‹ La Bible dans l'IndeChapitre 28 sur 77 · ANCIEN · texte numérisé non relu

ANCIEN

Quelques écrivains catholiques, dans un enthousiasme que je comprends, ont voulu faire de Moïse l'initiateur des peuples anciens.

On pourrait, je crois, sans grand danger, ne pas faire à cette opinion l'honneur d'une discussion ; les hommes sérieux et nourris de l'antiquité seront de cet avis. Cependant, un semblant d'objection peut naître de cette prétention.

Voyons donc ce qu'elle vaut.

Je comprends qu'une grande nation, l'empire romain, par exemple, puisse faire accepter son influence aux peuples qu'elle soumet à ses lois par la conquête.

Je comprends qu'un petit peuple, les Athéniens, par exemple, arrive, par le développement extraordinaire de son génie artistique, de son génie littéraire, philosophique

et moral, à servir de modèle à ^es successeurs dans cette grande voie du progrès qui sillonne le monde et ne connaît pas de nationalités. En effet, on n'effacera pas de la scène du monde civilisé les siècles de Périclès et d'Auguste.

La Judée peut-elle revendiquer un pareil passé?

Où sont ses grandes conquêtes portant au loin Tinfluence de son nom?

Où sont ses monuments artistiques, philosophiques et littéraires?

Nés de l'esclavage, descendants des parias de l'Egypte, les Hébreux errent pendant longtemps dans le désert ; repoussés de tous côtés par les peuplades limitrophes qui ne vjoulaient ni s'allier avec eux, ni leur permettre le passage sur leurs terres, ils se précipitent un beau jour, comme une horde de sauvages affamés, sur les petites tribus de la Palestine, brûlant^ saccageant, massacrant, quiles Amalecites, qui les Chananéens, qui les Madianites, qui les Amorrhéens, etc....

Voilà leurs conquêtes I

Jamais ramassis de brigands obscurs, d'envahisseurs nomades, ne laissèrent derrière eux tant de ruines noyées dans le sang. Il est vrai que ces attaques violentes et ces pillages s'accomplirent au nom de Jéhovah, ce qui, pour beaucoup de gens, est encore aujourd'hui une excuse suffisante.....

En effet, ce Dieu de paix et d'amour ne trouvait jamais ses adorateurs assez féroces,... son bain rouge assez profond. Avait-on épargné quelques malheureuses mères et leurs petits enfants, sa colère faisait tressaillir la nue ; il éclatait en menaces épouvantables contre les Hébreux qui n'exécutaient pas entièrement ses ordres,... et vite qu'on égorge toutes ces vieilles femmes et ces enfants, qui ne sont bons à rien : ne conservez que les vierges.

Est-ce assez moral, est-ce assez curieux d'impudeur?

Je me suis toujours demandé pourquoi les partisans de

la révélation repoussaient le Coran; ils trouveraient là, cependant, des leçons d'humanité que l'épouvantail hébraïque e'est bien gardé de leur donner.

Heureusement que ces scènes de carnage, que toutes ces turpitudes ne dépassèrent pas le cercle restreint de la Judée, et que les anciens maîtres de TEgypte, ainsi que les Assyriens et les Babyloniens, se dérangèrent de temps en temps pour venir mettre à la raison ces forcenés, qui ne purent jamais vivre en paix, ni abandonner le goût in pillage et des rapines.

» Ce n'est donc point par de tels exemples que ce petit pays, perdu au milieu de» nations de l'antiquité et englobé plus tard dans la conquête romaine, a pu exercer son influence.

Si nous nous retournons du côté du progrès dans la littérature, dans la philosophie, dans les arts et les sciences, nous sommes obligé d'avouer, et nous bénirions celui qui nous démontrerait notre erreur, que nous ne trouvons que la nuit la plus obscure et la plus profonde ignorance.

Il n'est pas un peuple au monde qui ait si peu fait, si peu produit, si peu pensé

Nous avons cet art colossal de l'Egypte qui fait rêver par le gigantesque de ses proportions, s'il ne force pas l'admiration par la beauté et la sublimité de ses œuvres, comme l'art arthénien.

Nous avons l'art indou, père de celui de l'Orient tout entier, qui se distingue également par la grandeur et la majesté.

Les fouilles modernes ont retrouvé les sculptures enfouies de Babylone et de Ninive.

Où sont les legs artistiques de la Judée?

Oh! je connais la réponse.

Les Hébreux n'eurent pas d'art. Lisez la Bible et les descriptions du temple dédié à Jehovah.

Les Hébreux n'eurent pas de poésie, pas de littérature. Lisez la Bible.

Les Hébreux n'eurent pas de sciences morales et philosophiques. Lisez la Bible.

C'est toujours la Bible, la Bible encore... Tout est dans ce livre.

Hé bien I là, franchement, cela ne peut me contenter, et, s'il faut vous le dire, la page la plus insignifiante de Platbn ou de Vyasa, la tragédie la plus simple de Sophocle ou d'Euripide, une scène de Sacountala, un bras tombé d'une statue de Phjdias, ou une sculpture de Dahouta feraient bien mieux'mon affaire

Yous ne voyez donc pas que ce peunle d'Israël, abêti par la servitude et qui avait gardé ses traditions errantes du désert, opprimé par un lévitisme aussi inepte que despotique, constamment du reste emmené en esclavage par les nations ses voisines, n'eut ni l'idée, ni le temps d'acquérit le goût des grandes choses. Aussi, quand on parle de civilisation hébraïque, prononce-t-on un mot vide de sens.

En quoi la Judée ressemble-t-elle à l'Egypte, à la Perse, à l'Inde, pour qu'on puisse y retrouver son influence. Elle ne se rapproche de ces contrées que par les superstitions que ces dernières n'avaient admises que pour la plèbe.

Les hautes classes, en Egypte et dans tout l'Orient, se livraient à l'étude des sciences, à la recherche des vérités immortelles qui ont été déposées en germe dans la conscience de l'homme. Elles croyaient à l'unité d'un Dieu tout-puissant, protecteur, suprême générateur du bien, image de la puissance et de la bonté, laissant aux esclaves et aux artisans les sacrifices d'animaux, les offrandes de graines et de pain, qui forment tout le bagage de la théologie judaïque.

Il est trop évident que les Hébreux ne firent que continuer leur tradition de servage, et il serait par trop ridi-

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cule de faire naître chez eux le souffle initiateur des temps anciens.

Est-ce que les sociétés égyptiennes et indoues n'existaient pas de toute pièce au moment où ces esclaves s'enfuirent ou furent chassés dans le désert.

Il y avait longtemps que Tlnde des Vedas avait dit son dernier mot : sa splendeur pâlissait pour faire place à la décadence.

L'Egypte s'apprêtait à secouer le joug sacerdotal pour se jeter dans les bras des rois, si déjà elle ne l'avait fait.

Comment la Judée aurait-elle pu léguer des coutumes, des mœurs, des croj^ances qu'elle adoptait précisément à l'époque où ces coutumes, ces mœurs et ces croyances se transformaient, se modifiaient chez les autres peuples qui, primitivement, les avaient possédées ?

Est-ce que les Hébreux ne furent pas dans le monde ancien les derniers représentants du régime théocratique pur? Est-ce qu'ils ne furent pas les derniers à conserver ces castes de prêtres et de lévites qui, sur le modèle des hiérophantes d'Egypte, dominèrent le peuple par les mystères et les superstitions les plus grossières, et ne se gênèrent point pour déposer les rois qui ne se firent pas les esclaves de leurs volontés ?

Les Israélites furent le peuple le plus méprisé de l'antiquité; aucune des nations voisines n'avait oublié son origine servile. Aussi, quand elles voulaient des esclaves, savaient-elles se les procurer par une excursion sur les terres de la Judée.

Nous avons suffisamment répété que la Bible n'est pas un livre original; il suffit de la lire attentivement pour s'en convaincre; aucune des coutumes qu'elle impose ne lui appartient ; elles se retrouvent toutes dans les civilisations plus anciennes de l'Egypte et de l'Orient.

Dira-t-on que c'est ce livre qui a apporté dans le monde

MOSES OU MOÏSS ET LA SOCIÉTÉ HÉBBâÏQUE 207

les sacrifices d'animaux, rholocauste du bœuf, par exemiïle? Ce serait mentir à l'histoire ou oublier que l'Egypte, la Perse et l'Inde accomplissaient ces sacrifices bien longtemps avant que Moïse les ait ordonnés.

Le système des purifications par les ablutions est aussi vieux que le monde chez les peuples asiatiques, et là encore l'innovation est impossible.

Bien plus, la Bible fut si bien un abrégé des anciens livres sacrés, entrevus par Moïse à la cour des. Pharaons, qu'à chaque instant elle copie des passages inexplicables en eux-mêmes et qui se rapportent à des livres entiers de Manou ou des Védas, qu'elle a oublié de transcrire.

Ainsi vous trouvez constamment cette prohibition :

« Les prêtres ne toucheront ni aux morts, ni aux animaux rampants, ni à tout ce qui a été déclaré impur, car ils deviendraient impurs eux-mêmes. >»

Où est le chapitre spécial des choses impures, de tout ce qu'il est défendu de toucher sous peine de souillure?

Il n'existe pas dans la Bible. Elle parle bien çà et là de quelques impuretés de l'homme, de la femme et de certains animaux, mais tout cela est noyé, à droite et à gauche, dans un fouillis de répétitions oiseuses qui ne pern^et jamais de dégager la pensée, cause de la loi.

Dans les livres sacrés des Indous, au contraire, on trouve une nomenclature complète et spéciale de tous les cas d'impuretés et de tous les objets qui les occasionnent, avec la manière de se purifier, ainsi que de nombreuses explications de l'esprit qui a présidé à ces ordonnances.

Qui donc doit procéder l'un de l'autre ?

Est-ce la doctrine détaillée, rationnelle de l'Inde sur ces matières? Sont-ce, au contraire, ces fragments de la Bible écrits à la hâte, sans ordre, sans méthode et qui ne peuvent s'expliquer qu'en remontant aux sociétés plus anciennes qui nous en donnent la clef.

Cela ne sonfire pas l'examen.

Dira-t-on que la Bible a apporté aux peuples cette grande idée de l'unité de Dieu que nul, jusqu'à elle, n'avait su dégager de la superstition et des mystères?

A cela nous répondrons que Moïse n'a fait que défigurer l'idée première qu'il avait puisée dans la théogonie égyptienne, et que son Jéhovah, irascible, sanguinaire et destructeur de nations, loin d'être un progrès, n'est que le pervertissement de la croyance primitive.

Ce n'est pas ainsi, nous le verrons bientôt, que l'Inde comprit le souverain maître de toutes choses.

Je fais beaucoup plus de cas du Jupiter grec que du Dieu de Moïse, et s'il nous donne quelques exemples qui n'appartiennent pas à la morale la plus recherchée, au moins ne fait -il pas baigner les pieds de son autel dans des flots de sang humain.

Dira-t-on encore que Moïse nous a conservé les traditions de la création de l'homme et du déluge?

Nous prouverons qu'il n'a fait que les obscurcir de fables ridicules, ce qu'il n'a pas manqué de faire^ du reste, pour toutes les choses auxquelles il a touché.

Comment trouve-t-on ce conte des Mille et une Nuits qui attribue au rapt d'une pomme la sortie de nos premiers parents du Paradis terrestre et tous les maux qui, depuis, affligent l'humanité?

Il faut peu de chose, avouons-le, pour contenter la sagesse humaine. Je m'étonne cependant qu'avec la foi en pareilles choses on ose plaindre les populations ignorantes qui ont conservé la croyance aux sorciers.

Allons, c'est trop nous arrêter sur un pareil sujet, et peut-être n'eussions-nous pas dû accorder tant d'importance à cette objection qui, sans aucun doute, ne pourra trouver de souteneurs que chez les gens qui ont inscrit sur leur drapeau cette devise que nous avons déjà rencontrée sur notre chemin :

Credo quia absurdum.

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