CHAPITRE II
BÉVBIL DE BRAHMA. — CRÉATION DES DEVAS OU ANGES. -r- LBUR B.EVOLTB. — LES VAINCUS SONT PRÉCIPITÉS PANS LES ENFBB8 S0U8 LE NOM DE &AKCHASOS OU PÉH0N8. .
Noi!(s avons dit que c'était de Tlnde qu'étaient partis, par les émigrations, tous les mythes religieux • qui ont lormé la base de toutes les religions ancienues et modernes ; on ne lira certes pas sans intérêt cette légende des Yédas, que le christianisme a adoptée telle quelle, fi^S indiquer la source où il Tavait puisée.
Comme la auit de Brahma touchait à sa fin, avant de créer ee monde, de le couvrir de plantes et d'animaux, le SeigiN^ur de toutes choses, ayant divisé les cieux en douze parties^ résolut de les animer par des êtres procédant de lui, et à qui il pourrait confier quelques-uns de ses attributs et une portion de sa puissance.
M Et ayant dit : Je veux que les cienx se peuplent d'esprits inférieurs, qui témoigneront de ma gloire et m*obéiront, les devas jaillirent de sa pensée et vinrent se ranger autour de son trône. »
Comme ces esprits avaient été créés dans un ordre hiérarchique de puissance et de perfection, Dieu suivit la même règle dans la demeure qu'il assigna à chacun. Il plaça les plus parfaits d'entre les devas dans les cieux les plus rapprochés de lui, et les autres dans les cieux les plus éloignés.
Mais, à peine avait-il donné ses ordres, qu'une querelle violente s éleva dans le ciel; les esprits inférieurs^ qui avaient reçu pour habitation les cieux les plus éloignés, refusèrent de s'y rendre, et, ayant mis à leur tête Vasouki, qui le premier les avait excités à la révolte, ils s'élancèrent sur les devas mieux partagés, pour s'emparer de la place qui leur avait été assignée.
Ces derniers, s'étant rangés sous la bannière d'Indra, soutinrent bravement le choc, et le combat s'engagea en présence de Brahma, qui ne fit rien pour l'empêcher.
Vasouki ayant été terrassé par Indra, tous ses compagnons, effrayés, l'abandonnèrent, déclarant qu'ils étaient prêts à se soumettre à la volonté de Brahma ; mais ce dernier, irrité par leur désobéissance, les chassa du ciel et, leur interdisant également la terre et les autres planètes, ne leur laissa que les enfers pour séjour. Et il les appela Rackchasas, c'est-à-dire les maudits.
C'est de là que sont nés tous ces démous qui, sous le nom de Rakchasas, de Nagas, de Sarpas, de Pisatchas et d'Assouras, défrayent la poétique orientale indoue, qui les représente comme venant sans cesse troubler les sacrifices et les dévotions des mortels, qui sont obligés d'appeler les devas ou anges, ainsi que de saints personnages, à leur secours.
De là également le mythe de l'archange Michel I
GBKÈSE INDOUB ^5
La première fois que je lus cette légende dans l'Inde/ elle n'excita en moi aucun étonnement.
Il y avait longtemps que je trouvais indigne de l'Être suprême cette création de sortes de demi-dieux qui, à peine sortis du néant, se soulèvent contre Tautorité divine et se livrent, sous ses yeux, un combat suscité par l'orgueil et l'envie de l'égaler en puissance.
Avant de connaître l'Inde et ses mythes si précis, desquels sont descendus tous les autres, je savais déjà que toutes les mythologies antiques avaient admis cette révolte des premiers êtres créés contre le créateur, et que c'est ainsi qu'elles faisaient descendre l'esprit du mal sur la terre. '
La lutte des Titans contre Jupiter, dans l'Olympe grec, n'a certainement pas d'autre but que celui d'expliquer la naissance du bien et du mal, et Tinâuence de ces deux principes sur la nature.
Seulement^ la mythologie grecque, héritière de l'Inde par l'Asie, ignorant les croyances primitives et les Védas, fut une émanation des légendes poétiques qui divisèrent à l'infini le principe ancien^ tandis que la croyance chrétienne sut retrouver en Egypte la tradition primitive, dégagée des exagérations créées par l'imagination orien- . taie.
Même en négligeant l'Inde, on peut dire que la révélaticTn hébraïque ou chrétienne ifCa rien révélé ; qu'importe, en effet, que vous donniez aux révoltés contre Dieu le nom de Titans ou d'anges? cela ne peut donner lieu qu'à une discussion de mots ; le principe et l'idée sont les mêmes.
Les premiers hommes, en voyant surgir parmi eux le mal, triomphant malheureusement trop souvent du bien, devaient chercher à l'expliquer ainsi ; et, ne pouvant le faire naître de Dieu, qui idéalisait le bien, ils ne purent en trouver l'origine que dans une lutte, avec Dieu luimême, de la première- créature émanée de sa bonté.
2SI& LA BXBLB DANS .L'^NDE
Quoi qu'il en soit» c'est de l'Inde et non d'autre part qu'est venue cette antique tradition que l'on retrouve également dans les Nosks de Zoroastre» et qui ne paraît avoir été imaginée que comme une explication de ces deux principes du bien et du mal qui !d4 visent le monde.
La libre pensée, en épurant et simplifiant sa croyance, doit repousser ce mythe comme contraire à la dignité de Iliieii,. à..S!apre8Qie]u^<et àr son pouvoir souvetraiia^ . ,,-
Plus nous nous dégagerons du rêve et de la poésie, et plus nous concevrons du Créateur une idée digne de lui.
Ne cherchons'point Torigine du mal autre part que dans la faiblesse de la nature humaine ; c'est là que commence le mystère, c'est là que nous ne pouvons plus comprendre les motifs de l'Être suprême... Mais au lieu de les expliquer par des fables absurdes, ou de les nîejp par un excès cfontraire, abstenons-nous et ayons confiance dans Tinépuisable bonté de celui qui n'a pas cru devoir nous initier à ses desseins- ^
Si la lumière qu'il nous a donnée est faible, quo la Mîson la suive sans crainte? Les demi-dieux, les révélateurs et les prophètes ne nous ont rien donné, rien appris, que cette lumière n'ait déjà donné et appris aux hommes avant eux. . Et si nous leur devons quelque chose, ce spnt les etfortS, tentés par eux ou leurs successeurs, pour éteindre les saines doctrines du libre arbitre et de la conscience.
•Il