquels il place son riz sont souillés ; ils doivent être brisés et enfouis dans le sol.
« Si ces vases ou ces plats sont en cuivre ou en tout autre métal, ils peuvent être purifiés par l'eau lustrale ou p/ir le feu.
« Toute femme qui consentira à se joindre à lui, connaissant Pétat dans lequel il se trouve, sera impure pendant dix jours et dix nuits, et devra offrir le sacrifice de la purification après s'être lavée dans la piscine destinée aux souillures honteuses.
« Cet homme ainsi impur ne pourra accomplir les cérémonies funéraires pour Vanniversaire de la mort de ses parents; lé sacrifice serait impur et repoussé par le Seigneur de toutes les créatures.
« Le cheval, le chameau, l'éléphant, sur lesquels il s^asseoira pour se faire porter en pèlerinage, seront impurs et devront être lavés avec de l'eau, dans laquelle on aura fait dissoudre une tige de cousa.
« S'il accomplit le pèlerinage du Gange, ses fautes ne lui seront point remises, parce qu'il l'aura fait étant impur.
« S'il emporte de l'eau du fleuve sacré, elle ne pourra servir à préparer l'eau lustrale, car elle deviendra impure comme lui.
« S'il frappe en cet état un homme de sa caste, il sera condamné au double de l'amende ordinaire, et celui qui sera frappé deviendra impur jusqu'au coucher du soleil.
« Quand il sera guéri, il se lavera dans la piscine des souillures honteuses, puis fera ses ablutions avec l'eau lustrale, puis consacrera toute ime journée à prier, car il n'a pu le faire efficacement jusqu'à ce jour. « Il fera d'abondantes aumônes aux sauriiassys.
« Il se rendra alors à la porte de la pagode, où il déposera des offrandes de riz, de miel et de beurre clarifié, avec un jeune agneau qui n'a pas encore été tondu. S'il est pauvre et ne peut offrir un agneau, il donnera une couple de colombes à la robe sans tache et qui n'auront pas encore gazouillé la chanson de l'amour et tressé leur nid. Alors il sera purifié, et pourra se réjouir avec sa femme et ses enfants. »
Impureté de la femme.
c Le divin Manou a dit : « Seize jours complets, avec quatre jours dis- « tincts, interdits par les gens de bien, forment ce qu'on appelle la saison « naturelle de la femme, pendant laquelle son mari peut venir à elle avec f amour, séduit par l'attrait de la volupté. De ces seize jours, les quatre « premiers étant déjà défendus, ainsi que le onzième et le treizième, les « dix autres sont approuvés. »
« Le Veda a dit : « Le mari doit respecter sa femme en la saison na- « turelle, comme on respecte la fleur du bananier, qui annonce l:i fécon- « dite et la moisson prochaine. »
178 LA. BIBLB DANS L'INDB
« Le onzième et le treizième jours sont fnq>pés d'interdiction par des motifs d'abstinence. Les quatre premiers joars seuls sont regaidiés oommd engendrant la souillure et la honte pour tons ceux qui ne les respectent pas.
:■ « Pendant ces quatre jours, la femme est impure; qu'elle se r^ugieau
' fond de sa maison et se cache loin de son mari, de ses enâuits, de se»
serviteurs.
« Son haleine est impure, sa salive est impure, sa sueur est impure. « Tout ce qu'elle touche devient impur à l'instant même, et le lait se caille dans le vase qu'elle tienl entre ses mains.
« La natte de son lit est souillée; elle doit être brûlée et le lit purifié par l'eau lustrale.
« Toutes les choses sur lesquelles elle se sera reposée seront impures tous ceux qui les toucheront deviendront impurs et devront se purifier par l'ablution du soir.
«c Qu'elle ne prononce pas le nom de son mari, ni celui de son père, ni celui de sa mère, en cet état, car elle est impure et les souillerait. ff Qu'elle ne se frotte point de safran.
« Qu'elle ne se pare point de fieurs.
< Qu'elle ne se fasse point tresser la chevelure par ses femmes; en cet • état, elle ne doit point chercher à plaire.
« Qu'elle quitte ses bijoux, ils deviendraient impurs et il faudrait les purifier par le feu.
« Elle ne doit manger ni avec son niari, ni avec ses enfants, ni ayec ses femmes, encore bien que ces dernières soient de la même caste qu'elle.
a Qu'elle se garde bien de faire des offrandes et d'assister aux cérémonies funéraires, ses offrandes seraient impures et les cérémonies se* raient souillées.
« Si cette impureté de quatre jours, établie par le divin Manou, se prolonge de deux, de quatre ou de six jours, la purification ne pourra avoir lieu pendant ce laps de temps ; ainsi le prescrit la loL
« Lorsque tous signes extérieurs auront cessé, et après deux ablutions, celle du matin et celle du soir, qui sont dites ablution du soleil levant, ablution du soleil couchant, qu'elle achève de se purifier par l'eau lustrale.
« Qu'elle se rende alors à la porte de la pagode et y dépose des offrandes de riz, de miel et de beurre clarifié; qu'elle offre également un jeune agneau sans tache, et qui n'a pas encore été tondu, ou si elle ne le peut, une couple de colombe^ qui n'ont pas encore gazouillé la chanson de l'amour ni tressé leur nid.
« £t, ayant fait cela, elle sera purifiée et pourra reprendre ses occupations dans sa maison*
« Et elle pourra rappeler auprès d'elle son mari qui l'avait fuie, en exécution de cette parole de l'Écriture : « Celui qui, pendant les nuits inc terditeSt s'abstient du commerce conjugal, se conserve aussi pur qu'un « dwidja ou un brahmatchar (élève de la sainte Écriture, étudiant en c théologie). >
Il faudrait être un partisan bien acharné de la révélation, en présence d'aussi frappantes ressemblances entre la société judaïque et la société indoue, pour voir en Moïse autre chose qu*un législateur qui, ayant à donner des lois à un peuple issu de la classe servile, de cette classe qui n*était astreinte à d'autres règles que celles de la souffrance et du travail , s'est borné à recopier Manès et les institutions égyptiennes, dont Forigine orientale est incontestable*.
Ne savons-nous pas, au surplus, que tous les peuples de TAsie furent soumis à de pareilles coutumes, encore en honneur aujourd'hui chez la plupart d'entre eux. Sous ces chaudes latitudes, la religion prit sous sa sauvegarde les soins hygiéniques de propreté du corps , seuls moyens de combattre les dangereuses épidémies qui désolent périodiquement ces contrées, et de prévenir la lèpre, cette hideuse maladie que TEurope ne connaît plus, mais qui règne encore en Orient avec autant de force que dans les temps anciens.
De Manou à Mahomet, ces lois sanitaires furent les mêmes; le climat en révélait la nécessité, et je n'eusse certainement point pris la peine de démontrer que Moïse n'avait été qu'un copiste de coutumes plus anciennes que lui, majs qu'il était naturel d'adopter, s'il n'était des gens qui, dans leur enthousiasme sincère ou de convention, s'obstinent à voir le doigt de Dieu et la révélation partout.
Moïse fait immoler un bœuf sur l'autel, à l'exemple des brahmes, des hiérophantes égyptiens, des mages de la Perse, des prêtres de l'ancienne Grèce; au lieu de voir là une imitation bien naturelle d'usages aussi vieux que le monde, les jésuites Ménochius et de Carrières y trouvent l'emblème, la figure de l'Eucharistie.
Moïse ordonne des ablutions exigées par le climat, il s'inspire des règlements édictés par Manès et Manou ; au
lieu de reconnaître qu'il n*a fait que suivre la coutume générale de l'Orient, les mêmes jésuites voient dans ces ablutions imposées aux Hébreux l'image de la pureté de la foi nouvelle , qui doit plus tard régénérer le monde chrétien.
C'est toujours le même système de commentaires; on ne veut pas admettre que l'acte le plus insignifiant ne soit né sur le mont Sinaï et ne soit d'inspiration divine. Mais aussi, pour soutenir cette opinion, à quelles tristes arguties n'est-on pas obligé de descendre î
Pourquoi nous étonner? Ne savons-nous pas dès longtemps qu'il n'y a pour certaines castes ni vérités historiques, ni bon sens, ni raison en dehors d'elles et de leurs adeptes ?
Est-ce que les brahmes, les mages, les lévites et les hiérophantes, en se prétendant les élus de Dieu, les seuls dispensateurs de la vérité et du bien, consentirent à se laisser discuter un seul instant? Est-ce qu'ils ne proscrivirent pas leurs ennemis? Est-ce qu'ils ne firent pas trembler les rois qui voulurent se soustraire à leur influence ? Est-ce qu'ils ne régnèrent pas par la torture et le bûcher ?
Pourquoi, encore une fois, nous étonner si la tradition se continue, si l'héritage a trouvé des héritiers, et si le lévitisme moderne emploie toutes ses forces et fait donner toutes ses réserves •pour une bataille suprême, dans le but avoué de proscrire la raison et la liberté, et de rajeunir ce vieux despotisme sacerdotal, qui a déjà couvert le monde de ruines et de martyrs?
Défense de manger du sang des animaux et du sang des
bêtes mortes, d'après la Bible.
Nous lisons dans le Lévitique :
t Si un homme, quel qu'il soit, ou de la maison dlsraël ou des étran-
gers qui sont vernis demeurer parmi eux, mange du sang, j'arrêterai sur lui l'œil de ma colère et je le perdrai du milieu de son peuple.
« Parce que la vie de la chair est dans le sang, et que je vous Tai donné afin qu'il vous serve sur l'autel pour l'expiation de vos âmes et que l'âme soit expiée par le sang.
« C*est pourquoi j'ai dit aux enfants d'Israël que nul d'entre vous, ni même des étrangers qui sont venus demeurer parmi vous, ne mange du sang.
« Si quelque homme d'entre les enfants d'Israël ou des étrangers qui habitent avec vous prend à la chasse quelqu'une des bêtes, ou au filet quelqu'un des oiseaux qu'il est permis de manger, qu'il en répande le sang et qu'il le couvre de terre.
« Car la vie de toute chair est dans le sang ; c'est pourquoi j'ai dit aux enfants d'Israël : « Vous ne mangerez point du sang de toute chair, « parce que la vie de la chair est dans le sang, et quiconque en man- « géra sera puni de mort. »
Défenses relatives aux bêtes mortes.
« Si quelqu'un, ou du peuple d'Israël ou des étrangers, mange une bête qui sera morte d'elle-même^ ou qui aura été tuée par une autre bête, il lavera ses vêtements et se lavera lui-même dans l'eau; il sera impur jusqu'au soir et il deviendra pur par cette oblation.
« Mais s'il ne lave point ses vêtements et son corps, il conservera sa souillure. »
Défense de manger du sang des animaux et de la cfiair des bêtes mortes , d'après les institutions brahmaniques.
Nous lisons dans Ramatsariar :
« L'homme qui mange le sang d'un animal non proscrit par le Veda, c'est-à-dire dont on peut se nourrir, est dit fils d'un pisotchas (sorte de démon vampire) et périra, car nul ne doit se nourrir de sang.
« Celui qui mange le sang d'un animal proscrit par le Veda, c'est-àdire dont on ne peut se nourrir, meurt de la lèpre, et son âme doit revivre dans le corps d'un chacal immonde.
« Le sang, c'est la vie, c'est la divine liqueur qui arrose et féconde la matière dont est formé le corps, comme les cent bras du Gange arrosent et fécondent la terre sacrée ; et de même qu'il serait insensé d'essayer de tarir la source du fleuve immense, de même il ne faut point tarir les sources de la vie inutilement, ni les profaner en s'en nourrissant.
« C'est par le sang que le fluide pur (agasa) émané du grand tout, et qui est l'âme, vient s'unir au corps. C'est par le sang que le fœtus tient à la mère ; c'est par le sang que nous tenons à Dieu.
et On ne mange pas la sève des arbres, qui est leur sang et qui produit
182 LA BIBLE DAÎ^S l'iNDE
le fruit. De même il ne faut pas manger le sang des animaux, qui est leur sève.
€ Le sang renferme les secrets mystérieux de Texistence; nul être orée ne peut exister sans lai. C'est profaner la grande œuvre du Oréateujr que de manger du sang.
« Que celui qui s'en sera nourri craigne de ne pouvoir quitter, dans les migrations successives, le corps de l'animal immonde où soti ame doit renaître.
« Le brahme sacrificateur égorge le bœuf, Tagneau ou la chèvre, avant de les offrir à l'autel; que ceci vous soit un exemple.
« Qu£tnd vous désirez vous nourrir avec la chair des animaux purs et qui ne sont point prohibés, soit des ruminants à la corne fendue, soit d'autres pris à la chasse, volatiles ou quadrupèdes, faites un trou dans la terre et bouchez-le après y avoir répicndu le sang de l'animal que vous voulez manger.
a Outre les peines en l'autre monde, l'éléphantiasis, la lèpre et les maladies les plus honteuses attendent en celui-ci quiconque transgressera ces défenses. »
Prohibitiùm nlativeê aux bStes mortes.
f Tout animal qui meurt de lui-même, ou par accident, est impur, encore bien qu'il ne soit pas de ceux qui sont défendus par la sainte Écriture, parce que son sang est encore dans son corps et que nul ne Ta répandu en terre.
A Celui qui mange de cet animal mange son sang avec sa chair, ce qui est défendu, et il devient impur comme la bète dont il s'est nourri.
t Si la plupart des gens des classes mêlées meurent par la lèpre et par des maladies honteuses, qui font de leur corps la proie des vers, même avant qu'ils aient cessé de vivre, c'est qu'ils mangent de toutes les bêtes mortes qu'ils rencontrent.
« Celui qui en aura mangé devra se rendre auprès de la piscine des souillures honteuses, et après y avoir lavé ses vêtements, il plongera son corps dans l'eau et fera trois ablutions prolongées, et il restera impur jusqu'au second soleil levant.
En défendant de se nourrir de sang, Moïse ne donne d'autre motif à cette prohibition que celui contenu en cette parole : « Parce que la vie de la chair est dans le sang, » et, comme toujours, il ne fait suivre sa pensée d'aucun éclaircissement.
Comme on voit bien qu'il s'adressait à un peuple qui avait besoin d'être plutôt dominé qu'éclairé, et qui acceptait les défendes sans en rechercher la raison.
MOSES OU MOÏSE ET LA SOCIÉTÉ HÉBBAlQUE 183
Dans l'Inde, au contraire, la même prohibition sent le besoin de se développer, de s'adresser à l'intelligence, de lui faire comprendre pourquoi elle a été édictée, et alors les considérations dont elle s'entoure s'élèvent à une hauteur que la Bible n'a pas entrevue, parce qu'elle n'a été qu'un souvenir affaibli. . . . •
« Le sang, c'est la vie, c'est la divine liqueur qui arrose et féconde la matière dont est formé le corps, comme les €ô&t bras du Gange arrosent et fécondent la terre sacrée.
« CTest par le sang que le fluide pur (agasà) émané du Grand-Tout, et qui est l'âme^ vient s'unir au corps. »• . .
Le savant peut se moquer de cette définition du Veda, le penseur en admire l'emblème
Et Moïse ne fit certainement qu'abréger ses souvenirs quand il écrivit cette simple explication de la règle qu'il imposait : «« Parce que la vie de la chair est dans le sang, ff
Ces étranges rapprochements ne prouvent-ils pas d'une manière irréfutable que la Bible n'est qu'un écho des institutions de l'Orient? Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que, pour tout esprit sérieux, il n'y a là que la réalisation d'une idée qui se présente naturellement à la simple lecture des œuvres laissées par Moïse.
Dans les cinq livres attribués à ce législateur, on trouve à ehaque pas des détails de mœurs, des coutumes, des cérémonies, des modes de sacrifices, des lois, qui, donnés «ans la moindre explication, ne peuvent trouver leur raison d'être que dans l'imitation des civilisations anciennes, et plus nous avancerons dans ces études comparatives, plus nous nous persuaderons que Moïse n'a fait qu'abréger, à l'usage des Hébreux, les institutions des Egyptiens, que ces derniers avaient remues de l'Inde.
184 LA BIBLE DANS l'iNDB
Défense aux Israélites de tuer leurs bœufSy leurs ireiis ou leurs chèvres dans un autre endroit que devant le talernacle.
Le Lévitique s'exprime ainsi :
c Le Seigneur parla encore à Moïse et lui dit :
t Dites à Aaron, à ses fils et à tous les enfants d'Israël : Voici ce que le Seigneur a ordonné, voici ce qu'il a dit :
• Tout homme de la maison d'Israël qui aura tué un bœuf, une brebis ou une chèvre dans le camp ou hors du camp, au lieu de les immoler devant le Tabernacle pour les offrir au Seigneur, sera coupable de meurtre et périra au milieu du peuple, comme s'il avait versé le sang d^un de ses semblables.
€ C'est pourquoi les enfants d'Israël doivent présenter au prêtre les animaux qu'ils veulent immoler, au lieu de les égorger dans les champs, afin qu'ils soient sanctifiés par le Seigneur, à qui on les aura offerts, comme des sacrifices pacifiques, devant le Tabernacle du témoignage.
a Le prêtre répandj*a le sang sur l'autel, à l'entrée du Tabernacle du témoignage, et il fera brûler la graisse comme une odeur agréable au Seigneur.
c Et ainsi ils n'immoleront plus à l'avenir leilrs animaux aux démons, auxquels ils se sont autrefois abandonnés, et cette loi sera éterndle pour eux et pour leur postérité.
« Vous leur direz encore : Si un homme de la maison d Israël on de ceux qui sont venus de dehors, et qui sont étrangers parmi vous, tue quelque animal sans l'amener i. l'entrée du Pabernacle du témoignage, afin qu'il soit sanctifié par le Seigneur, il périra au milieu de son peuple. »
Avant de rechercher le sens symbolique de cette curieuse injonction de ne tuer des animaux, bœuf, agneau ou chèvre que devant la porte du tabernacle et par la main du prêtre, voyons quelles furent les ordonnances réglant les mêmes coutumes chez les Indous.
Nous lisons dans Manou, livre V :
' f L'Être qui existe par sa propre volonté a créé lui-même les animaux ' pour le sacrifice, et le sacrifice est la cause de l'accroissement de cet univers ; c'est pourquoi le meurtre commis pour le sacrifice n'est point un meurtre.
a Autant l'animal avait de poils sur le corps, autant de fois celui qui régorge d'une manière illicite périra de mort violente à chacune des naissances qui suivront.
MOSES OU HOÏSB BT LA SOCIÉTÉ HÉBBAÏQUB 185
c Celui qui ne mange la chair d'un animal qu'il a acheté ou qu'il a reçu d'un autre qu'après l'avoir oflFerte à Dieu, ne se rend pas coupable. Car manger de la viande, après l'accomplissement du sacrifice, a été déclaré la règle divine.
« Un brahme ne doit jamais manger la chair des animaux qui n'ont pas été consacrés par des prières, mais qu'il en mange, se conformant à la règle étemelle, lorsqu'ils ont été consacrés parles paroles sacrées.
« Celui qui, même tous les jours, se nourrit de la chair des animaux qu'il est permis de manger, ne commet point de faute, car Brahma a créé certains êtres animés pour être mangés et les autres pour les manger.
a Que le dwidja qui connaît la loi n'ait jamais la pensée de tuer un animal sans en faire l'offrande; qu'il ne mange jamais de viande sans se conformer à cette règle, à moins de nécessité urgente.
(( Celai qui, uniquement pour son plaisir, tue d'innocents animaux, ne voit pas son bonheur s'accroître, soit pendant sa vie, soit après sa mort.
« Mais l'anachorète retiré dans les forêt's ne doit commettre aucun meurtre sur les animaux sans la sanction du Vëda, même en cas de détresse. D
Extrait du Sama-Veda :
« On doit respecter les animaux, car leur imperfection est une œuvre de la sagesse supérieure qui domine les mondes, et il faut respecter cette sagesse, même dans ses œuvres les plus infimes.
a Vous ne tuerez donc point les animaux, qui, comme vous, sont de création divine, sans motifs ou pour le plaisir.
« Vous n'e les tourmenterez point.
« Vous ne les ferez point souffrir.
« Vous ne les accablerez pas de travaux.
« Vous ne les abandonnerez point dans leur vieillesse, en souvenir des services qu'ils vous ont rendus.
« L'homme ne peut tuer les animaux que pour sa nourriture, en évitant avec soin ceux qui sont défendus comme impurs.
« Même en les immolant pour sa nourriture, il commet une faute, dont il sera sévèrement puni s'il n'observe la règle prescrite.
« Qu'il conduise devant le temple l'animal dont il désire manger, et le prêtre l'immolera en l'offrant au Seigneur, et il répandra le sang de la victime sur l'autel.
« Car le sang, c'est la vie, et toute vie qui s'éteint doit retourner à Dieu.
« Celui qui mange de la chair saas se conformer aux prescriptions de la sainte Écriture, mourra d'une manière ignominieuse, car il a tué sans sanctifier son meurtre, car il a versé le sang sans l'offrir au maître de toutes choses. »
Sur le même sujet, Ramatsariar (commentaires) :
« Celui qui veut observer la loi prescrite ne mangera de la chair des
animaux qu'après les avoir fkit offrh à Diea parle brafame sacrificateur, qui en répandra le sang sur Tautel, car le sang doit 8tre offert au Créateur pour sanctifier la mort.
ff Quiconque mangera de la 'chair sans le sacrifice sera maud^ en ce monde et dans Tautre, car le divin Manou a dit : c H me dévorera dans « l'autre monde celui dont je mange la cliair ici-bas. >
n résulte de ce passage da Lévitique, q^ue nous avons cité plus haut, que Moïse défondit aux Hébreux é'immoler des animaux ailleurs que devant la porte du tabernacle, et cela SOU& peine de mort.
Mais, comme toujours, le législateur dédaigne d'exposer ses motifs, de faire connaître le but de sa défense»
Pourquoi, suivant Texpression même de la Bîble, prohiber le meurtre de tout animal in castris vel extra castra, dans le camp ou en dehors du camp.
La strophe 7 du chapitre xvii du Lévitique, qui traite cette matière, contient bien un semblant d'explication dans ces paroles : m J^t neqnaq%am ultra immolahunt kostias suas dœmonïbus.,. Et ils n'offriront plus à l'avenir leurs immolations aux faux dieux. »
Mais que prouve ce passage? Il indic^ue simplement qu'autrefois les Israélites immolaient leurs animaux devant les statues des dieux que Jéhova avBdt renversés, et que les mêmes coutumes étaient conservées au profit du eolie nouveau.
Ce que nous voudrions trouver dans l'œuvre de Moïse, c^est l'idée qui a pu donner naissance à cette prohibition d'immoler en tout autre lieu que devant la porte du tabernacle, ut sanctiflcentur Domino, afin que les animaux tués soient sanctifiés par le 9eign«wr.
Pourquoi enfin cette sanctification du sang versé l
Il faut toujours en revenir làl
Moïse n'a fait qu'abréger le» ordonnance» anciennes de rSgypte et de l'Inde,, et, abcéviateui inintelligeâty en re-
MOSES OU MOÏSE ET LA SOCIÉTÉ HâBBAÏQUE 187
tenant la coutume, il lui arrive toujours d'oublier l'idée qui lui a donné naissance. ,
Reportons-nous aux passages de Manou et du Yeda que nous avons transcrits sur le même sujet, et alors il nous est possible de dissiper Tobscurité du texte biblique, de l'expliquer logiquement, tout en déduisant de cela la conséquence naturelle que ce texte n'est, comme tous les autres, que le résultat d'une copie mal faite.
Toutes les nations anciennes, et principalement les Indous, eurent un respect profond pour l'œuvre mystérieuse de la création divine, et leurs constantes préoccupations furent de n'j point porter atteinte ; de là leur sainte horreur pour le sang et le meurtre des animaux. Placés entre cette crainte dé toucher à l'œuvre de Dieu et les nécessités de la vie matérielle, qui les forçaient à se nourrir de chair, ils imaginent cette fiction religieuse qui consiste à immoler l'animal destiné à leur subsistance devant le temple de la divinité, et à légitimer ainsi le sang versé en l'offrant au Créateur.
Car, suivant l'expression du Yeda :
t* Le sang, c'est la vie, et toute vie qui s'éteint doit retourner à Dieu...
De là l'anathème jeté par Manou et l'Écriture sainte à tout brahme, à tout dwidja, à tout homme pur de manger de la chair d'un animal qui n'aurait pas été préalablement sacriâé à Dieu.
De là encore cette parole de la Bible :
M Tout homme de la maison d'Israël qui aura tué un bœuf, ou une brebis, ou une chèvre dans le camp ou hors du camp, et qui ne les aura pas présentés à l'entrée du tabernacle pour être offerts au Seigneur, sera coupable de meurtre... »
C'est de l'Inde, n'en doutons point, que l'Orient tout entier reçut cette coutume d'offrir à la divinité le sang des animaux pour les sanctifier avant de s'en nourrir.
Plus tard l'idée première s'affaiblit, elle se symbolisa, on cessa de sacrifier au Créateur chaque animal que Ton tuait. A cette cérémonie de tous les jours on substitua des fêtes périodiques, pendant lesquelles le peuple apporta des animaux de toute espèce, que le prêtre sacrifia sur l'autel dans un but de pacification générale.
L'Inde seule resta fidèle à ses antiques usages, et, même encore aujourd'hui, les brahmes et les membres des hautes castes ne mangent de la chair que quand elle a été consacrée dans le temple.
Voilà comment toutes les civilisations anciennes procèdent les unes des autres, et comment, en les comparant dans les plus minces détails de leur vie, de leurs coutumes usuelles, on parvient à retrouver cette communauté d'origine qui, loin d'être le fruit d'une idée paradoxale, est le résultat fatal et logique des lois qui président au développement de l'espèce humaine.
L'opinion catholique, qui persiste à voir dans les anciens usages hébraïques une figure de l'Église nouvelle, explique ce chapitre du Lévitique d'une toute autre manière.
Suivant elle, ces prohibitions ont été simplement établies par Dieu pour empêcher les Juifs d'offrir des sacrifices ailleurs qu'au tabernacle.
Je ferai d'abord remarquer que la Bible se sert de cette expression : Homo çuilibet de domo Israël , c'est-à-dire tout homme en Israël qui aura tué un animal iailleurs que devant la porte du tabernacle.
S'il se fût agi d'un sacrifice à la divinité, le prêtre seul eût eu le droit de l'offrir, tandis que, dans l'espèce qui nous occupe, tout Hébreux a le droit de tuer devant le tabernacle, pourvu qu'il sanctifie son acte eii remettant le sang de la victime au prêtre, qui le répand sur l'autel en signe d'expiation.
C'est donc bien des animaux destinés à la nourriture qu'il s'agit, et non de ceux destinés aux cérémonies purement religieuses.
Ânte ostium tahernaculi testimonii immolent eas hos-tiaspacificas.
Ils immoleront ces victimes pacifiques devant l'entrée du tabernacle.
Voilà ce qui est ordonné aux Hébreux :
Fundetque sacerdos sanguinem super altare Domini.
Le prêtre en répandra le sang sur 1 autel du Seigneur.
Voilà le rôle du lévite.
Je le répète, s'il se fût agi d'un sacrifice symbolique à la divinité, le prêtre seul eût eu le droit d'immoler la victime, et cela, non à la porte du tabernacle, mais dans le fond même du temple, où nul autre que lui ne pouvait entrer.
Au surplus, il faut faire subir au texte de singulières tortions pour arriver à rendre possible cette explication que nous combattons.
Voici la traduction de ce passage par le père de Carrière, dans l'édition approuvée de la Bible que nous avons sous les yeux.
Texte du Lévitique :
Homo qni libet de domo Israël, si occident bovem, aut ovem, sive oapraxn, in castris vel extra castra;
Et non obtulerit ad ostium Tabernaculi oblationem Domino, sanguinis reus erit : quasi si sangninem fnderit, sic peribit de medio popuii sui.
Ideo sacerdoti offerre debent filii Israël hostias suas quas occident in agro, ut sanctificentur Domino
Traduction littérale :
Tout homme de la maison d'Israël qui aura tué un bœuf, une brebii ou une chèvre, dans le camp ou hors du camp,
Et qui ne l'aura pas offert au Seigneur, devant la porte du Tabernacle, sera coupable d'avoir versé le sang ; et comme s'il avait versé le sang, il périra au milieu de son peuple.
C'est pourquoi les enfants d'Israël doivent oflrir au prêtre les victimes
qifilf ont taées dans les champs, ponr qu'elles soient sanctifiées par le Seigneur.
Traduction du père de Carrières, de la compagnie de Jésus :
Tout horome de la maison d'Israël ou des prosélytes établis parmi eux qui^ voulant offrir un sacrifice au Seigneur^ aura tué dans ce dessein un bœuf ou une brebis- ou une cbèvre dans le camp ou hors du camp.
£t qui ne l'aura pas présenté à l'entrée du Tabernacle pour être offert au Seigneur, sera coupable de meurtre, et il périra au nulieu de son peuple, comme s'il avait répandu le sang d'un homme.
C'est pourquoi les enfants d'Israël doivent présenter aux prêtres les hosties quHïs veulent offrir au Seigneur^ afin qu'ils les immolent devant le Tabernacle f au lieu de les égorger dans les champs
Tous les passages soulignés n*existent pas dans le texte : cette loyauté de traduction peut se passer de commentaires. Remarquons toutefois que ce sont précisément ces interpolations peu scrupuleuses qui servent de base à cette opinion, que le Lévitique a entendu dans ce chapitre parler des animaux ofFets purement en sacrifice à Jéhova, et non de ceux destinés à la nourriture du peuple.
Au surplus, le Lévitique, au chapitre vu, semble vider lui-même cette question, quand il ordonne d'offrir au Seigneur le sang et la graisse de tous les animaux tués indistinctement, sous peine de mort, et de donner au prêtre la poitrine et l'épaule droite de chaque victime immolée.
Il ne s'agit donc bien ici que des animaux destinés à la nourriture ; cela ne saurait supporter l'ombre d'un doute. Il est incontestable également qu'on est obligé de remonter à l'extrême Orient pour trouver une explication de ces coutumes, que la Bible est impuissante à nous donner.
Impureté occasionnée par les morts^ et soins de pureté^
d'après le Lévitique,
Lévitique, chapitre xxi :
Le Seigneur dit aussi à Moïse : Parlez aux prêtres, enfants d'Aaron,
et dites-leur que le prêtre, lors des cérémonies iunéraires pour la mort d'un de ses concitoyens ne fasse rien qui le rende impur ;
< A moins que ce ne sœt pour les cérémonies de ceux qui lui sont Trais le plus étroitement par le sang et qui «ont ses plus proclies, c'est-à-dire son père et sa mère, son tils et sa fille, et son frère.
« Et sa sœur vierge, qui n'a pas encore été mariée. Mais il ne fera rien de ce qui peut le rendre impur, à la mort même du prince de son peuple.
« En ces occasions, les prêtres ne raseront point leur tête, ni leur barbe; ils ne feront point d'incision dans leur corps.
« Ils se conserveront sains pour Dieu, et ils ne fiouill^ont point son nom, car ils présentent l'encens du Seigneur et ils oârent les pains de leur Dieu î c'est pour cela qu'ils doivent rester purs. »
* Lévitiqne, chapitre x:xii :
« Le Seigneur parla encore à Moïse et lui dit :
« Parlez à Aaron et à ses fils, afin qu'ils prennent garde, quand ils ne sont pas purs, de toucher aux oblations sacrées des enfants d'Israël, pour Be pas souiller ce qu'ik m'ofîrènt et ce qui m'est consacré, car je suis le Seigneur.
« Dites-leur pour eux et pour leur postérité : Tout homme de votre race qui, étant devenu impur, s'approdiera des dioses qui lui auront été ooa- Bfterées et que les enfants d'Israël auront offertes au Seigneur, périra devait le Seigneur.
« Tout homme de la race d' Aaron qui sera lépreux ou qui souffrira ce qui ne doit airiver que dans l'nsage du mariage, ne mangera point dies choses qui m'ont été sanctifiées jusqu'à ce qu'il soit guéri. Celui qui touchera un homme devenu impur pour avoir touché à un mort ou à un homme qui souflrira ce qui ne doit arriver que dans l'usage du mariage ':
ff Ou qui touchera ce qui rampe sur la terre, et génér^emeot tout ce qui est impur, et que l'on ne peut toucher sans être souillé, sera impur jusqu'au soir ; il ne mangera point des choses qui ont été sanctifiées avant de s'être lavé le corps dans l'eau.
« Quand le sdeil sera couché, «lors, étant purifié, il mangera des choses sanctifiées, car c'est la seule nourriture qui lui soit permise.
« Ils ne mangeront point d'une bête qui est morte d'elle-même, ou qm aura été prise par une autre bête, et ils ne se souilleront point par ces viandes.
a Qu'ils gardent mes préceptes, afin qu'ils ne tombent point dans la «ouiHure, et qu'ils ne meurent point dans le sanctuaire après qu'ils l'auront souillé, car je suis le Seigneur qui les sanctifie. »
Si la Bible n'était pas un livre qu'on s'habitue à lire, sans s'inquiéter la plupart du temps d'en comprendre le sens, il y a longtemps qu'on serait persuadé qu'elle n est
192 LA BIBLB DANS l'iNDE
qu'un mélange des anciens mystères, dont les initiés avaient seuls la clef, et des superstitions les plus vulgaires de TÉgypte, et il y a longtemps que la lumière serait faite sur ce point.
Ces deux passages que nous venons de citer nécessitent quelques développements avant de les faire suivre des ordonnances indoues dont ils découlent.
Le chapitre xxi ordonne aux prêtres de ne point se mêler aux cérémonies mortuaires, car ils deviendraient impurs. Il leur est permis seulement de présider aux funérailles de leurs proches, en s' abstenant toutefois de tout ce qui pourrait les rendre impurs.
Il n'y a môme pas exception à cette règle générale pour la mort du prince du peuple.
Le chapitre xxii défend aux prêtres de toucher aux choses saintes lorsqu'ils sont impurs, c'est-à-dire lépreux, affectés de certaines maladies, ou ayant été souillés par un mort ou un homme qui a touché un mort, ou enfin quand ils auront touché ce qui rampe sur la terre, eu généralement tout ce qui est impur, suivant l'expression même du Lévitique.
• Et c'est là ce qu'on voudrait vous faire admettre comme un résultat de la révélation divine.
Le prêtre est souillé parce qu'il accompagne son semblable à sa dernière demeure.
Le prêtre est souillé par le contact d'un mort ou de tout homme qui a touché un mort.
Le prêtre est souillé parce qu'une maladie indépendante de sa volonté est venue l'affliger.
Le prêtre est souillé pour avoir touché des animaux rampants.
Quel singulier ramassis de superstitions ridicules, et comme nous hausserions les épaules de pitié si nous rencontrions pareilles choses dans la théologie de quelque peuplade barbare de l'Océanie I
Quoi! ce serait de la bouche d'un Dieu que ces paroles seraient tombées ! l'Être suprême ne se serait manifesté aux hommes que pour les astreindre à d'aussi singulières pratiques!...
Je comprends jusqu'à un certain point que tout cela ait été bon pour ce peuple d'Israël, abruti par la servitude, et qui ne s'est signalé dans sa liberté que par le meurtre et le brigandage; mais qu'on vienne aujourd'hui nous faire ployer le genou devant ces fétiches... ce serait, je ne crains pas de le dire, à désespérer à tout jamais du bon sens de la raison humaine.
Il n'est rien de plus facile, heureusement, que de montrer à cette révélation qu'elle n'a rien révélé, de démontrer que Moïse n'a su faire autre chose que continuer les traditions de l'Orient et de constituer les lévites sur le modèle des hiérophantes et des brahmes.
Il est à remarquer que dans la Bible du législateur hébraïque, c'est-à-dire dans les cinq livres qui lui sont attribués, il est fort peu question des souillures par la faute, ou, si vous aimez mieux, par le péché... Toute souillure vient d'un contact impur.
Ne touchez pas un mort... Une bête qui rampe.... Un homme malade... Vous péririez devant le Seigneur : Peri- Mt coram Domino.
Ce système d'impuretés qui cessent par les ablutions, cum laverit carnem suam aqua, est tout simplement celui que l'hygiène a inspiré à tous les peuples de la Haute Asie, à tous les peuples de l'Orient; et le Jéhova de Moïse n'en est pas plus le révélateur que Mahomet, qui, lui aussi, plaça les ablutions, si nécessaires dans ces climats, sous la tutelle religieuse.
Mais les législateurs antiques ont senti le besoin de forcer ainsi à la propreté les indolentes populations de ces brûlantes contrées, et Moïse, qui attribue ces prescriptions à Dieu lui-même, est le seul qui n'en laisse pas de-
viner les motifs, ce qui les pend profondément absurdes. On pourrait même dire beaucoup plus de la prohibition suiyante :
« Et ad omnem mortuum non ingreditur omnino; super pâtre quoque suo et matre non contaminahitur.
« Et il n'approchera jamais d'aucun mort, quel quïl puisse être, même de son père ou de sa mère, car il serait souillé 1 n
Je sais bien qu'on me dira que je ne comprends point la Bible, qu'il y a dans tout cela un sens figuré que j« ne saisis point, parce que mes yeux ne sont point éclairés par la lumière de la foi, que ces coutumes ne sont que des images, que cette pureté exigée des anciens lévites n'est que la figure de la pureté que doivent avoir les prêtres de l'Église nouvelle.
Je connais toutes les opinions du père de Carrières ou autres et de leurs adeptes, mais je connais aussi leur manière de traduire... et de torturer les textes, maintenant qu'ils n'osent plus torturer les hérétiques.
Il serait vraiment par trop curieux qu'on puisse venir nous faire croire que toutes les coutumes, tous les usages, tous les actes de la vie d'un peuple ont été inspirés par Dieu comme un emblème, une figure, une prédiction d'une religion qu'il avait l'intention de fonder plus tard...
Eh ! non, messieurs, nous n'accepterons point vos idées. Dieu n'est point pour nous cet ouvrier mal habile qui s'y prend à deux fois pour compléter son œuvre, et quand il nous a créés dans ce but mystérieux que nous ne connaîtrons que dans l'autre vie, il nous a donné, en laissant tomber sur nous une étincelle de sa majesté divine, la plus sublime des croyances, et la conscience de tous en garde pieusement le souvenir.
Laissez donc la révélation hébraïque, que la raison n*ad« mettra jamais, et croyez que la sublime et touchante morale du Christ n'a pas besoin d'avoir pour devancières toutes
les superstitions que les initiés des temps anciens laissaient en pâture à la plèbe.
Impureté occasionnée par les morts d'après Manou, les Vedas et le commentâtes Hamatsariar.
Manou, livre V :
« L'impureté occasionnée par un corps mort a été déclarée par la loi durer dix jours pour ceux qui président aux funérailles, jusqu'au moment ou les os sont recueillis ^on sait que les Indous brûlent leurs morts)
« La souillure causée par un mort est commune à tous les parents
« En un jour et une nuit ajoutés à trois fois trois nuits, les proches 'na rents du mort qui ont touché son cadavre sont purifiés ; trois jours seu lement sont nécessaires pour les parents éloignés.
«J^'élève qui accomplit la cérémonie des funérailles de son directeur spintuel n'est purifié qu'au bout de dix nuits : il est mis sur le même rang que les parents qui portent le corps.
« Pour les enfants mâles (de la caste des prêtres) qui meurent avant <1 avoir été tonsurés, la purification est d'une nuit. Mais, lorsqu'ils ont reçu la tonsure, une purification de trois nuits est requise.
€ Un enfant mort avant l'âge de deux ans, sans être tonsuré doit être transporté par ses parents dans la terre bénite, et sans qu'on le brûle pour recueillir ses os Et ses parents sont soumis à une purification de trois jours.
« Un dwidja, si son compagnon de noviciat vient à mourir, est impur pendant un jour ^
« Les parents maternels des jeunes filles fiancées, mais non mariées encore, qui viennent à mourir, sont purifiés en trois jours. Les parents
paternels sont purifiés de la même manière Qu'ils se baignent
pendant trois jours.
« Lorsqu'un brahme savant dans la sainte Écriture est décédé tout homme qui l'approche est souillé pendant trois nuits seulement. '
c Lorsqu'un roi meurt, tout ce qui l'approche est souillé tant que dure la lueur du soleil, s'il est mort de jour, et tant que dure la lueur des étoiles, s'il est mort de nuit. »
Telles sont en substance les règles générales d'impureté pour ceux qui touchent les morts; voyons maintenant en quoi consiste Timpureté du prêtre, et de quelle manière il doit se purifier du contact des morts.
Extrait du Veda (préceptes) :
< Le brahme qui a reçu l'investiture sacrée, et qtii par cela est destiné
196 LA BIBLE DANS l'iNDK
à oflFrir les sacrifices et à expliquer la sainte Écriture, doit s'absteuir de tout contact avec les morts, car les morts procurent l'impureté, et le prêtre officiant doit être toujours pur.
« La vue seule d'un homme impur le souille, et il doit, après avoir fait les ablutions prescrites, réciter à voix basse les oraisons qui efiOioent les souillures.
« Mais le brahme qui accomplit les cérémonies funéraires à la mort de son pkre et de sa mère n'est point souillé, car le Seigneur de tontes choses a dit : f Celui qui honore son père et sa mère en cette vie, et sait crifie à leur mort, qui est leur naissance en Dieu, ne peut jamais être c impur. »
« S'il préside aux funérailles, de ses frères ou de ses sœurs, qu'il n'a pas encore pourvues d'un mari, il sera impur jusqu'à la fin de la cérémonie, et il se purifiera par la prière et les ablutions jusqu'au second coucher de soleil.
« Qu'il n'entre jamais dans le temple étant impur pour y offrir le sacrifice du sorwamedha ou de l'aswanuda : le sacrifice qu'il ofirirait serait impur.
a Qu'il assiste aux funérailles royales, qu'il les sanctifie par ses prières, mais qu'il se garde de toucher le corps. »
Abandonnant alors ces règles d'impureté du corps, qui lui paraissent secondaires, le Veda poursuit, en s*élevant à une hauteur que la Bible ne sut jamais atteindre :
« Le vrai sage deux fois régénéré, et qui vit dans la perpétuelle contemplation de Dieu, n'est souillé par rien en ce monde.
ff La vertu est toujours pure, et il est la vertu. .
ff La charité est toujours pure, et il est la charité.
« La prière est toujours pure, et il est la prière.
« Le bien est toujours pur, et il est le bien.
< L'essence divine, est toujours pure, et il est une portion de l'essence divine.
« Le rayon de soleil est toujours pur, et son âme est comme im rayon de soleil, qui vivifie tout ce qui l'entoure.
ff Sa mort même ne causera d'impureté à personne, car la mort est pour le sage deux fois régénéré une seconde naissance dans le sein de Brahma. »
Ramahsariar (commentaires sur le Veda) :
ff Le corps devient impur par l'impur contact des morts et de toutes les choses que la loi a déclarées impures,
c L'âme devient impure par le vice.
« Ces lois d'impuretés du corps ont été [établies par celui qui existe par son seul pouvoir, afin que l'homme entretienne la vie du corps et lui
MOSES OU MOÏSE BT LÀ SOClÉTé HÉBRAÏQUE 197
donne la santé et la force par l'eau, qui est le souverain purificateur
€ Quant aux impuretés de Pâme, elles se purifient par l'étude de la sainte Êcritura, les sacrifices expiatoires et la prière, etc
« Et comme l'a dit le divin Manou : « Un brabme devient pur en se « détachant de toutes les affections mondaines, n
Défense aux lévites de boire des liqueurs fermentées avant
d'entrer dans le tabernacle.
Lévitique, chapitre x :
K Le Seigneur dit aussi à Aaron :
« Vous ne boirez point, vous et vos enfants, de vin, ni rien de ce qui peut enivrer, quand vous entrerez dans le Tabernacle du témoignage, de peur que vous ne soyez punis de mort; ce précepte est éternel et sera suivi par toutes les générations qui vous suivront :
€ Afin que vous ayez la science de discerner ce qui est saint ou profane, ce qui est pur ou impur ;
< Et que vous appreniez aux fils d'Israël les lois que le Seigneur leur a données par la bouche de Moïse. »
Défense aux brahmes de boire des liqueurs fermentées avant de pénétrer dans le temple.
Extrait du Veda (au livre des préceptes, Brahmanas) :
« Que le brahme officiant, avant d'afironter la majesté du maître de l'univers pour lui offrir dans le temple le sacrifice de l'expiation, s'abstienne de toutes liqueurs spiritueuses et des plaisirs de l'amour.
« Les liqueurs spiritueuses engendrent l'ivresse, l'oubli des devoirs; elles profanent la prière.
« Les divins préceptes de l'Écriture sainte ne peuvent sortir d^une bouche empestée par l'ivresse.
« L'ivresse est le pire de tous les vices, car il souille la raison, qui est un rayon de Brahma lui-même.
< Les plaisirs de l'amour permis aux hommes, tolérés aux dwidja, sont défendus aux prêtres quand ils se préparent à la contemplation du dominateur des cieux et des Inondes
« Le brahme ne peut s'approcher de l'autel du sacrifice qu'avec une âme pure dans tm corps pur. »
On trouvera peut-être que ce dernier passage n'est pas d'une grande importance en présence de ce fait que toutes
198 LA BIBLB DANS L'inDE
les religions de l'Orient se sont réunies pour proscrire les boissons fermentées.
L'antiquité de Tlnde est là pour démontrer que la législation religieuse de oe pays est la première en date qui ait défendu aux prêtres l'usage des liqueurs spiritueuses^ et surtout prohibé les plaisirs de l'amour lorsque ces derniers se préparent à offrir le sacrifice.
Cette dernière défense n'a pas été relevée par la Bible qui, du reste, ne s'est guère inquiétée des questions de mœurs que pour donner des leçons d'immoralité. .
Quoi qu'il en soit, cette citation du Véda démontre une fois de plus combien l'Écriture hébraïque est au-dessous des Ecritures sacrées des Indous, sous le rapport de la grandeur dans les idées et de la dignité.
Mariage des prêtres, — Défauts qui excluent du sacerdoce. Lévitique, chapitre xxi :
« Le prêtre prendra pour femme une vierge.
« Il n'épousera point une veuve, ou une femme qui ait été répudiée ou qui ait été déshonorée, ou une infâme, mais il prendra une fille de sa tribu.
« Il ne mêlera point le sang de sa race avec une personne du commun du peuple, parce que je suis le Seigneur qui le sanctifie.
« Le Seigneur dit encore à Moïse :
« Dites encore à Aaron : Si un homme d'entre les familles de votre race a une tache sur le corps, il n'offrira point le sacrifice à son Dieu.
« Et il n'approchera point du ministère de son autel s'il est aveugle, s'il est boiteux, s'il a le nez ou trop petit, ou trop grand, ou tortu.
<t S'il a le pied ou la main estropiés.
a S'il est bossu, s'il est chassieux, s'il a une taie sur l'œil, s'il a une gale qui ne le quitte point, ou une grotelle répandue sur le corps, ou une hernie.
f Tout homme de la race du prêtre Aaron qui aura quelque tache ne s'approchera point pour offrir des victimes au Seigneur ou des pains consacrés.
« Néanmoins, il pourra manger des pains qui sont offerts dans le sanctuaire.
a Mais de telle sorte, qu'il n'entrera point au dedans du voile et qu'U n'approchera point de l'autel, parce qu'il a une tache et qu'il ne doit point souiller mon sanctuaire. Je suis le Seigneur qui les sanctifie
MOSBS OU MOÏSB ET LA SOCIÉTÉ HÉBRAÏQUB 199
Mariage des prêtres d'après les Vedas et les institutions
Irahmaniques .
Extrait du Ve(fa (préceptes).
« Que le brahme épouse une jeune brahmine vierge et sans tache, lorsqu'il aura accompli le temps de son noviciat et reçu l'investiture sacrée.
« Qu'il ne recherche pas une veuve, une fille malade ou de mauvaises mœurs, ou toute autre appartenant à une famille qui u'étudie point rÊcriture sainte.
« La femme qu'il choisira devra être agréable et bien faite; que sa marche soit pudique et timide, son visage doux et souriant, sa bouche pure de tout baiser; que sa voix soit mélodieuse et caressante comme celle du datyhoua ; que ses yeux respirent l'innocence dans l'amour. Car c'est ainsi que la femme remplit la maison de joie et de bonheur et qu'elle attire la prospérité.
c Qu'il se garde de toute femme de race impure ou vulgaire : il serait souillé par son contact, et ainsi il serait la cause de la dégradation de sa famille.
<[ La femme dont les paroles, les pensées et le corps sont purs, est un baume céleste.
^ c Bien heureux sera celui dont le choix sera ratifié par tous les gens de bien. » '
Manou, livre III, id.
« Il est enjoint au dwidja de se choisir une femme de sa classe
« Qu'il prenne une vierge bien faite, dont le nom soit agréable, qui ait la démarche gracieuse du cygne ou du jeune éléphant, dont le corps soit revêtu d'un léger duvet, dont les cheveux soient tins, les dents petites et les membres d'une douceur charmante.
« Qu'il évite celle dont la famille néglige les sacrements, ne produit pas d'enfants mâles ou n'étudie pas la sainte Écriture . . , ou celle dont les parents sont affligés de maladies honteuses
Ramatsariar (commentaires), id.
c Le brahme qui. épouse une femme qui n'est point vierge, qui est veuve, qui a été répudiée par son mari ou qui n'est point connue comme une femme vertueuse, ne peut être admis à offrir le sacrifice, car il est impur, et rien ne peut laver sa souillure.
« Il n'est rapporté, dit le divin Manou, ni par l'histoire, ni par la tradition, qu'un brahme, même par force, ait épousé une fille de basse classe.
« Que le brahme épouse une brahmine, dit le Yeda.
«( Donc il est écrit que le brahme ne peut rechercher une femme de basse extraction ou de la classe servile.
« Le divin Manou dit encore :
« Le brahme qui partage la couche d'une femme soudra sera rejeté du séjour céleste.
« Aucune purification n'est prescrite par la loi pour celui dont les lèvres sont souillées par celles d'une femme soudra, et qui a respiré son haleine impure
Défauts qui excluent les prêtres des sacrifices à la divinité d'après les institutions brahmaniques,
Ramatsariar (Commentaires) :
« Le brahme atteint de maladies honteuses, comme la lèpre, l'éléphantiasis ou la gale, ne peut entrer dans le temple pour offrir le sacrifice, car il est impur, et Dieu ne recevrait point son offrande.
ff Cette impureté durera tout le temps de la maladie, et dix jours au delà, et il se purifiera par des ablutions dans l'étang sacré du temple, et par trois fois s'aspergera d'eau lustrale.
« Si la maladie ne se peut guérir, il sera exclu pour toujours des sacrifices, mais il aura sa part dans les offrandes de riz, de miel, de beurre clarifié, de grains et d'animaux égorgés pour le sacrifice; car le divin Manon a dit qu'il serait frappé de mort dans toutes ses naissances successives, le brahme qui userait d'une nourriture non consacrée. »
Ainsi, comme on peut le voir, les livres sacrés et les théologiens de l'Inde n'éloignent du temple et des sacrifices que le brahme affecté de maladies contagieuses, et cela seulement pendant la durée de ces maladies.
Après avoir copié ce principe, la Bible Texagère dans ses applications, et, comme toujours, avec une étroitesse d'idées voisine du ridicule.
Comment trouvez- vous ce Jéhovah de Moïse qui chasse de son temple tous ceux qui ont une taie sur Vœil ou qui ont le malheur de naître avec un nez ou trop grande ou trop petit, ou tortu.
Les lumières de la foi doivent sans doute avoir le secret de ces choses aussi tristes que curieuses, et qui témoignent
si profondément de Tétroitesse d'idées et du peu d'élévation d'esprit de leur auteur.
Baser des vices rédhibitoires religieux sur une affection de l'œil ou la forme du nez ! . ..
C'était bien la peine de renier les superstitions d'Egjpte et de faire exterminer les sectateurs de MolochI
Il est temps, croyons-nous, d'en finir avec ces comparaisons de coutumes indoues et hébraïques; ce n'est pas que le terrain nous manque et que les textes nous fiassent défaut, mais il nous paraît superflu d'en encombrer ce volume aux dépens des autres matières qu'il doit encore traiter.
Aussi bien la preuve de la thèse que nous soutenons, à savoir : Que la société judaïque ne fut par l'Egypte qu'une émanation indoue, comme, du reste, toutes les autres civilisations de l'antiquité, nous paraît-elle assez suffisamment faite pour qu'il nous soit permis d*aborder la partie la plus intéressante de notre tâche.
Ne serait-ce pas nier l'évidence, après des rapprochements aussi concluants, après les études générales de la première partie de cette œuvre, que de repousser l'influence des sociétés primitives de l'Orient sur l'antiquité tout entière, pour attribuer ces ressemblances à un hasard inintelligent.
Il ne reste à nos adversaires possibles que deux moyens pour essayer de renverser ces faits et les conclusions qui en découlent.
Le premier consistera à soutenir que l'influence attribuée paf nous à l'Inde sur les peuples anciens peut tout aussi bien venir de Moïse et de la révélation biblique.
Le second consistera à mettre en doute l'authenticité des livres sacrés des Indous, ou tout au moins à leur assigner une origine postérieure à celle de Moïse.
Ces deux objections, que, du reste, j'ai déjà entendu se produire, ne sont graves qu'en apparence; mais il est juste
de compter avec elles, et bien que les premières pages de cet ouvrage n'aient été écrites* que pour les combattre, il reste à démontrer qu'elles ne sont que le résultat d'un anachronisme historique et philosophique.
Cette question, une fois vidée, allégera d'autant les sublimes traditions de la Genèse indoue, que nous allons aborder, et que nous tenons par dessus tout à affaiblir le moins possible par des discussions qui ne manqueraient pas d'en diminuer Tintérét.