CHAPITRE VIII
LE CHRIST TBNTÉ PJLR LB DIABLE.
« En ce temps-là, dit l'Évangile, Jésus fut conduit par l'esprit dans le désert pour y être tenté par le diable'; et, après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.
« Et le tentateur s'approchant, lui dit :
M Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres deviennent des pains.
« Jésus lui répondit :
« Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement, de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
« Alors le diable le prlt^ le porta dans la ville sainte, et l'ayant placé sur le haut du temple, il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas, car il est écrit : Il vous a confié à ses anges , et ils vous porteront dans
3W LA BIBLB DANS L'tNDB
leurs bras , de penr que Totre pied ne heurte contre îa pierre.
« Jésus lui répondit :
« Il eçt aussi écrit : Vous ne temterez point le Seigneur votre Dieu. Le diable le prit encore et le transporta sur une montagne fort élevée; il lui montra tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit :
« Je vous donnerai toutes ces choses, si vous vous prosternez et m'adorez.
« Mais Jésus lui dît :
« Retire-toi , Satan , car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul.
« Alors le diable le laissa, et aussitôt les anges s'approchèrent et ils le servirent. »
Voulant parler de cette tentation de Jésus, je cite simplement ce leau morceau d'après l'Évangile, par crainte de le déflorer en l'abrégeant.
Je n'ai point trouvé dans les livres sacrés des Indous le similaire de cet événement; cependant je n'affirmerais en rien qu on ne puisse Vj rencontrer. Chacun comprendra aisément que les forces d'un seul homme sont insuffisantes pour approfondir convenablement les différents sujets abordés par cet ouvrage.
Je reviendrai certainement, après des études plus spéciales encore, sur beaucoup de ces choses restées obscures ou incomplètement élucidées.
Quoi qu'il en soit, et en admettant que ce passage appartienne en propre aux Évangélistes, il nous fournit trop facilement l'occasion de les prendre en flagrant délit d'impostih*e pour que nous ne la saisissions pas au passage.
Comment trouvez-vous ce diable qui se mêle d'enlever Dieu?
Ex ce Dieu qui se laisse enlever par le diable ?
A quel point le fanatisme peut-il donc abrutir les con-
ORIGINES INDOUBS DE L'VDÉfE CHRÉTIENNE 371
Bcienoes et les plxis Tulgaires eneeignementB de la raison, pour qu'on ose ainsi offrir à la crédulité des peuples des choses aussi monstrueuses, aussi contraires à la sagesse et à la toute-puissance de l'Être suprême?
Non-content de se faire- charrier du désert au sommet d'un temple, du sommet de ce temple sur une montagne, Dieu, c'est-à-dire le maître des mondes, le créateur et le régulateur suprême de toute chose, consent encore à ergoter avec le diable l...
Et ce dernier, de faire le facétieux I
Mange ces pierres, en leur commandant de se changer en pains !...
Si tu es Dieu, jette -toi en bas de ce temple !...
Adore-moi, et je te donnerai l'empire du monde !...
Et, chose bizarre, le prétendu Dieu prend la peine de répondre sérieusement.
De quel nom traiter de pareils blasphèmes, si toutes ces • aventures n'étaient franchement ridicules?
Les adeptes décès superstitions sont bien venus, en vérité, de couvrir de la boue des sacristies et des officines jésuitiques les partisans de la raison et de la pensée libre; il faut leur audace et leur esprit de parti pour oser nous traiter de matérialistes et d'athées, parce que nous voulons dépouiller la grande figure de Dieu de toutes ces indignes faiblesses inventées par les sectaires d'un passé qui s'écroule.
Est-ce que le mot de Cicéron ne trouve pas son application ici? Est-ce que Marc ou Jean, Luc ou Matthieu, pouvaient se regarder sans rire ?
Qu'il y a longtemps, s'ils n'eussent pris à VInde que ses superstitions, s'ils n'eussent pas rencontré cette sublime morale de Christnaqui illumina les premiers âges, que ces hommes se fussent vus relégués dans le mépris de Toubli, arec les prêtres de Vesta, d'Osiris et d'Isis.
La morale, voilà ce qui les sauva, ce qui fit leur succès
dans les premiers siècles, jusqu'au moment où leur puissance bien assise leur permit de dicter leurs ordres aux peuples et aux rois, et de rétablir toutes les servitudes à leur profit.