‹ La bible dans RacineChapitre 105 sur 142 · V. Gandar · texte numérisé non relu

V. Gandar

sons diverses, Bossuet, ayant moins de concessions à faire, donne plus librement cours à ses sentiments intimes. Parmi ces ouvrages, je citerais : les Élévations sur les Mystères, les deux premières parties du Discours sur l'Histoire universelle , la Politique de l'Écriture Sainte, quelques lettres à M"" Gornuau ou à M""" de Luynes, les Sermons de l'âge mur, particulièrement les Sermons sur la Sainte Vierge, ou les Sermons de vôture, sa polémique biblique, comme son Apocalypse et son admirable Dissertation sur Grotius ', enfin certains opuscules comme le Iraiié de la Conciipiscence ou la Vie cachée en Dieu.

Toutes les formules élogieuscs que la critique littéraire a pu imaginer pour la haute poésie et la prose sérieuse conviennent au style de Bossuet. Variété, naturel, élévation, profondeur, richesse, coloris, éclat, mouvement, etc., toutes ces qualités, Bossuet les possède à un très haut degré. Mais la juxtaposition de tous ces substantifs ne donne pas une définition de son style. C'est qu'en un sens Bossuet est au-dessus de la critique. Il est des formules qu'on nous a apprises sur Fénelon, la Fontaine et Molière. Personne n'a trouvé une appréciation satisfaisante du style de Bossuet.

Cette impuissance tient à la force même des choses. Bossuet ne se croyait pas et n'était pas, en effet, littérateur. Tout éloge purement littéraire l'aurait fait rougir, et la Bruyère l'a si bien compris qu'il s'est exprimé sur Bossuet plutôt en historien ecclésiastique qu'en académicien. Remarquez, je vous prie, la différence : à propos de Fénelon il parle de « discours « étudié et oratoire, de facilité, de délicatesse, de politesse », il dit en parlant de Bossuet : « Défenseur de la religion, lumière de l'Église, père de l'Eglise ».

Osons davantage : essayons d'apprécier son style en théologiens.

Au dire de Bossuet, saint Augustin a recueilli quatre fruits principaux de son amour extrême pour la Sainte Ecriture : « Le premier % que lui seul nous a donné dans le seul livre de

1. C'est là que l'apologétique contemporaine pourrait trouver ses meilleures armes contre l'exégèse rationaliste, et c'est là aussi qu'il faudrait chercher l'explication de la haine de M. Renan contre Bossuet.

2. Défense de la Trad. et des Saints Pères, livre IV, chap. xvi.

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« la (loflrino (îlii'cHionnc, plus (l(^ piinripos, pour onlondicî <( rKcriluro Saiulc, jt» ToscM'ai (lire, (|U(^ lous les autnjs tloc- « tours, en ayani ivdiiil, on circl, joule la dootrino aux pro- « miors principos, [)ar cet alu'i'^r- (piCllc no presciil «pic la <( (ihai'iN' ' pI ne diMcud (pic la couvoilistï " », Pour si.» convainoro (pic l'aiilcur du Discours sur l'JIisioirti unicfn'sallc connaissail à \{)\\^\ la il dos syntiièses bibliquos, il suiUt do se i'app(doi' l(^ lilrc et rid('o }j;('n('i'alo do sos priucipaux ouvrages. Quant aux doux principes auxquels il fait allusion, ils n^sumont son propre onseignomont comme celui do saint Augustin. Aucun écrivain n'a mieux établi que Bossuet, les droits do Dieu sur sa créature et le double devoir qui en résulte pour celle-ci. Du second principe pourrait bien découler le dramatique do Bossuet. On a expliqué ce dramatique par la progression naturelle du raisonnement. Mais la logique seule est impuissante à faire naître tant de mouvement et de vie. Démosthènes, qui raisonne avec plus d'ordre et do précision que Bossuet, n'évite pas toujours une certaine sécheresse. Un drame, en effet, est d'autant plus beau, que le sujet en est plus élevé ou touche de plus près aux intérêts primordiaux do l'homme. Et quel combat remplit mieux ces deux conditions que celui de l'esprit contre la chair, l'éternolle révoltée ? Or, dans presque toutes les œuvres de Bossuet, les raisons théologiques sont employées à combattre, au moins indirectement ', le corps de péché dont la seule pensée arrachait à saint Paul son superbe cri de dégoût '.

Ce premier mérite d'avoir ainsi résumé en deux grands principes tonte la dogmatique de l'Ecriture, saint Augustin le devait « à la sainte avidité avec laquelle il s'est attaché, non « seulement au fond et à la substance, mais encore au véné- « rable style du Saint-Esprit. Avidissime arripui venerabilem

1. « Tu aimeras le Soigneux' ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. Tu aimeras le prochain comme toi-même ». Saint Mathieu, XXII, 37-40. V. les Serm. sur la Loi de Dieu et la charité fraternelle.

2. « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'espiùt et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair ». (Gai. V, 17).

3. Dans son opinion, l'orgueil est étroitement uni à la convoitise et cette union lui semble admirablement rendue par le mot de saint Jean : Vorgueil de la vie. Y. le Traité de la Concupiscence.

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