‹ La bible dans RacineChapitre 101 sur 142 · Ewald. Dollinger · texte numérisé non relu

Ewald. Dollinger

oraloiros (les itropliMcs. h'.ilioi'd il <'n ;i ic (h'îvoucnifnl relifçiiiux ot le palriolisiuc : .Mallian, sdii ciiiicnii, le. icroiinuîl nu lermos très expliciles :

Plutôt que duiis nos luaiiis, parJoiid soitlivru Un iMifaiit (|u'à son Dieu Joad a consacnî Tu lui verras subir la mort la plus terrible.

11 a riiulorih' immonso que lui donnent ses talents d'homme d'I'^lal. Il maii([ue (|U('l([ue chose d'essentiel aux orateurs qui ne sont qu'orateurs. Ddmosthène tonne et lance des éclairs ; l'oil bien, mais un Midias peut se donner le luxe de le souffleter impunément; et Philippe n'est pas, en somme, considérablement retardé dans sa marche, par les Philippiques. Il y a là quelque chose d'humiliant pour la nature humaine. La gloire littéraire de Cicéron soulîre un peu des indécisions et des faiblesses de l'homme politique. Les magistrats et la plupart des littérateurs admirent beaucoup les Gatilinaires. Mais si les hommes d'Etat et les soldats avaient l'occasion de manifester aussi souvent leurs sentiments, l'opinion traditionnelle n'en serait-elle pas modifiée? La postérité réserve sa pleine admiration aux seuls orateurs dont l'action suit la parole, aux Périclès ou aux William Pitt. Joad est de ce nombre. Sa haute physionomie se meut toujours calme et majestueuse au milieu des violences du drame. On sait qu'aucun sentiment indigne n'en altérera la solennelle beauté. Avec quel sang froid il dispose des merveilleuses ressources de son esprit! Il emploie, on peut bien le dire, tous les modes de persuasion, depuis le silence calculé jusqu'aux grands éclats d'éloquence.

Rien de plus habituel aux prophètes que cette rapide succession de sentiments extrêmes. Elle raillait les prophètes de Baal à peu près sur le ton que Joad prend avec Athalie. Moïse, Isaïe et Jérémie ont des accents, en quelque sorte, maternels, en parlant de l'amour de Dieu pour son peuple, et puis brusquement, ils s'expriment en des termes qui paraîtraient féroces à des lecteurs peu familiarisés avec l'histoire biblique.

Mais Joad se révèle surtout grand orateur politique, par la justesse et la vigueur de ses répliques, la virulence de ses

invectives et l'art d'enflammer ses soldats. Mathan se ddfend en parlementaire consommé. Aux anathômes de Joad , il répond avec correction : on reconnaît là Joad. Toutefois il devrait montrer plus de prudence et ne pas insulter l'envoyé de la reine. Mathan se pose en victime, mais Joad saisit le côté faible de l'apostat, et, en deux mots, il dévoile son immense hypocrisie :

Eh bien que nous fait-elle annoncer de sinistre? Quel sera Tordre affreux qu'apporte un tel ministre?

Dès lors, la grande colère du prophète est justifiée, et on ne s'étonne plus d'entendre ses malédictions :

Sors donc de devant moi, monstre d'impiété.

Je ne reviendrai pas sur la beauté de ses invectives. Quand au grand discours politique du IV acte *, il ne le cède en rien aux chefs-d'œuvre du genre. Essayons d'en faire une de ces analyses auxquelles le jeune Racine s'était si souvent- exercé à Port-Royal. — I. Exposé du sujet : J'ai conservé notre roi, il s'agit d'achever mon œuvre. — II. Appel à la haine et à la compassion. La fille de Jézabel veut replonger dans le tombeau le petit Éliacin. — III. La fierté nationale est mise enjeu : vos princes, votre loi, les deux tribus. — IV. Grandeur de l'entreprise : renverser cette reine odieuse. — V. Mais espérance : Dieu d'abord garantit le succès. — VI. Excitation à frapper impitoyablement : dans l'infidèle sang baignez-vous sans horreur. Souvenirs glorieux. — VII. Le mot de la fin : vivre, combattre et mourir pour lui. Ajoutez à cela des insinuations, des précautions oratoires, l'art du groupement et le style. Ce serait manquer de respect au génie de Corneille que de rappeler, après ce superbe morceau, la rhétorique du jeune Cinna. Les exhortations de Joad peuvent soutenir la comparaison avec les plus beaux discours d'Auguste ou même avec les proclamations de Napoléon. Sans doute le soleil d'Austerlitz et le « voilà un brave » sont des conceptions géniales. Mais Joad, lui aussi, a de beaux mouvements. (Ma force est en Dieu dont l'intérêt me guide). Et

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