‹ La Bible dans l'Inde: vie de Iezeus ChristnaChapitre 38 sur 72 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LA PABOLB D£ DÎEU S*ACCOMPIilT. — NAISSA'NGE DE ■ CflkrStNA. — PEÏtSÉbuTlON DU TYRAN DE MADURA. — HAS8A0RE DE TOUS LES ENFANTS MALES ^ÉS LA MÊME NUiT QUE OHRISTNA.

' ' (D'Aptèê la BàgiHveda-Qûa tt lel« tracUHons hrUffmemiq^i»)

tTn soir que la vierge priait, une musique céleste vint tout à coup charmer ses oreilles, sa prison s'illumina, et Vischnou lui apparut dans tout Téclat de sa divine majesté. Devanaguy tomba dans une profonde extase et ày^nt été oionthréBy dit Vexpression sanscrite, par l'Esprit de Dieu qui voulait s'incarner, elle conçut. ,

Tout le temps de sa grossesse s'écoula pour elle dans un perpétuel enchantement ; l'enfant divin procurait à sa

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mère des jouissanceâ infinies> qui lui faisftiônt oublier la terre, sa captivité et jusqu'à Bon existenee.

La nuit de raccouckement de Devanaguj, et comia« le nouveau- né jetait son premier yagissement, un yent violent fit une trouée dans les murs de la prison, et la vierge fut conduite ainsi que son fila, par un envoyé de Yischnou, dans une bergerie appartenant à Nanda et qui était située sur le confin du territoire de Madura.

Le nouveau-né fut appelé Christna (en sanscrit sacré).

Les bergers, mis au courant du dépôt qui leur était confié, se prosternèrent devant Tenfant et Tadorèrent.

La même nuit, Nanda connut, par un songe inspiré par Dieu, ce qui venait d'arriver, et il se mit en marche avec ses serviteurs et plusieurs autres saints personnages pour aller chercher Devanaguj et son fils, et les soustraire aux embûches du tyran de Madura.

Ce dernier, en apprenant l'accouchement et la fuite merveilleuse de sa nièce, entra dans une rage indescriptible; au lieu de comprendre qu'il était inutile de lutter avec le Seigneur et de demander gr,âce, il résolut de poursuivre par tous les moyens possibles le fils de Devanaguj, et de le faire mettre à mort, croyant éviter par cela le sort dont il était menacé.

Ayant eu un nouveau rêve qui Tavertissait d'une manière plus précise encore du châtiment qui l'attendait, « il ordonna le massacre y dans tous ses États, des enfants du sexe masculin nés pendant la nuit oi^ Christna était venu au monde, » pansant ain^i atteindre sOlr6men.i celuif <]^ui, dans sa' pensée, devait plus tard le renverser du trône.

Guidée sans doute par l'inspiration perfide d'mn mà^ehasas, qui voulait tenter de traverser les desseins de Visshnou, une troupe de soldats arriva à la bergerie de< Nanda, et, bien que ce dernier ne fût pas encore arrivé,, les serviteurs allaient s'armer pour défendre Dei^anaguy et son fils, quand tout à coup, ô prodige! Tenfaïkt, que sa mère

allaitait, se mit à grandir subitement; en quelques secondes, il eut atteint la taille d^un enfant de dix ans^ et eoTirttt s'amuserr au* miliett d^un troifpeau de brebis.

Les soldats passèrent auprès de lui sans se douter de rien, et ne trouvant dans la ferme aucun enfant de Tâge de ce^lui' qu'ils cherchaient, ils s'en retournèrent à la ville, et leur insuccès leur faisait craindre la fureur de celui qui les avait envoyés.

Peu de temps après, Nanda arriva avec toute sa troupe, et son premier soin fut de se prosterner avec les saints personnages qui raccompagnaient devant la vierge et son divin enfant. Comme il ne les trouvait pas en sûreté dans ce lieu, il les emmena avec lui sur les bords du Gange, et c'est ainsi que Devanaguy put revoir les lieux où s'était écoulée son enfance.

Nous ne transcrirons point ici les nombreux récits qui ont trait aux premières années de Christna ; elles se passèrent au milieu de dangers sans nombre, suscités par ceux qui avaient intérêt à sa mort, mais il sortit toujours victorieux de cette lutte soit avec les hommes, soit avec les démons.

L'imagination des poètes, qui s'est plue à s'exercer sur toutes ces choses,, les a entourées de tels miracles, de tels évéft^^ittonts merveilleux» qu'ui&e douzaine de volumeâ soffîraiâiit à peine à. les raconter.

Il esît cependant un fait de l'homme-Dieu que nous ne pouvons passer sous silence, car les Jésuites, dans l'Inde, s'en sont servis et s'en servent tous les jours pour soutenir que le Christna fut de moeurs dissolues, et donna de nombreux exemples d'impureté.

Un jour, Christna, se promenant ôtir les bords du Gange, aperçut une cinquantaine de. jeunes filles qui s'étaient mises complètement nues pour faire leurs ablutions, et quelques-unes d'elles, en cet état, riaient et folâtraient,

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sans s'inquiéter si elles ne pouvaient pas être vues par les passants.

L'enfant leur en fit des remontrances, leur disant qu'il n'était point digne de se montrer ainsi sans voiles ; elles se mirent à rire et à lui jeter de Teau à la figure.

Ce que voyant Christna; d'un seul geste il envoya au sommet d'.un tamarinier tous leurs pagnes, épars sur le sable, de façon qu'il leur fat impossible de b« vêtir quand elles sortirent de l'eau.

Comprenant alors leur {aute, les jeunes filles impjiorèrent un pardon, qui leur fut accordé moyennant la promesse qu'elles firent de conserver dorénavant un voile quand elles viendraient faire leurs ablutlonç au fiei^ve sacré.

Les Jésuites se sont emparés de cette légende, la racontant à leur façon, et soutenant que Christna n'avait ravi les pagnes de ces jeunes filles que pour les voir mieux à son aise dans leur nudité.

Cette explication qu'ils donnent est dans leur rôle, et elle ne peut nous surprendre ; ne pouvant admettre Christna, ils le combattent avec leurs armes habituelles... et on sait s'ils sont habiles à changer les textes ou à y voir ce que nul n'a jamais pu y trouver.

Ne les avons-nous pas vus tenter d'escamoter certains chapitres de l'histoire moderne?... Pourquoi s'étonner, si c'est le môme esprit qui préside à leurs missions d'Orient.

èBNèSB INDOUÉ 2*n

CflAPITRB XII

ÔttHISTNA OOWMBNafi A T^ïtÉCHEft LA LÔÏ NOWBtLB.* — SBS disciples; ABDJOUNA, son COLLABOrATEUB LB ]?LlEfS ARÎ)BN*r. — CO^VBBSïÔN t>B SA^AWASTA.

A peine âgé de seize ans, Christna quitta sa mère et son parent Nanda^ et il se mit à parcourir Tlnde jBn prêchant la doctrin^ nouvelle.

l)ans cette seconde partie de sa vie, la poésie indoue le représente comme luttant sans cesse contre Tesprit pervers, non-seulement du peuple^ maiS encore des princes; il surmonte des dangers extraordinaires, lutte à lui seul cohti^é des armées entières envoyées pouf le tiier^ sème les miracles sous ses pas^ ressuscitant les morts, guérissant lès lépreux, rendant Touïe aux sourds et là vue aux aveugle^, partout soutenant le {Bible contre le fort, l'opprimé contre le puissant et déclarant hautement à tous qu'il est la seconde personne de la trinité, c'est-à-dire Vischriou, venu sûr la terre pouf racheter l'homme de la faute originelle, chasser l'esprit mauvais et ramener le règne du bien.

Et les populations accouraient en foule sur son passage, avides de ses leçons, de ses sublimes enseignements, et elles l'adoraient comme un Dieu, en disant : — Celui-ci est bien le rédempteur proMs à nos pères!

Nous laisserons de côté les événements miraculeux de la vie de ce novateur, qui, suivant nous, ne peuvent qu'appartenir à la légende, comme toutes les actions du reste

218 LA bIble dans l'ïîîue

qu^Ton prête aux différents prophètes qui, a des époques différentes, apparurent sur le globe.

Je ne crois pas plus à Ohristna, Dieu et thaumaturge, que je ne crois aux autres incarnations ou aux autres eiïvoyés de l'Être suprênde, qu'ils se nomniïent Boudha ou Zoroastre, Manou ou Moïse, le Christ ou Mahomet.

Mais je crois à Christna philosophe et moraliste, mais j 'admiré ses leçons ^î suhlimes et si ptires que , plue ta^d, lé fondateur du chtistianîsme en Europe ne troura riett ^e mieux à faire que de lés imiter.

Après quelques années de prédication , le noyateur indou sentit le besoin de s'entourer de quelques disciples fervents et courageux, à qui il pût léguer le sein de tc'ontinuer son œuvre, après les avoîb initiés à ses éoetaiia^.

Parmi ceux qui depuis quelque temps le suivaient le plus assidûment dans ses pérégrinations, il distingua Ardjouna, jeune homme appartenant à une des {>lus gràBd^ familles de Madura et qui avait tout quitté pour s'attacher à lui ; il lui confia ses projets, et Ardjouna jura de consacrer fea vie à le servir et à propager ses idées.

Peu à peu ils s'adjoignirent une petite troupe de fidèle^, qui partagea leurs fatigues, leurs travaux et leur foi.

La vie qu'ils menèrent fut rude, et on le eoneôit, les e«H seignements égalitaires de Christna, la pureté de sa vie et de ses exemples avaient réveillé les peuples de leur assoupissement ; un souffle de force etde jeunesse commençait 4circuler dans l'Inde entière, et les sectateurs du passé, ainsi que les rajahs, poussés par le tyran de Madura, ne cessaient de leur tendre des embûches et de leife persécuter, car ils sentaient leur puissance et leurs trônes trembler sous le flot populaire qui commençait à monter.

Mais rien ne pouvait leur réussir; il semblait qu'une force plus puissante qu'eux tous se chargeait de faîjre échouer leurs desseins et de protéger les proscrits.

Tantôt des villages entiers se soulevaient et chadsaiest

GJINE6E INDOUE 219

le^fiioldats envoyés pour arrêter Christna et ses disciples; tantôt ces soldats eux-mêmes, émus, ei) tramés par la parôle. du divin prophète, jetaient leurs armes et le suppliaient de leur pardonner.

Un jour uléme, un des chefs de ces troupes dirigées contre le atovateur et qui avait juré de ne céder ni à la cfai^te ni à la séduction, ayant surpris Christna dans un lieu isolé y fut si frappé de la majesté de son regard qu'il se dépouilla de ses insignes de commandement et supplia ce dernier de vouloir bien l'admettre au nombre de ses fidèle». Sa prière fut accueillie, et à partir de ce moment, la foi nouvelle n'eut pas d'adepte et de défenseur plus ardent qu^ lui.

Il se nommait Çarawasta.

Souvent Christna disparaissait du milieu de ses disciples, les laissant seuls comme pour les éprouver dans les moments les plus difficiles, et inopinément il revenait au milieu d'eux pour relever leur courage abattu et les soustraire au danger..

Pendant ces absences, c'était Ardjouna qui commandait la .petite communauté et remplaçait le maître dans les sacrifices et la prière, et tous se soumettaient à ses ordres sans murmurer.

Mais, ainsi que nous venons de le dire, ce sont moins les actions de la vie de Christna qu'il nous importe de connaître que sa morale et ses leçons.

Il ne venait pas fonder une religion nouvelle, car Dieu ne peut détruire ce qu^il a une première fois déclaré bon et révélé ; son but était seulement de purifier l'ancienne de toutes les turpitudes, de toutes les impuretés que, depuis plusieurs siècles , la méchanceté des hommes y avait peu à peu introduites, et il y réussit jnalgré toutes les haines et toutes les attaques des partisans du passé,

A sa mort, l'Inde entière avait adopté sa doctrine et ses principes; une foi vivace, jeune et fertile en résultats

épurée, Tesprit malin vaincu avait éi^^hUgé' d^ii'fintmr (lf^»S5,s^.BQi»bire..d^eqirô,.JiEi s^g^^flflttion.ppojojga. par Çrflibma!é]t^ta,ççomplie., . .;r , ;.} ... .,.. .. •,:

,J^;€^DS^g^<^meiiJide CMstnaito$impJeueVfftma*eç.iq[ii«|id il 8'adressa au peuple, philosophique et élevé dans ses entretiens avec ses disciples; c'est à ce double point de vue que nous allons le «onsidéfél'. ' ''■ • '

f OHAPITBE XllI -

URÇ0^9 J>S CHEI9TNA AU PlBCJPI^. -^PARABOLdi 1»U' PâoS^UR.

--r PRIiS&BS m> MAXIMES.

L^, parabole joue uq grand r61e daas renseignement

familier du rédempteur indou, Cbristi^a afifeetion naît cette

forme ima^éie quand il ^'adressait jm peup^^ moins apte à

, compre;ndre se» leçons philosophiques sur Vimmortalitéde

râme.et la vie future.

Cette manière de frapper rintelligenee «etde tirer ridée .morale de l'action de certains personnages mis eu* scène est conforme aux habitudes orientales» et nous savons que c'est de la littérature asiatique que^sont sortis \e& fables et les apologues*

Bien ne fera mieux comprendre, eroyons*'0ous, Tœuvte populaire d^ Ohristna que la citation d'une de ses plus célèbres paraboles, celle du pécheur, si fort en honneur et en respect dans l'Inde qu'on s'applique à la fixer dèè l'âge le plus tendre dans la xuémoire des enfants.

Cbristna revenait d'une expédition lointaine et rentl^ait à Maduraravec se^ disciples. >L0S habitants s'étaient portés

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' ■ A qu^i^liee Hètttti *ô là vttle; Jô petrple g*âi*rôtà, demandant à entendre la parole sainte ; Christnia lûôAta ôur nue p0titd émitiidiioe (luidottiinalt la foulé et ô^âimencâ' ainsi :

Parabole fl^ fiiçhiur.

K Sur les bords du Gange, au-dessus des lieux où des centaines de bras Tiennent diviser son cours sacrée vivait un pauvre pêcheuridu nottiide B^ôurga.

« Dès l'aube, il s'approchait du fleuve pour j faire ses ablutions selon la manière prescrite par les livres saints, '»1 tenant <à la . mmii/iinetif e' fl?«îclLdmeiit <^«ipéë à^ llierbe divine du cousa, il récitait ]>iieu8«in«nt la prière de la Sâvitri, précédée des trois mots mystiques : Bhour, Bhouvah, Shouar; puis, le corps et Tâme ainsi puriûés, il se mettait oonrageusement à Touvirage pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille:

« Le Seigneui» lui avait doïinépftr sa femme, qu'il arait épousée à V&ge de doute aïis, vietge* et dans toute la fleur de sa beauté, six fils et quatre filles, qui faisaient sa joie, car .ils étaient pieux et bons comme loi.

«-Le plu«^ deseà fils pouvait déjà l'aider â conduire s» barque et à lancer »es filets, et èos filles, enfermées dahs l'intérieur de la maison, tressaient le poir soyeux et long des chèvres pour en faire des vêtements, et pilaient pour le repas le gingembre, la coriandre et le safran, dont elles faisaient une pâté qui, mélangée avec le jlïs du pîméiit rouge; devait servir à préparer le poissoil.

4 Malgré un eontlnuel labeur, la famille était pauvre; car, jaloux de son honnêteté et de ses vertus, les autres pécheurs s'étaient réuni» <îontrfe Dourga et le poursuivaient chaque jour dê'leurs'matfvàis traitements.

9BS LA BIBLE DAH6 L'INDE

« Tantôt ils démangeaient aee ôlets «ou, pendant la nuit, transportaient sa barque dans le sable, aân qu^il {^eoedit la journée entière da lendemain pour la remettre à:âot.

n D'autres fois, quand il allait à la ville ponr Tendre \e produit de sa pâohe, ils Jui arraoluaient Bes poisapns de force ou les jetaient dans la poussière, pour que personne n'en voulût en les voyant souillés.

« Assez souvent Doiirga revenait fort triste aa logis, songeant qull ne pourrait bientôt plus subvenir aux besoins de sa faméUe. Malgrécela, il ne manq;uai:t jamais de porter les plus beaux poiasone qu'il prenait auK saints ermites et recevait tous les malbeureux qui venaient frapper à sa porte, lea abritant sous son toit et partageant avec eux le peu qu'il possédait, ce qui jetait un continuel sujet de dérision et de moqueries pour ses ennemis, q«i lui adressaient tous les mendiants qu'ils renoontraient, en leur disant : — Allez trouver Dourga, c'est un nabab déguisé, qui pèche seulement pour se distraire...

« Et ainsi ils plaisantaient sur sa misère, qui était. leur ouvrage.

« Mais les temps devinrent trè&nlurs pour tout le mende , une effroyable famine désola le pays tout entiet*, le riz et les menus grains ayant complètement manqué à la dernière récolte. Les pécheurs ennemis de Dourga furent bientôt aussi misérables que lui et ne songèrent plus^ à le tourmenter en face du malheur commun.

M Un soir que le pauvre homme revenait du Gange sans avoir pu prendre le moindre poisson, et comme il songeait amèrement .qu'il ne restait plus rien au Logis , il rencontra au pied d'un tamarinier un petit enfant qui pleurait en appelant sa mère^

« Dourga lui demejnda d'où il venait et qui l'avait ainsi abandonné.

« L'enfant répondit .que aa mère l'avait laissé là en lui disant qu'elle allait lui chercher à manger.

fiSHÈSB IN0OUS 263

« ému de pitié, Dourga pnt da&s.ses bras le fiAUvre petit et Teiaporta xlaas sa .maiiiûii; sa fèxaaue, .Qui éteit bonnay< lui dit qu'il avait bien £ait da as pas le laisser mourir de faim,

« Mai& il n'y avait plus ni riz ni poisaon {umé ; la pietire à carry s'avait pas retenti ce soir-là ^ons la main des jeunes filles qui la frappent en cadence^

« Ma montait silencieusement dans Torbe céleste; la famille entière se réunit poos^ Tinvoeation du soir.

« Tout à coup le petit enfant se mit à cbanter :

m — Le fruit du cataca purifie Teau , ainsi les bienfaits «••purifient Tâme. Prends tes- filets, Dourga; ta barque «( flotte sur lé Gange, et les poissons attendent.

¥ Voici la treizième nuit de la lune; l'ombre de Télé- «i prhant tombe à Test; les inânes des ancêtres demandent « du miel, du ^beurre clarifié et du ria bouiUL II faut leur « en offrir. Prends tes filets., Doui^a , ta barque fiott» sur « le Gange, et les poissons attendent,

« Tu donneras des repas aux pauvres où Tamrita cou- <« lera aussi abondante que les eaux du fleuve sacr4 ; tu M offrira aux Roudras et aux Ad jtia^ (ancêtres décédés) la « chair d'un chevreau à toison rouge, car les temps d'é- « preuve sont finis. Prends tes filets, Dourga; treize fois tu « les jetteras ; ta barque flotte sur le Gange, et les poissoens « attendent.

M Dourga émesrveillé pensa que c'était un oonseii qui lui arrivait d'en haut; il prit ses filets et descendit avec le ïAns fort de ses fils sur les bords du fleuve.

*i L'enfant les suivit, monta dans la barque avee eux, et ajant pris une rame se mit à la diriger.

« Treize fois les filets furent lancés dans l'eau , et à chaque coup la barque, ployant Bou« le nombre et le poids des poissons, fut obligée d'aller les déposer à terre pour s'alléger. Et la dernière fois l'enfant disparut. •

«< Ivre de joie, Dqurga se h&ta de porter à ses enfants

de quoi apaiser leur faim ; puis, songeant Immédiatement qu'il y avait d'autres souffrances à calmer, il courut chez de» voisins les pêcheurs, onMîant le mal qu"*!! avait S?eçu d'^ux pour leur faire part de ses richesses.

' M Ceux-cî accoururent en foule,* n^osant croire à tant de générosité, et Dourga leur distribua sur-le^ohamp le restant de sa pèche niiraculeusa.

« Pendant tout le temps que dura la famine, Dourga continua non-èbttleïnent à nourrir ses anciens ennendig, mais encore à recevoir tous les malheureux qui accouraient auprès de lui. Il n^avalt qu'à jeter ses filets da^ns le Gange pour en obtenir immédiatetinent tout le.poi^saa qu'il pouvait souhaiter.

M La dicetie pâ80é«, kt main de Dieu côntinim à le^ro^ ger, et il devint si riche par la suite qu'il' put à lui Bôttï élever un temple à Brahma, tellement somptueux et magnifique que les pèlerins de tous les coins du globe ve-^ naient en foule pour le visiter et y faire leurs dévotions.

« Et c'est ainsi, habitants de Madura, que vous devez prcrtè^ear la' faiblesse, vôus^tdder entre vous et ïie jaiiiais voua souvenir de 'ses torts «uprôsd'trn ennemi' malheu-^î

reux. »

''Cueillons maintenant au hasard, tellement la mdîsson est abondante, quelques-^unes des maximes dont îï' se plidsâît'àparsemer ses 'enseignements familiers : ' ',

sont joint çQjR^bjle^^e.if^Ç?^ ;,,, „,;^ ^^

'î*<(ILj«ut'i^eB«!iciarr'à'^l«'Hchô^e e^T' atix plaisir»- quônd'lte ^ nié sont ^B^pçrduv^ par. là^cônBèie^c*^. ^i'" • ^- '>'^'' "^^^.^

« Les maux dont nbiis affligerons notre prochain nous poursuivront ainsi ftmin^rte ambre -sdit «être corps, w.' >

«*'La science de l'hoinme n'est que vanité; toutes ses

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bonnes actions sont illusoires quand il ne sait pas les rappdtter à Dieu. »»

ti Les œuvres qui ont pour priiicipe Tanajouj? de son semblable doivent être ambitionnées p^r lo juste, c^r ç^ seront celles qui pèseront le plus d^ns la balance célestQ^ *»

« Celui qui est hnmble de cœur et d'esprit est aimé de Dieu; il n'a besoin de rien autre chose. »

« De même que le corps est fortifié par les muscles, rame est fortifiée par la vertu. »

M II n'y a pas de plus grand pécheur que celni qui convoite la femine dé son prochain. ^

Nous appelons Tattention sur la parole suivante, que beaucoup croient née d'hier :

« De même que la terre supporte ceux qui la foulent aux pieds et lui déchirent le sein en la labourant, de même nous devons rendre le Uén pour le mal. »

.<i Si tu fréquentes les bons, tes exemples seront inutiles : ne crains pas de vivre parmi les méchants, pour les rame» ner au bien . »>

« Si un habitant peut causer la ruine de tout un village, il faut l'en chasser ; si un village peut causer celle de tout un district, il faut le détruire ; mais si un district occasionnait la perte de l'âme, il faudrait le quitter. »

« Quelques services que l'on rende aux esprits pervers, le bien qu'on leur fait ressemble à des caractères écrits sur l'eau, qui s'effacent À mesure qu'on les trace. Haiâ4e bien doit être accompli pour le bien, car ce n'est point sur la terre que l'on doit attendre sa récompense. »

« Quand nous mourons, nos richesses r^sitent à la mai* son ; nos parents, nos amis ne nous accompagnent que jus«

qu'ani' bûcher; mais nos vertus et nos vices, nos bonnes œuvres et nos fautes nous suivent dans l'autre vie. >♦

« L'homme vertueux est semblable au multipliant gigantesque, dont Fombrage bienfaisant donne aux plantes qui l'entourent la fraîcheur et la vie. »

M La science est inutile à l'homme sans jugement , ainsi qu'un miroir à un aveugle »

« L'homme qui n'apprécie les moyens que d*après son envie de parvenir perd bientôt la notion du Juste et des saines doctrines. »

A vous, messieurs les casûistes, inventeurs de cette maxime : La fin justiâe les moyens.

« L'infini et l'espace peuvent seuls comprendre l'espace et l'infini. Dieu seul peut comprendre Dieu. »

« L'honnête homme doit tomber sou^ les coups des méchants, comme l'arbre sandal, qui, lorsqu'on l'abat, parfume la hache qui l'a frappé. » «

Ecoutez maintenant les conseils que Chdstna donne à l'homme ju^te, qui veut se sanctifier dans le Seigneur et mériter la récompense éternelle.

« — Qu'il se livre chaque jour à toutes les pratiques de dévotion pieusfe et soumette son corps aux austérités les plus méritoires.

« — Qu'il craigne tout honneur mondain plus que le poison et n'ait que mépris pour les richesses de ce monde.

a — Qu'il sache bien que ce qui est au-dessus de tout, c'est le respect de soi-même et l'amour du prochain.

** — Qu'il s'abstienne de la colère et de tous mauvais traitements même envers les animaux, qu'on doit respecter dans l'imperfection que Dieu leur a assignée.

OBNàSB INDO0B 397

« — Qu'il chasse les désin^ sansuels^ Tenvie et la eupidite-

« — Qu'il fuie la danse , le chant , la musique, les boissons fermentées et le jeu.

u — Qu'il ne se rende jamais coupable de médisances, d'impostures et de calomnies.

« -^ Qu'il ne regarde jamais les femmes avec amour et s'abstienne de les embrasser.

« — Qu'il n'ait point de querelles.

« — Que sa maison, sa nourriture et ses habits soient toujours des plus chétifs.

« — Qu'il ait constamment la main droite ouverte pour les malheureux, et ne se vante jamais d^ 3es bienfait^.

« — Quand un pauvre vient frapper à 3a porte, qu'il le reçoive, lui lave les pieds pour le délasser, le serve luimême et mange ses restes, car les pauvres sont les élus du Seigneur. '

« — Mais surtout qu'il évite, pendant tout le cours de sa vie, de nuire en quoi que ce soit à autrui : aimer son semblable, le protéger et l'assister , c'est de là que découlent les vertus les plus agréables à Dieu, »»

C'est ainsi que Christna répandait parmi le peuple les saines doctrines de la plus pure morale, ainsi qu'il initiait ses auditeurs aux grands principes de charité, d'abnégation et de dignité de soi-même^ à une époque où les contrées désertes de l'Occident n'étaient encore habitées que par les hôtes sauvages des forêts.

Qu'a donc ajouté notre civilisation , si fière de ses progrès et de ses lumières, à ces sublimes legons?

28Ç . LA BrBî#,?fÀîî%.i.;iiWB

OHAPÎTRE XIV

KNSBteNBMBNt PHILOSOPHIQTJB Dfi GftKTSTN'A

A BBB DlBCtl^LM

Il faudrait lire dans le texte même des ouvrages eans^ > cvii&y et notarnssent dans le BagaTeda-Giia , les subltiiiës entretiens de Ghristna avec ses disciples, et particulière*- ' mentav^cÂrdjoiina, pour comprendre que la himière^'était faite dès longtemps en Orienit, lorsque bob reflets sont veBUs jusqu'à nous.

Les problèmes de la philosophie la plus relevée, les vé« rites de la morale la plus pure, l'immortalité de l'âme, les futures destinées de rhomme qui aura vécu selon la loi de Dieu ; tout e»t traité dans ces sublimes monologues, où les auditeurs ne sont là que pour donner la réplique, et fournir au professeur roccasios de luovTelles leçons.

Dans rimpossibilité où nous sommes de donncfr dans ce cadre restreint le développement que comporteraient ces grandes choses, nous allon» nous borner à donner l'entretien de Ghristna »ur rimmortalité de Tâme» il »uffîra à faire juger les autres.

Ne pourrais-tu nous dire, ô Christna, q^uel est ce fluide pur que nous avons reçu du Seigneur, et qui doit retourner à lui '{

CHBISnCA

L'âme est le principe de vie dont la •oavei'ûne sagaeeoi s'est servie pour animer les corps* La matière est inerte

et périssable, Tàme pense et agit, et elle est immortelle. De sa pensée naît la volonté, et de la. volonté naît l'action. C'est par là que Thomme est la plus parfaite des créatures terrestres, car il se ment lïïxrfmeut dans la nature intellectuelle, sachant distinguer le vrai du faux, le juste de rinjuste, le bien du mal.

Cette coiMi«i§sancQ ioté^^ie^ve^ cette volQi^t^ imir m forte par le jugement vers ce qui I4 s^^uit» et se retire de ce qui lui déplaît, rend l'âme responsable de son action, responsable de son choix, et c'est pour cela que Dieu a établi lar^o^sm^efi^e-eit lechÂtim^nt» 1 <

Qu«nd lâo^e suit 1^^ lanMière étejrnoUes ei pure* qui la guid«) elle eet. nariurellemeat portée v^irsrle bien..

£46 malv au eontraûPO', tariompbequ^nâ elle» oublie son origin^e et se laif^a^ dominjer p«^ de$ i«ilueaoeo eixtérieorefl.

L'âme est immortelle, et elle doit retourner dans la graiide amènent elle es^t desceordue; mais comme elle a été'doni^ée à l'homiObe pure de toute «ouillurei» eU« se peut remonter a» aéjoiir cél^l^^ qu'apj^ès.s'étve p>mriâée de toutes les fautes que son union avec 1» jo^ks^i^ra lui .a/ait eom« mettre.

Comment s'opère cette purification ? '

h'ktm-^êepij^È» par:ui» siag^r iÇhte oQ moi^s l^ng*, suivant ses fautes, dans les cieux inférieui* (énlers) ; la pi4vation qui lui est imposée 4â^^i?éj»jjir au Grand-Tout est la plus |;ran4e. souffrance qu'elle ppi^s^ resseptir^ car sop plu^ grand désir est de retournej:' à la source primitive et de s'absorber dans famé de tout ce qui existe. ^

Bèdù:^Tiefi^lciiBpe9ie6iioacde'i-ftn»é l»qffiiihiQ, 4i^i^^^ ^Àe'^ poffUofi/de.^g7Sii4si4,nl«?»t.: :.. j-.l -, i.»\s u ., c.\ —. •

200 LA HIBUB IIASS 'li'SNDE

., . CHWSTiJA ... 1 •

L'àaiie n^esi poimi httparfaite <iAft5 0an aai»9iiœ.p«r«, fai lumière de ce sublime tiÀmàCiarft oetic^.^iai d'elle'^métte soo «obscurité; a Ut exisUit daas 1» Aatiixe di& Vâneeun garmâ d'ixDperfi^oi, io,, ma ae pourrait ra«éa»iirî e^ e» germe se développant^ l'âme ^rait périssable et B^ortiUie^ aimi-^ue le cxMrps. De aoQunioii'âeule a^aQ lik matière iiatt 6o&imperfeûAion; mai» oeite ijSLpepfeotioB A!attaiQi pcdat son esseoce^ car elle n'eatpcHnt dans sa leasse^ qui osiïil]^ telligemoe auprémd, qui esiDÂdiu ^ :. *, . . . «. •

Hoiis devons» bien m&lgvé mm», noua arréteirici daas cette citation. La suite de cet entretien fournit à Cbristna l'occasion de s'élever jusqu'aux régions les plus ardues de la métaphysique, et ses raisonnements ne seraient parfaitement compris, cro;^>is-i^O|i*y ^u^^par les gens qui ont voué leur vie à l'étude particulière et approfondie de& sciences philosophiques.

Au. surplus, .ûe. simple .a^i;^ia si^t eompléi^ay^At à éclaixier les . conclusions quie nous p^étendoos tir^r de l'œuvre du novateur indou.

En résumé :

Christna eg^t venu préchep à l'Inde :

L'immortalité del'âme» le libre arbitre., ç'est-à-dir^ la volonté et la liberté, la croyance au mérite et au démé^ rite, au châtiment et à la récompense dans la vie future.

Il est venu apporter aux. peuple?» :. . , . '

La, charité, Tapaoï^r du prochain, la digwté de sod-3a(iémje, la pratique du bien.ppur l^ bien, et.la foi. daft^ la. bopté inépuisable du Créateur. .,^ ^

I]l a proscrit la vengeance, -ordonné d^ l'ejadra le.b.i^^ pour le mal, consolé les faibles, soutenu les malhei^ro^u:^ ^% les opprimés, confond \i I^ tjj^an pie ^ ... ,-. -.j^

Il a véîcu pauvre et aimé les pauvres,. , . ,.,

l\ . a. V4/CU chaste et . pre^orit la cJ[iav9te.tié . . . t " r

Ce fut, npus^ne craignons p^ de 1§ dipo* la plus g.rai\4?

figure des temps ancien»^ et le Clurist, plus tard^ s'inspira de son œuvre de ifégénéi^ation, eomme M<»ïft6: slétait ius- ]^ô.de eelles^de Maïaèfi et de^Maanou. '

Qwelques lignes eiicere, et nous aurons fini, trop brièisemetA pB^t-étfûy avee oe rédJ^mpteujr, pour a^^^der la rôle j^eué passes suecesseura da&e il^e> qui^eu à -pem. o\iblie» ront les 'Sublimes traditions du mattre p^mr pkaiger le p0»ple^ au prefi^ de leur damiiiation^ dans * un abrutissement «t unedégradotioR m<wole qui rendiisent possible le r%ne absorbant, et despoti<|ue des théocraties antiques, iiK^ùes, ainsi que nous l'aTons vu, du brahmanisme indou.

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