‹ La bible dans RacineChapitre 121 sur 142 · DE LA NATUHE ET DES IMAGES DANS RACINE · texte numérisé non relu

DE LA NATUHE ET DES IMAGES DANS RACINE

Largo part laite à la nature dans Eslher et Alhalie. — Objets et forces de la nature. — Le paysage chez Racine et chez M. Renan. — Images tirées de la vie comuiune : l'agriculture, le blé, la vigne, les cérémonies sacrées, les vêtements liturgiques. — Le style de Racine.

Il est convenu de dire, dans le monde littéraire, que sauf La Fontaine, les écrivains du xv!!*" siècle n'ont pas compris la nature. Je trouverais peu étonnant que les romantiques de 1830 aient pu émettre de telles idées. Mais des critiques de profession ont accepté ces préjugés de jeunes réformateurs et nous les ont transmis intacts. Sainte-Beuve a dit de Racine : « Pour comprendre et aimer la nature, il faut n'être pas jan- « sénistc ». Ce raisonnement «jor/on ne prouve rien. Qu'aurait pensé Sainte-Beuve de celui qui serait venu lui tenir ce langage : Pour avoir de l'onction, une piété aimable et douce, il faut n'être pas janséniste? M. Taine a exprimé avec humour la même opinion que Sainte-Beuve. « La nature, dit-il, vile et « dégradée, n'était (au xvii' siècle) qu'un amas de poulies et de « ressorts, aussi vulgaire qu'une manufacture, indigne d'in- « térêt, sinon par ses produits, utile et curieuse tout au plus « pour le moraliste, qui peut en tirer des discours d'édifica- « tion et l'éloge du constructeur. » Pour faire justice de cette exagération du grand critique, il suffirait, ce me semble, de lui citer un passage pris au hasard, dans les chœurs à'Esther et (ÏAthalie. L'auteur d'une thèse récente a consacré, ànouveau.

la même regrettable tradition. Une seule fois, dit M. Emile Krantz, Racine a nommé par leur nom, les boucs et les génisses ; une seule fois, il a parlé, en deux vers, des petits oiseaux et de toute cette nature sur laquelle s'étend la bonté de Dieu. Et c'en a été assez pour que la critique, étonnée de cette audacieuse exception, citât à perpétuité ce merveilleux exemple.

Puisqu'on ne voit dans Racine qu'un seul exemple de ce genre, résignons-nous à citer tous les autres. La chose n'offrira pas un vif intérêt, tout le monde sachant par cœur, ou à peu près, Esther et Athalie. Mais, si des esprits distingués acceptent les préjugés courants, il faut bien employer les arguments que comporte la nature de ces préjugés.

Comptons exactement. L'idée de lumière est exprimée, sous une forme ou sous une autre, au moins douze fois *. Ceci mérite déjà notre attention. Le mot de lumière sonne haut dans la langue des Hébreux, il est le symbole de toutes les joies et de toutes les félicités. « Plus leur poésie ^ rend les « ténèbres effroyables ^ et terribles, plus elle donne d'éclat « aux yeux brillants du jour et de charme aux douces pau- « pières de l'aurore. »

Tout ce qui, dans le monde physique, peut entrer dans la poésie, a sa place dans les tragédies de Racine : la magnificence de l'univers, le ciel opposé à la terre, le soleil qui anime la nature, les éclairs, les tonnerres, les torrents, les flots de la mer^ les montagnes, les cèdres, les vents, les nuages, l'herbe tendre, la rosée, les ruisseaux tranquilles, les fleurs '', en particulier le lis, la poudre et la paille légère, les bouts de l'univers. Le règne animal n'est pas seulement repré-

1. Il venait révéler... de ses préceptes saints la lumière immortelle. Et la lumière est un don de ses mains.

Le jour annonce au jour...

Quelle Jérusalem... sort brillante de clartés...

0 douce paix, ô lumière éternelle...

Dieu que la lumière environne...

Nous à qui tu révèles tes clartés immortelles.

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