‹ La bible dans RacineChapitre 12 sur 142 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

lisaient le Nouveau Testament dans la version de Denis Amelotte ' et surtout dans la version de Mons. Mais de toutes les Bibles, la plus ancienne et la plus populaire était la Bible de Louvain : on n'en (ira pas moins de deux cents éditions. Mais parce qu'elle s'adressait aux classes inférieures de la société, son archaïsme ne nuisit en rien au développement littéraire du siècle. La diffusion des Bibles de Louvain a donc seulement donné plus de force et de consistance à ce grand mouvement religieux d'où naquirent Esther et AtliaUe. Il ne saurait être question ici de l'Ancien Testament de Mons (la Bible de Sacy) ; cette célèbre traduction ne fut achevée qu'en 1696, cinq ans après Athalie.

Ainsi étudié dans la Vulgate, ou dans les traductions françaises, l'esprit des saints livres se répandait sur toute la vie sociale au xvii" siècle. Les hommes graves émaillaient leurs conversations de textes empruntés à la Sainte- Ecriture, les hommes d'esprit se permettaient quelquefois de les faire entrer dans leurs plaisanteries. Saint Vincent de Paul abordait le lit de mort de Louis XIII avec ces paroles des psaumes : Timenlï Dominuni bene erit in extremis. Et le pieux roi de répondre, sans s'émouvoir : Et in die defunrtionis suœ consolabilur. Qui ne connaît la belle et mélancolique réflexion de la veuve de Montmorency devant le tombeau de Richelieu : Si fuisses hic, frater meus non esset mortuus? Un janséniste, le Père Desmares avait provoqué un jésuite, à une discussion publique sur la grâce. Au jour convenu, le Père Desmares se déroba; les amis des jésuites lui appliquèrent ces paroles du psaume CXIIP : Quid est tibi mare quod fugisti?

Nombre de personnes pieuses érigeaient en système, l'habitude de citer l'Écriture Sainte. Saint François de Sales voyait-il une montagne : J'ai levé mes yeux, disait-il,

1. Bossuet, pour son propre compte, en distribua cinquante mille exemplaires.

INTKODI'C.lin.N XIII

vors les iiioiita^ncs d'où iikî doil v(!iiii"lc secours (l's. C\\, 1); Los liaulc's inonlii|;ii('S sorvcMit de retruili; aux cerfs (Ps. cm, IH). Lainoiilaj:,iie sur laquelle se hàlirala maison du Seigneur sera bàlie sur le haut des monts.

Si des arbres : Tout arbre qui ne porte point de fruit sera coupé et jeté au feu.

Si des lacs : o Dieu, délivrez-nous du lac de l'abîme de misère et de la boue profonde (Ps. XXXIX, 3), où je suis.

Si des fontaines : Jusqu'à quand quitterons-nous la source de vie pour nous creuser des citernes mal enduites? (Jérém. Il, 13).

Les mondains eux-mêmes faisaient une part à l'Ecriture Sainte, dans leurs conversations. La petite société qui se groupait autour de Bossuet, dans la fameuse allée des philosophes, comptait plusieurs laïques comme Galland, Cordemoy, Pellisson et le marquis de Fénelon.

Naturellement, la bourgeoisie se piquait d'imiter l'aristocratie ou la cour et tenait à avoir, elle aussi, ses conférences spirituelles. « Corbinelli est tout pétri dans le mys- « tique, écrivait M"° de Sévigne à sa fille, il y a plus d'un « an, je suis dans cette confidence, tous les dehors de la « place sont si bien pris qu'il ne peut souffrir d'autres lec- « tures.... Il a tiré de tous ces livres cinq cents maximes. « Il va tous les jours chez M""" Le Maigre, très jolie femme « où l'on ne parle que de Dieu, de la morale chrétienne, « de l'évangile du jour; cela s'appelle des conversations « saintes ^ »

Mais c'est dans les circonstances graves, au moment de la mort principalement, que les chrétiens du xvii' siècle demandaient à l'Écriture Sainte des inspirations pieuses. Pendant les six derniers jours que dura la dernière maladie de Fénelon, il ne voulut être entretenu que de la lecture de l'Écriture Sainte.

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