V. Renan, id
« dit Pascal ; une graine jetée en bonne terre produit, un prin- « cipe jeté dans un bon esprit produit. » On voit la conséquence : ridée qui germera participera à la fois du principe dont elle sort et du sol, je veux dire de l'esprit où elle puisera la vie, et ceci fait comprendre l'admirable justesse du mot de La Harpe : « Joad est un prophète d'Israël qui parle en Français. »
Il va, sans dire, que la traduction de Racine est une œuvre originale dans toute la pleine acception du mot. Ses poésies religieuses rentrent dans la catégorie de ces ouvrages dont La Fontaine a dit :
Mon imitation n'est point un esclavage.
Racine a mis plus du sien dans Esther ciAthalie qu'Amyot dans les Vies de Plutarqiie. Les titres de propriété sont même plus visibles chez lui que chez Molière ou Shakespeare. Ceux-ci, et personne ne songe à les en blâmer, prennent leur bien où ils le trouvent, mais en grand. Des morceaux considérables de VAuhilaire, par exemple, ont passé dans l'Avare sans transformation sensible. Il est vrai que Molière a su ajouter, ou un mot, ou une circonstance qui en change complètement le caractère ; mais, en définitive, ces morceaux n'ont été que transposés. Racine a plus de scrupules : il n'est pas une seule citation hébraïque qui ne porte l'empreinte de son génie. Pendant les premières années de ce siècle l'imitation savante a été peu en faveur. Comme Démocrite, les romantiques du temps n'estimaient que les dons naturels du génie, et ils goûtaient peu les poètes qui ont composé laborieusement de petits chefs-d'œuvre. Ils s'éprenaient d'une belle passion très exclusive pour les poètes aux fécondes inspirations, Eschyle, Shakespeare, Hugo. De nos jours, on semble mieux apprécier l'art mis au service du génie. Un poète savant comme Racine nous montre, sinon tout le monde primitif dont il s'inspire, du moins tout ce qui, dans ce monde, est de nature à nous plaire le plus, et, en même temps, dans ce tableau du passé, il sait introduire la peinture d'une époque moins poétique, mais très intéressante, et d'un état d'âme complexe entre tous. N'estce pas une fête pour l'esprit de voir réunis dans la défense de