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Voilà donc votre roi, votre unique espérance

l.A l'Ol'lSIE 181

puis, ([iio (l(î friicus clic/ Najtoiroii! ([uc de grosses liabiloh'S ! (|iic irabus (le ce « moi », uôccssairt^ il est vrai, mais (mcoiiiliiaiil! que (l(^ gros compliments I 11 parle des quarante siècles, des l('gions romaines et de la fondation d'Alexandrie à de pauvres héros (|ui n(^ savaient pas lire. L*; grand homme abusait un peu de la sublime naïveté de ses soltlats. Aucun de ces mots à panache dans le discours deJoad, aucune de ces phi'ases qui feraient rii-e, si on ne j)ensail aux dévouements obscurs ([u'elles excitaient. Tout y est vrai, chaque raotfrappe fort et juste.

Sans doute, la Bible ne peut pas tout revendiquer dans ce cliei'-d'aîuvre ; l'arrangement en appartient h ce xvn" siècle si rompu à toutes les lincsscs de l'art oratoire. Mais les arguments, les souvenirs historiques, les images sont tous tirés de la Sainte Ecriture. Les enseignements de Port-Royal ont fourni le corps du discours : la Bible en a donné l'àme.

Le genre démonstratif est peut-être le plus largement représenté des trois dans Esther et Athalie. Au xyu** siècle les idées religieuses prenaient comme naturellement la forme du sermon. Aujourd'hui les chrétiens ont la biographie, la revue, le roman ', la conférence, les rapports dans les congrès. Mais au grand siècle, soit grande habitude d'entendre des sermons, soit tendances de l'esprit, les dévots, comme on disait alors sans ironie, et même les mondains, tournaient volontiers aux sermonnaires. Les lettres de M'"'' de Maintenon sont pleines d'exhortations pieuses, ce qui n'a rien d'étonnant. Mais M™^ de Sévigné paie son tribut à la mode. La cousine de Bussy se met parfois à moraliser gravement, d'après Nicole ou d'après Bourdaloue. Dans ses lettres on trouve à côté d'une critique un peu leste de Bajazet, un sermon bien senti sur la mort. Sous sa plume, l&s plaisanteries mêmes et les amitiés vous prennent un petit tour oratoire du plus gracieux effet : « Résolvez-vous, ma belle, de me voir soutenir toute ma vie, à la pointe de mon éloquence que je vous aime plus encore que vous ne m'aimez. » J'en ferai convenir Gorbinelli dans un quart d'heure ^ Quoi

1. Le roman n'avait rien de commun avec l'idée chrétienne au xviio sièclei 2; A M™o de Grignan, 14 juillet 1673.

d'étonnant, dès lors, si tous les personnages à'Esther et à'Athalie essaient tour à tour du sermon? Joad — cela va sans dire — en trouve naturellement le ton. Mais les autres héros ou héroïnes ne lui sont guère inférieurs, sous ce rapport. Eliacin moralise à la façon de Bourdaloue. « Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule ». La très douce Josabeth fulmine comme Bossuet :

Vous, malheureux, assis dans la chaire empestée Où le mensonge règne et répand son poison.

Le jeune Zacharie fait de petits chefs-d'œuvre de narration oratoire ; Elise et Esther improvisent de petites allocutions comme M""" de Maintenon, à Saint-Gyr, ou mieux encore comme les grandes abbesses de Tancien régime devant les religieuses réunies en chapitre :

Que Dieu jette sur vous des regards pacifiques.

Une Rochechouart ou une Richelieu, n'eût pas mieux dit.

Les jeunes filles du chœur n'ont garde de s'éloigner du genre littéraire cher à leur maîtresse. C'est une des plus jeunes Israélites — ^ Racine a bien soin de nous en avertir — qui réfute ainsi le polythéisme :

Moi je ]!)0uri'ais trahir le Dieu que j'aime! J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu Reste d"un tronc par les vents abattu Qui ne peut se sauver lui-même !

Mais les différents personnages des deux tragédies n'ont pas seulement le ton du sermon ; nous trouvons dans leurs paroles de fort beaux canevas dont quelques-uns ont été développés par Bossuet lui-même. Qu'on en juge par le tableau suivant :

Un roi sage, ainsi Dieu Va déclaré lui-même

c( Dans le dessein que je me propose de traiter aujourd'hui « ces deux vérités, je me garderai plus que jamais de rien « avancer de mon propre sens. Que serait-ce d'un particulier « qui se mêlerait d'enseigner les rois ? Je suis bien éloigné « de cette pensée : aussi on n'entendra de ma bouche que les

i.A i'(n:siF, 183

« purolos do l'Koriliirc Suiiilc, (IJossuct, sur le Davu'ir ilrs liais, <( 2 avril l(;i)2).

Ilii roi sa^'c

Suc l;i liolH'Ssc cl. l'or ik; iiii'l. |i(iiii(, suii ap|iui.

« Les rois r^gnent par moi, dit la Sagesse dtcrncllc : Per me (( r('</<'\ rcr/nant. El de là nous devons conclure, non scule- « nionl (|U(' l(>s (IroKs de la royauté sont établis par ses lois, « mais que le choix des personnes est un ellet de sa Provi- « dence. (Bossuet, ibid.).

Ihi roi siif^c Craint le Seigneur son Dieu.

« Il est aisé de comprendre que de tous les hommes vivants, « aucuns ne doivent avoir dans l'esprit la Majesté de Dieu « plus imprimée que les Rois. (Bossuet, ibid.).

Un roi sage Sans cesse a devant lui

Ses préceptes, ses lois, ses jugements sévères. Promettez sur ce livre et devant ces témoins Que Dieu sera toujours le premier de vos soins.

« Et d'abord, pour établir mon sujet, j'ouvre l'Histoire « Sainte, pour y lire le sacre du roi Joas, fils du roi Joram... « Ils produisirent le fils du roi devant tout le peuple, ils « mirent sur sa tète le diadème et le témoignage, ils lui don- « nèrent la loi en sa main et ils l'établirent roi. Imposuenmt « ei diadema et lestimoniimi, dederunt ei tenendam legem. « Joïada, souverain pontife, fit la cérémonie de l'onction. « Toute l'assistance fit des vœux pour le nouveau prince et « on fit retentir le temple du cri : Vive le roi ! hnprecatique « sunt ei et dixerunt : Vivat rex. Quoique tout cet appareil t( soit merveilleux, j'admire sur toutes choses cette belle céré- « monie de mettre la loi sur la tête et la loi dans la main du « nouveau monarque. Car ce témoignage que l'on met sur lui « avec son diadème n'est autre chose que la loi de Dieu qui « est un témoignage au prince pour le convaincre dans sa « conscience, mais qui doit trouver dans sa main une force « qui exécute et qui fléchisse les peuples par le respect de « Fautorité. (Bossuet, ibid.).

Et d'injustes fardeaux n'accable point ses frères,

(( Sire vous savez les besoins de vos peuples, le fardeau exc6- « dant leurs forces dont ils sont chargés. (Bossuet, ibid.)

Mais sur l'un de ces rois s'il fallait vous refiler A qui choisiriez-vous, mon fils, de ressembler ? David, pour le Seigneur plein d'un amour fidèle. Me paraît des grands rois le plus parlait modèle.

« C'est pourquoi un roi sage, (il s'agit de David) victorieux, « intrépide, expérimenté, confesse à Dieu humblement que « c'est lui qui soumet ses peuples sous sa puissance. (Bossuet, « ibid.).

Loin du trône nourri, de ce fatal honneur. Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur, De Tabsolu pouvoir vous ignorez l'ivresse Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse.

t< 0 Dieu, donnez à ce prince celte sagesse, cette docilité u modeste et pénétrante que désirait Salomon. Ce serait trop « vous demander pour un homme, que de vous prier, ô Dieu « vivant, que le roi ne fût jamais surpris; c'est le privilège « de votre science de ne pas être exposée à la tromperie. « Mais faites que la surprise ne l'emporte pas et que ce grand « cœur ne change jamais que pour céder à la vérité. (Bossuet, « ibid.).

Daigne, daigne, grand Dieu, sur Mathan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur. De la chute des rois funeste avant-coureur.

« Dieu mêle dans les conseils un esprit de vertige qui fait « errer l'Egypte incertaine comme un homme ivre* (Bossuet).

Ami, depuis deux jours, je ne la connais plus,

Ce n'est plus cette reine éclairée, intrépide...

La peur d'un vain remords trouble cette grande àme.-

Elle flotte, elle hésite, en un mot, elle est femme...

Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire.

« en sorte qu'elle s'égare tantôt en discoure

« extrêmes qui désespèrent, tantôt en des conseils lâches qui « détruisent toute la force de la majesté. Et même lorsque « les conseils sont modérés et vigoureux, Dieu les réduit en « fumée par une conduite cachée et supérieure, parce qu'il

« csl itrol'oiid CM |M'iis(''('s, l('n'il)l(! en conseils, |)ar (l(;ssus les (( cnlïinls (les lioumu^s. » (IJossuol).

IlossucI cl Haciiic tirent donc de. i'Mcriturc des leçons idciili(|nes.

Déploient-ils les mônK^s ([ualités do style quand ils on imitent le lanj;a^e? (iclte ([ucstion, (|ui devait iiK'vilahlcment so présenter dans un travail tel (|ue celui-ci, cxij^o qucl(|ucs (lévoloppcmcnts. Pour Hossuet, il faut distinguer, comme pour Uacine, entre les divers éléments qui sont entres dans la formation de son p;énie.

Sans faire grand état des connaissances purement humaines, Bossuet, à l'exemple de saint Augustin, ne dédaignait pas ce qu'elles peuvent avoir d'utile. 11 avait étudié l'antiquité profane, et il la mettait à profit. Mais dans quelle mesure? M. Nisard nous le dit avec sa précision et son autorité habituelles : « Bossuet était également versé dans les deux antiqui- « tés, il ne s'empoi'te d'aucun côté. »

On a bien de la peine à admettre que Bossuet ait gardé un équilibre aussi j)arfait entre le sacré et le profane. Peut-être a-t-il étudié les auteurs profanes chez les Jésuites de Dijon ou durant les années de son préceptorat. Mais ni au collège de Navarre, ni à Metz, ni durant ses carêmes de Paris, ni à Meaux, Bossuet n'a eu le loisir de lire les écrivains classiques \ Ce n'est pas Virgile qu'il méditait, on voyage, et ce n'est pas pour lire Cicéron qu'il se levait, chaque nuit, après quelques heures de repos. Ses œuvres sont là pour le témoigner. Dans les dixneuf volumes dont elles se composent, on ne trouverait pas vingt pages oii ne se fasse sentir l'influence de l'Ecriture* Combien de fois est-il question des auteurs classiques? La critique littéraire ne cesse de citer la lettre à Innocent XI. Mais, dans cette œuvre officielle et, en quelque sorte, collective, où Bossuet ne semble pas dire toute sa pensée, les classiques n'obtiennent qu'une demi-page. Partout ailleurs %

1. Je no puis comprendre l'attachement et le goût de M*** pour les auteurs profanes. J'en pardonnerais quelques lectures en passant; mais d"y avoir de l'attache Ct d'y trouver du goût, quand on connaît Jésus-Christ! Peut-on goûter des livres où JésuS-Christ ne se trouve point? (Lettre du 27 septembre 1693.)

2. Quelquefois cependant, à propos de comédie ou de philosophie, il cité avec honneur, Aristote et Platon.

Bossuet parle des auteurs païens avec un mélange de dédain et de colère : « Leur Platon, leur Virgile, leur Montaigne; ils « ne savent qu'étaler le beau tour de leur esprit. » De telles dispositions ne sont pas de nature à favoriser l'influence de l'antiquité sur un génie fier et extraordinairement libre. Sous le rapport des idées ' cette influence n'a presque pas laissé de traces dans ses œuvres.

Il n'est pas certain non plus que Bossuet soit redevable de lajutessc de son goût à la littérature profane. La vie de cour a transformé le jeune orateur de Metz et lui a permis d'acquérir cette politesse de langage, ce sentiment exquis des convenances mondaines, qui ont tant contribué à rendre populaires les Oraùons funèbres et les Sermons de l'âge mûr. Le goût de Bossuet, ne l'oublions pas, n'a rien de livresque, comme celui de Fléchier ou de la Bruyère, il ressemble plutôt à la finesse aristocratique d'un la Rochefoucauld. Que si, toutefois, pour expliquer les qualités littéraires de Bossuiît, il faut, à tout prix, chercher l'influence d'une littérature, pourquoi faire remonter tout Ihonneur aux Grecs ou aux Latins, plutôt qu'aux écrivains bibliques? INi les Grecs, ni les Latins n ont le privilège de la mesure et du goût, à l'exclusion des autres peuples. En un sens même, ils sont moins universels et classiques que les Hébreux ^

C'est par la langue que Bossuet se montre réellement disciple et tributaire de l'antiquité. Il parlait latin, depuis le collège, il pensait certainement en latin sur beaucoup de sujets théologiques. Les poésies hébraïques elles-mêmes ne lui parvenaient que par le canal de la langue latine ^ Aussi son style porte-t-il visible aux yeux les plus inexpérimentés, l'empreinte du latin. Il y aurait peut-être lieu d'examiner ici quel est ce latin. Est-ce celui de Cicéron? Est-ce celui des Pères? Tous les deux sans doute, et le second probablement plus

\. Los principes poliliquos de la Grèce lui paraissent « plus spécieux que solides ». Dans le Discours sur l'Hist. Univers, il n'est l'ait qu'une mention relativement rapide de la philosophie et de la poésie grecques. L'admiration pour les Égyptiens et les Romains s'explique par le rapport de leur politique avec la théocratie juive.

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