‹ La bible dans RacineChapitre 124 sur 142 · Smith. Sinai and Palestine · texte numérisé non relu

Smith. Sinai and Palestine

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d(.' (l(''(i{inco paraît Ic'-j^itinic. Il (îst Iri'S aj^r('aljlu de voii" aller tic pair les merles bleus et les cigoj^iies |)U(Ji(|ucs; mais il est pénible de se demander si en peignant d'aussi belles choses, l'auleur n'a pas ec-di' à ses vieilles habitudes de discrète irctnie. Avec Racine, on n'a pas de ces craintes. Onjouit délicieusement de ses vues sur une nature adm i rabie en soi , et qu'après examen on trouve encore bibli(|ue. D'ailleurs un des caractères de la litlératuie hébraïque est l'universalité. Aussi bien que les Grecs, les llébreux ont écrit pour les hommes de tous les temps et de tous les pays. Leurs descriptions ne font pas exception à celle règle. S'il fallait en croire un exégètc allemand (Michaelis) les images de la littérature giccque et celles de la littérature hébraïque proviendraient d'une môme source. '

La critique doit donc une réparation à Racine. Qu'elle reproche au courtisan de Versailles, à l'ami de laChampmêslé, de n'avoir pas compris la nature, rien n'est plus juste '^. Mais il faut mettre à part l'auteur A'Esther et à'Athalie, des cantiques spirituels et des hymnes du bréviaire romain. A Port- Royal et à Uzès, Racine avait chanté, d'une voix encore inexpérimentée, les charmes de la campagne; à Versailles, il était trop occupé dans les salons pour regarder par les fenêtres. La piété et la lecture de la Bible transformèrent cette âme impressionnable à l'excès. Après sa conversion. Racine préféra aux splendeurs de Versailles les magnificences de l'univers : il trouva un charme infini à s'égarer, en un secret vallon, sur le bord d'une onde pure, à contempler les jeunes lis plus richement tissés que les vêtements du Salomon moderne.

Parce que tout ce qui a trait à la nature dans Racine est emprunté aux livres saints, on n'ira pas soutenir, je suppose, que c'est là une imitation purement littéraire. La Fontaine s'est inspiré de Virgile pour célébrer l'ombre, le frais et les sombres asiles de la solitude. Personne n'a dit cependant

1. Voir aussi : Les emprunts d'Homère au livre de Judith (abbé Fourrière).

2. Il y a cependant quelques exceptions dans Bérénice, Iphigénie, Britanniciis et Phèdre.

qu'il ne sentait pas les beautés de la campagne. Racine a droit à la même largeur d'appréciation.

Mettons-le sans hésiter à côté des grands tragiques qui ont su encadrer des scènes d'horreur dans une nature fraîche et belle. Les Français louent sans fin le rossignol de Golone, la prairie d'Hippolyte, l'alouette de Vérone, les nénuphars d'Elseneur, les martinets du château de Duncan, et, en cela, ils font preuve de goût et de large équité. Mais pourquoi rougiraient-ils des petits des oiseaux comme de quelque chose d'insignifiant ? Pourquoi affecteraient-ils d'ignorer des vers comme ceux-ci :

Que du Seigneur la voix se fasse entendre Et qu'à nos cœurs son oracle divin Soit ce qu'à l'herbe tendre Est, au printemps, la fraîcheur du matin ?

Toujours la même propension à accepter les jugements de l'étranger. Nous nous engouons d'Ophélie et de Marguerite, nous les glorifions en prose, en vers et en musique. A peine si l'on parle quelquefois de Pauline et d'Andromaque : le grand public ne sait pas leurs noms. Je crois pouvoir le dire bien haut : Racine peintre de la nature peut soutenir la comparaison avec n'importe quel tragique. Aucune pièce de Sophocle, pas même Œdipe à Colone ne fait à la nature une part aussi belle quEsthe?^ ou Athalie. J'en dis autant des œuvres d'Eschyle, sauf peut-être du Prométhée, où les forces de la nature elles-mêmes deviennent les personnages du drame . Euripide, il est vrai, a semé à profusion dans ses tragédies les descriptions poétiques. Mais Racine l'emporte de beaucoup sur lui, par l'a propos, l'éclat sobre des couleurs et la pureté du sentiment religieux. Shakespeare seul doit être mis hors de pair. Mais, même après les touches fougueuses et hardies du poète anglais, il y a grand plaisir à admirer la pureté de lignes et le coloris finement nuancé du poète français. Les tableaux de Racine ressemblent à certaines toiles de l'école italienne. Au premier plan apparaissent, sous de mystérieux portiques, des personnages appartenant au monde théocratique, puis, à travers des colonnes ornées de festons magnifiques, on voit un paysage de Judée, des massifs de cèdres ou

i\o pnlmiors sur dos nionlagiics l)}ii^ii(^(*s «l'uno adminihic lumir»rn '. Ou bi(ui c'osl uno M(>n^ admirahlo -, IcMo (juc nous nous liguions la douce Josaix'illj, au pied de la{|U(dle s'épanouil un suporbc lis des vallées. Par un eiïel curieux do la porspt^clivc, lo lis s'dlôvc au dessus dos (îaux bleues d'une campagne lointaine.

Les poètes hébreux s'inspiraient fréquemment des choses de la vie commune et, on particulier, de la vie agricole. Israël aimait à se rappeler les jours où ses ancAtros ne s'occupaient que de leurs troupeaux, et ces souvenirs trouvaient un écho dans ses chants :

Jéliovah est mon pasteur, rien ne peut me manquer.

Il me fait reposer dans de gras pâturages,

Il me conduit le long de paisibles ruisseaux, etc.

La culture de la vigne était aussi très en honneur. Isaïe en a tiré ses plus hardies et ses plus riches comparaisons :

Quel est ce guerrier qui vient d'Edom,

De Bosra, en vêtements rouges, en habits éclatants?

Pourquoi tes habits sont-ils rouges

Et tes vêtements comme les vêtements de celui qui foule dans la cuve?

J'ai été seul à fouler au pressoir.

L'aire oiîi l'on vanne le blé a été encore plus souvent prise pour terme de comparaison.

Racine ne semble pas avoir été beaucoup frappé par ces images. Une seule fois, il a parlé de la paille légère que le vent chasse devant lui. Et cependant, il avait vu quelque chose du spectacle décrit par les poètes bibliques ; il écrivait d'Uzès à la date de 1662 : « La moisson est déjà fort avancée, elle se « fait fort plaisamment, ici, au prix de la coutume de France; « car on lie les gerbes à mesure qu'on les coupe. On ne laisse (( pas sécher le blé sur la terre, car il n'est déjà que trop sec, « et, dès le même jour, on le porte à l'aire oîi on le bat aussitôt. « Ainsi, le blé est aussitôt coupé, lié et battu. Vous verriez « un tas de moissonneurs, rôtis par le soleil, qui travaillent « comme des démons et, quand ils sont hors d'haleine, ils se

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