‹ La bible dans RacineChapitre 119 sur 142 · Lui seul, invariable et fondé sur la foi · texte numérisé non relu

Lui seul, invariable et fondé sur la foi

Et bravant du démon l'impuissant artifice. De la religion soutient tout l'édifice.

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[)ai- (le rrdoiilalilcs (''iirruvcs. riiiillaiinu', d'Orange îiicnacail, à la lois, la h'iaiicc cl la |)r(>|)(»n(lt''iaiic-(', <lii calliolicisriic ru Kiir()|)('. D'aiilrc |)arl, le Itniil soui'd (rini|)i(>lc <|iii nioiilail toujours |)(Mni('llail aux claiivoyaiils de j)i<'voir le, xviu' si«'cl(;. liacino a oxlialc' dans les slroplie^ du clKnir- ses anuoisscs religieuses cl palrioliques :

Dieu d'Isriuil, dissipe enfin cette ombre, etc.

Déplorable Sion, qu'as-tu fait de ta;j;loirc?

Combien de t(>mps, Seij^'neur, combien de temps encore, etc.

La pensée des dangers d'Israël est présente à l'esprit des pci"sonnages, tout le temps que dure le drame. Ils ont trop au cœur l'amour de leur pays pour ne pas en souffrir; les fervents, comme Mardochée ', mettent un ciliée et se couvrent de cendres; les soldats de cour en pleurent et étouffent de gros soupirs.

Le ciel même peut-il réparer les ruines?...

Cependant, une condition manquait à Racine pour qu'il pùl

s'approprier ce qu'il y avait de douleurs déchirantes dans les

lamentations. On a dit que la fille de Louis XVI inspirait,

par sa seule vue, une impression de tristesse. Les horreurs

de la Révolution pourraient bien n'être que jeu d'enfants en

comparaison de la prise de Jérusalem. Ces scènes de deuil

bouleversèrent si bien Jérémic et agirent si effroyablement

sur lui, qu'elles le fixèrent, en quelque sorte, pour des siècles,

dans cette attitude unique de l'homme qui a vu les douleurs.

Encore cette idée que le grand public se fait du prophète

est-elle inexacte. Les lamentations du Vendredi-Saint ont

quelque chose de berçant « pareil aux chants plaintifs que

(( murmure une femme à l'enfant qui s'endort » . Mais l'original

a plutôt quelque chose d'effrayant. Tous les professeurs de

littérature font consciencieusement remarquer à leurs élèves

le grand monologue de VOEdipe Roi. Ténèbres épaisses, nuit

horrible, éternelle, irrémédiable. Malheureux, mille fois

malheureux! Gomme je suis déchiré à la fois par l'aiguillon

de la douleur, par le souvenir de mes maux !

1. Un prêtre de Saint-Sulpice, M. Picoté, disait à Louis XIV : « Ah! sire, combien de coups de4iscipline vous m'avez coûtés, »

Mais rappelez-vous le Sédécias de Jérémie : lui aussi confie ses douleurs au coriphée qui représente le peuple Juif :

11 m'a conduit dans les ténèbres

Et non dans la lumière.

Contre moi, il tourne et retourne sa main

Tout le jour.

Il a fait dépérir ma chair et ma peau.

Il a brisé mes os

Des torrents d'eau coulent de mes yeux.

Racine a certainement connu cette poésie : il en a fait l'objet de ses méditations pendant la semaine sainte, mais il n'a pas cherché à la traduire. Et c'est naturel : le prophète avait vu de très près l'immense désolation de sa patrie, il en avait souffert jusqu'au plus intime de son âme. De là les sensations violentes qui plaisent tant à notre goût moderne mais qui devaient étonner Racine.

Ces sensations se modifieront durant la captivité. Sans s'affaiblir précisément, la douleur des Juifs de Babylone prendra un autre caractère. Il est intéressant de chercher dans les psaumes de l'exil l'écho des plaintes de Jérémie. Toujours les souvenirs de la défaite et les tableaux d'incendies, de profanations et de meurtres sont présents à la pensée des vaincus ; mais les douleurs physiques ont cessé, et, seule, la douleur morale inspire leurs plaintes :

Seigneur, Dieu des armées !

Jusques à quand t'irriteras-tu contre la prière de ton peuple?

Tu les nourris d'un pain de larmes.

Tu les abreuves de larmes, à pleine mesure,

Tu fais de nous, un objet de discorde pour nos voisins

Et nos ennemis se raillent de nous '.

De même Jérusalem est considérée comme un être purement moral et ce qui, dans Jérémie, exprime une épouvantable réalité, devient métaphorique chez les psalmistes. Dans les Lamentations, tout est, pour ainsi parler, matériel et tangible. D'un geste tragique, le prophète nous montre les portes de la ville enfoncées dans la terre, les barres rompues, la vierge fille

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