CHAPITRE PREMIER
L*INDB CIVILÏSB LB MONDB PAR SA LANGUB, SES USAGES, SBS LOIS ET SES TBADITIONS HISTOBIQUBS
Lorsque rEoropéen prend pour la première fois posses* sion du sol de Tlnde, il arrive avec d'étranges préjugés, âer du passé et de la civilisation des contrées où il est né ; il lui semble, à cet homme fort dé l'Occident, qu'il apporte aux peuples qu'il vient visiter la morale la plus élevée, la philosophie la plus rationnelle, la religion la plus pure ; puis, en face des efforts impuissants tentés par les missionnaires de tous les cultes qui comptent à peine quelques parias parmi leurs adeptes, il laisse tomber avec dédain les mots d'abrutissement et de fanatisme, et retourne dans sa patrie, après avoir vu quelques cérémonies qu'il ne comprend pas, quelques pagodes dont les monstrueuses idoles lui font hausser les épaules, et des fakirs, sortes de Siméons stjlites dont les flagellations et les tortures le remplissent de dégoût.
Si un de ces malheureux illuminés s'est soulevé avec effort sur les marches d'un temple dédié à Vischnou ou à Siva, pour lui demander l'aumône, il Fa regardé avec pitié en murmurant les articles de nos codes contre le vagabondage, et cependant, en visitant Rome, peut-être a-t-il laissé tomber quelque obole dans la main défaillante du bienheureux Joseph Labre, ce fakir de l'Occident.
Fort peu de voyageurs ont cherché à comprendre Tlnde, fort peu ont daigné faire les efforts nécessaires pour s'initier aux splendeurs de son passé ; n'étudiant que la surface, ils n'ont rien vu au delà; ils ont même déclaré qu'il n'y avait rien, avec la sûreté d'une critique trop peu raisonnée pour n'être pas victime de l'ignorance.
A quoi sert le sanscrit? disait Jacquemont, et glorieux de cette houtade, il s'est mis à composer un Orient de convention que ses successeurs ont copié, que toutes les hihliothèques ont accaparé, et qui est encore aujourd'hui la source de toutes les erreurs qui composent les trois quarts du bagage des connaissances de l'Europe sur cette contrée.
•Et cependant, que de richesses enfouies à dévoilerl que de trésors de littérature, d'histoire, de morale et de philosophie à faire connaître au monde I
Les travaux des Sirange^ des ColbrooK, des William Jones, des Weher, des Lassen et des Burnouf sont venus porter un peu de lumière sur toutes ces choses ; espérons qu'une nombreuse succession d'indianistes les suivra, et que l'on parviendra 'à reconstituer complètement une époque qui n'a rien à envier à la nôtre comme grandeur et civilisation, et a initié le monde entier à tous les grands principes de législation, de philosophie, de morale et de religion.
Malheureusement, il est presque impossible de remonter aux origines de ce mystérieux pays, sans l'habiter, se pénétrer de ses mœurs, de ses usages, et surtout sans une connaissance approfondie du sanscrit, la langue ancienne, et du tamoul, la langue savante actuelle, qui, seules, peuvent vous guider dans ce dédale obscur et vous mettre à même de travailler avec fruit.
Un reproche que je ferai à beaucoup de traducteurs et d'orientalistes, tout en admirant leur profonde science, c'est, n'ayant point vécu dans l'Inde, de manquer de justesse dans l'expression, de ne connaître pas le sens symbo-
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lique des chants poétiques, des prières et des cérémonies, et d'arriver ainsi trop souvent à des erreurs matérielles, soit de traduction, soit d'appréciation.
Je n'ai guère vu que les travaux des illustres Anglais, tels que William Jones et de Colbrook, être admis par les brahmes comme l'interprétation exacte de leurs ouvrages, et ils en trouvaient la raison dans ce que ces savants avaient vécu parmi eux, profité de leurs lumières et subi leur contrôle. Peu d'écrivains, en effet, sont aussi nuageux, aussi obscurs que les écrivains indous. On est obligé de dégager leurs pensées d'une foule de périphrases poétiques, de hors-d'œuvre et d'invocations religieuses qui, certes, ne contribuent point à éclaircir le sujet traité. D'un autre côté le sanscrit, pour chaque variété d'images et d'idées, possède une quantité innombrable d'expressions diverses, qui n'ont pas d'équivalents dans nos langues modernes, et, ne pouvant se rendre qu'à l'aide de circonlocutions, exigent une science sérieuse, qu'on ne peut acquérir que sur le sol, des mœurs, des coutumes, des lois et des traditions religieuses de ces peuples dont on traduit les œuvres, et étudie les origines.
Toutes les connaissances acquises en Europe ne servent de rien pour approfondir Tlnde ancienne; il faut débuter comme un enfant qui apprend à lire, et la moisson est bien lointaine pour les faibles courages.
Mais aussi quel spectacle splendide vient tout à coup s'étaler à vos yeux, et quelle récompense pour celui qui ne s'est point découragé.
Ecrivains, savants 'qui aimez l'Inde, venez vivre avec rindou sous le Pandal; venez apprendre son antique langage, vous assisterez à ses cérémonies, à ses prières, à ses chants; élèves en théologie, vous étudierez Brahma et son culte. Les pundits et les brahmes vous enseigneront les Vedas et les lois de Manou; vous puiserez à pleines mains dans tous les monuments les plus anciens de la littérature.
Puis VOUS irez visiter tous ces édifices encore debout, légués par les premiers âges, et qui sont là dans leur symbolique architecture comme un signe de la grandeur éteinte en face d'une décadence que rien ne peut arrêter, car c'est la loi du destin, Vinexorabile fatum.
Alors vous aurez été initiés.
L'Inde vous apparaîtra comme la mère du genre humain, comme le berceau de toutes nos traditions.
La vie de plusieurs générations suffirait à peine pour lire seulement les ouvrages que llnde ancienne nous a légués sur l'histoire, la morale, la poésie, la philosophie, la religion, les sciences diverses et la médecine; peu à peu chacun apportera son œuvre ; la science, elle aussi, possède une foi qui transporte les montagnes, et rend ceux qu'elle inspire capables des plus grands sacrifices.
Au Bengale une société s'est donné pour mission de recueillir et traduire les Yedas.
On verra où Moïse et les prophètes ont puisé leur sainte Ecriture, et peut-être leur refera-t-on leur livre des Rois, que l'on dit perdu, mais qui suivant moi n'a jamais été écrit, parce que le livre a manqué aux copistes de la Bible et que la tradition ne pouvait leur suffire pour le reconstifcuer.
On pourra dire que j'avance dès le début de bien étranges choses; patience, les preuves iront bientôt en se multipliant et se soutenant les unes les autres.
L'idée qui domine tout ce livre, et c'est peut-être Toccasion de le dire, est celle-ci :
De même que notre société moderne se heurte à chaque pas aux souvenirs de l'antiquité, de même que nos poètes ont copié Homère et Virgile, Sophocle et Euripide, Plante et Terence, que nos philosophes se sont inspirés de Socrate, de Pythagore, d'Aristote et de Platon, que nos historiens prennent Tite-Live, Salluste ou Tacite pour modèles, qu nos satiriques imitent Juvénal, nos orateurs, Démosthènes
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ou Cicéron, que nos médecins étudient encore Hippocrate et que nos codes traduisent Justinien :
De même, l'antiquité a eu elle aussi une antiquité qu'elle -a étudiée, imitée et copiée ; quoi de plus simple et de plus logique? Est-ce que les peuples ne procèdent pas tous les uns des autres ; est-ce que les connaissances péniblement <;onquises par une nation se circonscrivent sur son territoire ; est-ce qu'il peut être enfin insensé de prétendre que l'Inde d'il y a six mille ans, brillante, civilisée, regorgeant de population, a imprimé sur l'Egypte, la Perse, la Judée, la Grèce et Rome, un cachet aussi ineffaçable, des traces .aussi profondes que celles que ces dernières ont laissées parmi nous?
Il est temps d'en finir avec ces préjugés qui nous représentent les anciens comme arrivés presque spontanément aux idées philosophiques, religieuses et morales les plus élevées ; avec ces préjugés qui expliquent tout, dans leur admiration naïve, à l'aide de l'intuition de quelques grands hommes dans le domaine scientifique, artistique et littéraire; et dans le domaine religieux, à l'aide de la révélation.
Et parce que nous avons, pendant des siècles, perdu le fil qui unit l'antiquité à l'Inde, est-ce une raison pour continuer à adorer le fétiche, sans vouloir rien entendre de ce qui pourrait l'amoindrir?
Est-ce que nous n'avons pas, brisant avec le passé, rejeté les sciences ocultes du moyen âge, par l'expérimentation , la balance et le creuset?
Osons donc porter la même méthode expérimentale sur le terrain de la pensée.
Hommes de science, repoussons l'intuition ;
Rationalistes, repoussons la révélation.
Je demande à tout homme qui a fait une étude particulière sur les anciens, si vingt fois il ne lui est pas venu à l'esprit que ces peuples avaient dû puiser à un foyer de lu-
mière qui nous était inconnu ; si vingt fois il ne s'est pas dit à lui-même, rebuté par un point d'histoire et de philosophie resté obscur :
— Ahl si la bibliothèque d'Alexandrie n'eût pas été brûlée !
. Peut-être trouverions-nous là le secret de ce passé qui nous échappe.
Il est une chose qui m'a toujours extraordinairement frappé.
Nous savons par quelles études nos penseurs, nos moralistes, nos législateurs se sont formés.
Mais quels ont été les précurseurs de l'Egyptien Mènes, de Moïse, de Minos, de Socrate, d'Aristote et de Platon?
Quel a été enfin le précurseur du Christ?
Ils n'en ont pas eu, me direz-vous.
A cela je répondrai que ma raison se refuse à croire à la spontanéité de l'intelligence, à l'intuition de ces hommes, que l'on cherche du reste à expliquer, pour quelques-uns, par la révélation divine.
Et alors, me dégageant de ce passé nuageux, je n'accepte plus que la critique libre et raisonnée, et m'élance dans le chemin qui, suivant moi du moins, doit m'amener à la vérité.
Les nations n'arrivent à quelque splendeur qu'après une enfance longue et pénible, à moins qu'elles n'aient, pour abréger leur route, les lumières d'autres peuples qui les aient précédés.
Voyez quels étaient les tâtonnements des sociétés modernes, jusqu'au jour où la chute de Constantinople vint révéler l'antiquité.
Les émigrations indoues sont venues rendre le même service à l'Egypte, à la Perse, à la Judée, à la Grèce et à Rome. Voilà ce que je prétends démontrer.
Certes, je ne prétends point faire la lumière aussi corn-
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plète que je le voudrais. Un homme ne peut suffire à une pareille tâche.
J'apporte une idée que je crois vraie, je Tétaye des preuves que j'ai pu rencontrer, tant dans les travaux des savants orientalistes que dans mes faibles recherches ; d autres creuseront la mine, mieux peut-être et plus avant ; en attendant, voilà le premier coup de pioche.
Et je dois le dire tout d'abord, je ne recherche ni le bruit, ni le scandale, et je professe le respect le plus profond pour toutes les croyances que cependant je me crois en droit de ne point partager, dans l'entière indépendance de ma pensée.
Les chercheurs qui ont adopté l'Egypte pour champ de manœuvre, qui fouillent et refouillent cette contrée de fond en comble, voudraient bien faire croire, eux aussi, que tout nous est venu de leur pays de prédilection. Il en est même qui vont jusqu'à prétendre que l'Inde a copié, en Egypte, ses castes, sa langue et ses lois, alors que l'Egypte, au contraire, n'est tout entière qu'une émanation indienne. Ils ont tout entre les mains, les encouragements des gouvernements, l'appui des sociétés savantes ; mais, patience! Le jour se fera complètement ; si l'Inde est bien éloignée pour de faibles courages, si son soleil tue, si le sanscrit est trop difficile pour qu'il soit possible de faire un peu de charlatanisme, s'il n'y a pas un budget pour transporter des blocs de pierre éraillés, en revanche il y a un petit nombre de fidèles pour qui l'Inde est un culte, qui travaillent sans relâche, non à creuser des fossés et à retourner du sable, mais à comprendre des livres.
Avant peu, ils feront une vérité de cette parole :
Étudier l'Inde, c'est remonter aux sources de l'humanité.
D'autres écrivains, aveuglés par leur admiration pour le flambeau hellénique, veulent le rencontrer partout et se livrent à d'étranges théories.
Cela ne date que d'hier :
M. Philarète Chaeles, dans un livre qu'il publiait sur rOrient, prétendait qu'à la suite des quelques pas légendaires qu'Alexandre fit jadis dans l'extrême nord de Tlnde, l'influence de la Grèce s'était répandue dans le pays tout entier et avait vivifié les arts, la littérature, en un mot, toute la vieille civilisation brahmanique.
Cela est à peu près aussi vrai et aussi logique que si l'on venait à soutenir que l'invasion des Sarrazins, sous Charles- Martel, a eu quelque influence sur les mœurs des Gaulois d'avant la conquête romaine.
Une pareille opinion est tout simplement le résultat d'un non-sens historique.
A l'époque d'Alexandre, l'Inde avait déjà traversé la période de splendeur pour entrer dans celle de la décadence, et ses grands monuments de philosophie, de morale, de littérature et de législation comptaient déjà plus de deux mille ans d'existence.
Au surplus, je défie qui que ce soit de me montrer, dans l'Inde, la moindre trace, le vestige le plus insignifiant, soit dans les diff'érents idiomes, soit dans les usages, soifc dans la littérature, soit dans les cérémonies, soit dans la religion, qui accusent l'infiuence grecque.
Alexandre n'a été dans l'Inde qu'un fait brutal, isolé, circonscrit, exagéré par la tradition hellénique, que les Indous n'ont pas même daigné relever dans leur histoire. Je ne voudrais blesser en rien un écrivain dont j'admire sincèrement le talent, mais je ne puis m'empêcher de lui dire que c'est là un rêve éclos au hasard de la plume, un paradoxe incapable de soutenir l'apparence même d'une discussion. Et je m'étonne à bon droit qu'un indianiste distingué, M. du Mesuil, je crois, ait pris la peine de répondre sérieusement.
Prétendre aujourd'hui, en l'absence de toutes preuves, alors qu'on ne retrouve pas même dans les Annales de l'Indoustan le nom grécisé du vaincu Porus, qu'Athènes a
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inspiré le génie indou, de même qu'elle a donné la vie à Tart européen, c'est ignorer Thistoire de Tlnde, c'est faire instruire la mère par les fils, c'est enfin oublier le sanscrit. .
Le sanscrit, voilà la preuve la plus irréfutable, et en même temps la plus simple, de l'origine des races européennes et de la maternité de l'Inde.
Ce que »je vais dire n'apprendra sans doute rien aux hommes spéciaux, mais que l'on n'oublie pas, qu'en apportant peut-être une idée neuve, je m'empare de toutes les découvertes qui peuvent Tétajer, dans le but de les vulgariser et de faire connaître aux masses qui n'ont ni le temps ni les moyens de se livrer à de semblables études, cette civilisation extraordinaire des premiers âges que nous n'avons pas encore dépassée.
Si le sanscrit a formé le grec, ainsi que du reste toutes les langues anciennes et modernes (j'en donnerai bientôt de nombreuses preuves), il n'a pu être apporté sur ces différents sols que par des émigrations successives; il serait absurde de l'imaginer autrement, et l'histoire, bien que réduite à tâtonner sur ce sujet, nous aide à soutenir cette hypothèse plutôt qu'à la combattre.
Ceci admis, en face d'une langue aussi perfectionnée, on est bien obligé de reconnaître que les populations qui la parlaient étaient arrivées à un haut degré de civilisation, et qu'en emportant avec elles le langage de la mèrepatrie, elles ont fatalement conservé leurs traditions historiques et religieuses, leur littérature et leurs législations.
Si la langue, malgré ses transformations nécessaires, et bien qu'elle ait donné naissance à une foule d'autres, se retrouve dans nos idiomes modernes, quoique ayant perdu son cachet primitif, et dans ceux de l'antiquité d'une manière plus saisissante, parce qu'ils étaient plus près de leur origine ; on est conduit rigoureusement à penser et à sou-
tenir qu'on doit retrouver aussi les traditions historiques, religieuses, littéraires et de législation, presque les mêmes dans l'antiquité, affaiblies et transformées dans les temps modernes.
Quel champ vaste et nouveau pour l'investigation humaine! On peut alors, remontant à l'origine, à l'aide de l'antique civilisation de l'Inde, suivre pas à pas tous les peuples dans leur enfance et dans leur maturité, assigner à chacun son berceau, dissiper les ténèbres de l'histoire ; et de même que les philologues déterminent aujourd'hui pour chaque langue la part d'emprunts faits au sanscrit, déterminer pour chaque coutume, pour chaque tradition, les parts d'emprunts faits aux coutumes et aux traditions de l'Inde.
Ainsi, on est amené à penser que tous les temps fabuleux et héroïques, ces temps légendaires, que l'histoire admet, dans son impossibilité de mettre à la place des faits sérieux, n'ont jamais existé.
Ce ne sont que des traditions indoues importées en Grèce par dos populations de l'Asie-Mineure qui sont venues la coloniser, et que les écrivains de ce pays ont accueillies comme les souvenirs de leur berceau.
Dégageons donc l'histoire de la poésie et du rêve.
La plupart des nations de l'antiquité, bien qu'elles eussent oublié leur filiation et les émigrations de leurs ancêtres, n'avaient-elles pas cette pensée dominante, qu'elles avaient pris naissance en Orient; et Rome elle-même n'attribuait-elle pas la colonisation de l'Italie et sa fondation aux Troyens vaincus et errants sur les mers pour chercher un asile?
Je le répète, l'esprit sérieux, qui ne peut croire à la fable antique engendrant presque sans transition une civilisation sans égale, doit nécessairement demander à une société plus ancienne les secrets de ce passé.
Libre à vous, qui vous contentez des illusions poétiques
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et de ia révélation, de croire à Hercule, à Tliésée, à Jason, à Osiris, au bœuf Apis, au buisson ardent, à Moïse et à Torigine sacrée des Hébreux; pour moi, il me faut un autre critérium ; et sans nul respect, je repousse toutes ces puériles inventions.
Je ne puis, certes, dans un ouvrage qui touche à tant de matières, qui ne fait pour ainsi dire que lancer une idée générale, m^égarer dans des comparaisons philologiques trop étendues, cependant en voici quelques-unes tirées du sanscrit à titre de preuves.
Veut-on savoir quelle est Torigine de tous les noms de la Fable et de la Mythologie grecques? Je serai bref, ab uno disce omnes.
Hebcule. — En sanscrit : Eara-Kala^ héros des combats. Épithète communément donnée à Siva, dieu des combats dans la poésie indoue.
Thésée. — En sanscrit : Tha-Saha, l'associé. Compagnon de Siva chez les Indous.
Eaqce. — Juge des enfers dans la mythologie grecque. En sanscrit : Aha-Ka^ juge sévère, adjectif qualificatif accompagnant ordinairement le nom de Yama. juge des enfers chez les Indous.
Ariane. — La malheureuse princesse abandonnée par Thésée, et qui avait eu le tort de céder à uu ennemi de sa famille. En sanscrit : Ari- Ana^ séduite par un ennemi.
Rhadamani'E. — Autre juge des enfers dans la mythologie. En sanscrit : Radha-manta. qui châtie le crime. ,
Andromède. — Sacrifiée à Neptune et secourue par Persée. En sanscrit : Andha-ra-medha^ sacrifice à la passion du dieu des eaux.
Persée, — En sanscrit : Para-saha, secours venu à propos. '
Oreste. — Célèbre par ses fureurs. En sanscrit : O-rahsa-ta, voué au malheur.
Pylade. — L'ami d'Oreste. En sanscrit : Pula-da^ qui console par son amitié.
Iphigénie. — La vierge sacrifiée. — En sanscrit : Apha-gana^ qui finit sans pQStérité.
Centaure. — Ce personnage de la fable, moitié homme, moitié cheval. En sanscrit : Ken-tura^ homme-cheval.
Les divinités de l'Olympe ont la même origine.
Jupiter. — En sanscrit : Zu-pitriy père du ciel, ou Zeus-pitri, dont les Grecs ont formé le mot Zeus, et les Hébreux leovah.
Pallas. — La sage déesse. En sanscrit : Palasa, sagesse qui protège.
ÎÎ6 LA BIBLE DANS L'iNDE
Athbnaia. — Déesse do la chasteté chez les Grecs. En sanscrit : À-tanatOf sans enfants.
MiNBRYA. — Qui est la même déesse chez les Romains, mais revêtant en outre les attributs du courage. En sanscrit : Ma-nara-va, qui soutient les forts.
BsLLONB. — Déesse de la guerre. En sanscrit : Bala^na^ force guer rière.
Neptunb. — En sanscrit : iVa-pa<a-fia, qui maîtrise la fureur des flots.
Poséidon. — Autre nom grec de Neptune. En sanscrit : Pasa-udaj qui calme les eaux.
Mabs. — Dieu de le guerre. En sanscrit : Jfn, qui donne la mort.
Pluton. — Dieu des enfers. En sanscrit : PlushtOy qui frappe par le feu.
Quelques exemples, maintenant, pris parmi les peuples ; on ne saurait mieux prouver les émigrations que par Vétymologie des noms.
Les PéLASGES. — En sanscrit : Palaça'ga, qui combat sans pitié.
Les Leléges. — En sanscrit : Lala-ga, qui marche répandant la crainte.
Comme la signification de ces mots répond bien au goût des peuples jeunes et guerriers qui aiment à se donner des noms en rapports avec leurs habitudes !
Les Hellènes. — En sanscrit : Hela-na^ guerriers adorateurs d'Héla, ou la Lune. La Grèce ne s'appelle-t-elle pas aussi l'Hellade.
Les Spartiates. — En sanscrit ; Spardha-ta^ les rivaux.
Et ces mots sanscrits qui sont devenus en passant en Grèce les noms d'hommes célèbres.
Pythagore. — En sanscrit : Pitha-guru^ le maître d'école.
Anaxagoke. — En sanscrit : Anangn'gurUf le maître de l'esprit.
Protagoras. — En sanscrit : Prata^guru le maître distingué en toutes sciences.
Si de la Grèce nous passons en Italie, en Gaule, en Germanie et en Scandinavie, nous trouvons les mêmes rapprochements, les mêmes origines sanscrites.
Les Italiens. Nom qui vient dltalus, fils du héros troyens. En sanscrit Itala, hommes de basses castes.
Les Bretii. — En sanscrit : Bharata^ peuple de la caste des artisans.
Les TuTRRHENiENS. — En sanscrit : Tyra-na^ guerriers rapides.
Les Sabins. — En sanscrit : Sabha-na^ caste des guerriers.
Les Samnites. — En sanscrit : Samna-ta, les bannis.
Les Celtes. — En sanscrit : Kalla-ta, les chefs envahissants-
Les Gaulois. — En sanscrit : Ga-lata, peuple qui marche en conquérant.