Trois ou quatre fois, au moins
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soiilt^ parles boucs cl l(;s géuissos. On y voil ('ii((»ic Itss chiens dévorants, le lion ruj:;issanl, le ligi'e, le N'opard, les loups furieux et les tendres agneaux. Une bonnes moitié des hymnes du bréviaire romain est (Consacrée au monde physique, (•! (;n particulier à rhislori((U(' de la en'^ation, au lever du soleil, et aux div(M's elVels de la luniièiv. Kniin, eeitains passag«;s A'E.slIwr et iVÀIInilu', ('epcndant dij^ries (rallention, ne rentrent dans aucuiuï des catégories que nous venons d'établir. Ainsi, les re^reis des jeunes Israélites :
0 rives du .louidaiii, ô champs alinrs des deux.
Dira-l-on que tous ces vers de Haeincisont tiop élégants, trop ingénieux, qu'ils sentent trop le bon écolier de Port-lloyal? La critique se montre bien exigeante : elle veut à tout prix une poésie dont on dise « cela est peint », une poésie comme celle de La Fontaine, de Chateaubriand et de Hugo :
« Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe ».
L'ombre où se mêle une rumeur Semble élargir jusqu'aux étoiles Le geste obscur du semeur (Chanson des rues et des bois).
Le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans l'intervalle des arbres et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des ténèbres (Génie du Christian.).
Ces tableaux sont admirables sans doute. Mais, depuis M. Taine, on réduit trop la beauté descriptive à la poésiepeinture faite uniquement de sensation.
Racine nous dit par exemple :
Quand, sur ton sommet enflammé,
Dans un nuage épais le Seigneur enfermé
Fit luire aux yeux mortels un rayon de sa gloire.
11 y a là de la belle peinture, mais il y a plus que de la belle peinture. Dieu, quand bien même il soit enveloppé d'un nuage épais, reste à l'état d'idée pure; le poète ne lui a donné aucun attribut physique. Ensuite, il est permis de voir dans un mot (aux yeux mortels) une très belle intention oratoire. Il en vaut bien un autre le genre littéraire où se mêlent aussi harmonieusement, l'expression de l'idée abstraite, le
tableau du monde matériel et l'art des nuances psychologiques.
Mais s'il fallait absolument des exemples de poésie-peinture, il serait facile d'en trouver chez Racine. On a déjà fait remarquer le vers de Joad :
Et du temple déjà Taube blanchit le faîte.
Il en est un autre moins connu, mais qui peut soutenir la comparaison avec les descriptions regardées comme modèles. Qui n'a admiré le passage suivant de La Fontaine :
A l'heure de Taffût, Soit loi'sque le soleil rentre dans sa carrière... Et que n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour?
Un seul vers suffit à Racine pour nous tracer le même tableau, mais plus net, plus coloré, plus romantique, dirait M. Deschanel :
Sous le pâle horizon, l'ombre se décolore.
Non seulement la nature est belle dans Racine, mais elle est belle d'une beauté biblique. Sans doute, notre poète a moins vivement admiré que les Hébreux, les côtés grandioses ou terribles du monde physique. Mais, chez lui, comme dans la Bible, ce sont les objets de la nature plutôt que ses forces qui sont personnifiés. Il interpelle les collines, les cieux, la terre, les fleuves, comme des êtres vivants :
Levons les yeux vers les saintes montagnes... 0 rives du Jourdain...
Mais, d'un autre côté, selon un usage constant des prophètes hébreux, et contrairement aux habitudes des Grecs, Racine considère la foudre, la pluie, la grêle et les vents, c'est-à-dire les forces de la nature, comme des actes immédiats de Dieu lui-même :
Dieu qui voles sur l'aile des vents...
Ni les éclairs, ni le tonnerre N'obéissent point à vos dieux.
Il commande au soleil d'animer la nature.
Mais oii Racine se montre bien biblique, c'est dans la manière d'unir le monde physique au monde moral. Sur ce point
LA l'oiisii: il.»
le |iimllii'isMi(' conlciMixuaiii ii iiiduil r\\ cnciir h's jxMiilrcs et les (îcrivciins (|ui oui ciicoinbnî (l<( paysaj^cs les salons et les romans, ('es adoralenrs de la natnre licîvraient bien se souvenir des avcilisseinciils dr Joli ' :
Si, en i(»iil('iii|il;iiil le soleil cl. son rof^fird éblouissant,
Si, cil suiv.inl du rcjj;ard la niurclu; supcilu; de; la lune.
Mon cœur s'était oïdlammo en secret,
Si Je l(îur avais jeté un baiser de ma bouclic
J'aui'ais coniniis un lorlait borribic,
J'auiais renié' le vrai Wn\u du ci(d.
Assurément un paysage est un élat d'ame, mais la nature, à elle seule, ne peut interpréter les plus hauts et les plus délicats sentiments du cœur humain. Sa vraie place, dans les œuvres d'art en général, est la seconde, la première appartenant à Dieu ou ti l'honimo! A qui sait les interroger, la parure de la terre, les Ilots de la mer et les étoiles du ciel répondent comme à saint Augustin : Qiiœre super nos, ipse fecit nos.
Les cieux racontent la gloire de Dieu Et rétendue manifeste l'œuvre de ses mains. Le jour instruit un autre jour.
,La nuit en donne connaissance à une autre nuit. Ce n'est pas un langage, ce ne sont pas des paroles Dont le son ne soit point entendu.
Leur retentissement parcourt toute la terre.
Ainsi procèdent les chœurs de Racine. Tout l'univers est plein de la magnificence de Dieu ; donc chantons et publions ses bienfaits. Mieux que cela, le chœur établit un parallèle entre les beautés de la création et les beautés plus hautes de la révélation ^ C'est avoir bien compris l'essence même de la poésie biblique. « Voici comment parle le Seigneur, dit Isaïe : Le ciel « est mon trône et la terre mon marchepied. Toutes ces choses, « ma main les a faites ^ »
Un dernier caractère des descriptions de Racine mérite d'être signalé. Le poète nous montre dans la faune et la flore