Isaïe, LXVl
de l'Orient, non pas ce qu'elles ont de particulier, mais ce qu'elles ont de commun avec tous les autres pays du monde. Cette réserve n'est pas dans le goût contemporain. M. Renan, qui sait flatter ses lecteurs, s'y prend d'une autre façon; il se plait à décrire les épais massifs de fleurs en Galilée, les tourterelles sveltes et vives, les merles bleus, les alouettes huppées, les petites tortues de ruisseau, les cigognes à l'air pudique et grave, les mules dont le grand œil noir a beaucoup de douceur. Cette Arcadic galiléenne ne manque pas de poésie ; mais quiconque la prendrait au sérieux risquerait fort de recueillir des notions géographiques d'une fidélité douteuse. Elle ne convient pas non plus à l'austérité du christianisme ni, à plus forte raison, du judaïsme. Mais surtout elle est incomplète : elle laisse entrevoir seulement un coin des paysages bibliques. La nature telle qu'elle apparaît dans les livres saints n'est pas exclusivement celle des pays méridionaux. On a remarqué que dans ses caractères physiques, la Palestine présente, sur une petite échelle, un abrégé des caractères propres de toutes les régions, montagneuses et désertes, septentrionales et tropicales, voisines et éloignées de la mer, abondantes en pâturages, arables et volcaniques K Ce fait a eu son eff"et naturel sur la zoologie de la contrée. En nul autre lieu, pas même sur le versant méridional de l'Himalaya, on ne rencontre ainsi rapprochée la faune caractéristique d'un si grand nombre de régions et de zones différentes.
Les beautés de cette nature — avec toute leur variété naturellement — se réfléchissent dans les peintures des auteurs sacrés. Le mieux sans doute, pour un imitateur, serait de conserver cette variété des originaux ; mais à faire un choix parmi tant de couleurs difficiles à harmoniser dans un même tableau, ne vaut-il pas bien mieux s'en tenir à celles qui nous sont familières? De la sorte, le poète ne décrit que ce qu'il a vu et très bien vu.
Il délivre ainsi les lecteurs un peu difficiles d'une inquiétude, en quelque sorte, inévitable. Les romans ont si bien mis à la mode un certain exotisme de mauvais aloi qu'un peu