‹ La bible dans RacineChapitre 131 sur 142 · V. Paul Meaaard · texte numérisé non relu

V. Paul Meaaard

I,.\ l'ui';slK 2 .'{.']

seau, Villomain a dil sur la luiluni de son imilalion \o mot (l(Miuilir. (Juaul aux ('Irauf^crs, nous nous conlcnlcroiis d'rludior le plus (M'Iôhic d'ciiiic! (;ux, Millon.

Laniailiiic a souvcnl |)uis(^ dans los saints livres. Après son propri^ cu'ur, c'csl la \\\h\r ([ui lui a iiispiir ses plus nombreux et ses plus beaux accents. L'érudiliou du poèlc riait assez légère. D'ordinaire, il cdlébrait ses passions, sa mélancolie, ses voyages, les charmes d'KIvire, rpielques vagues aspirations religieuses, certains aspects de la nature. Il développait, en poète orateur, des idées sonores, très goûtées à cette époque : l'émancipation, la liberté, le progrès, la fraternité, la paix universelle, et il semblait alors qu'il eût parcouru tout le cercle de ses idées. Quand (lorneille avait fait vibrer les trois ou quatre grands sentiments de l'âme humaine, il lui restait encore le monde romain. Hugo, en dehors même des sentiments de famille, trouvait toujours un thème à développements dans le décor de Thistoire. Plusieurs poètes contemporains ont demandé à l'étude approfondie des théories philosophiques ou d'une partie du corps social, des idées et des sentiments. Lamartine était trop grand seigneur pour se donner tant de peine. Il ouvrait la Bible, presque toujours au livre des psaumes et y lisait avec ravissement les plaintes mélancoliques et les prières ardentes des auteurs sacrés. Il s'animait à cette lecture, il évoquait les souvenirs d'une Jérusalem idéale, il entrevoyait dans un temple, aux contours indécis, la harpe immense du poète roi et il apostrophait cette harpe :

Viens sur mon sein, harpe royale, Écoute si ce cœur égale Tes larges palpitations.

Le temps a marché depuis Lamartine : le poète est devenu un ancien pour notre génération, et il est permis de croire que la critique peut donner à sa question une réponse à peu près définitive. Hélas! non, le cœur du poète n'égale pas les larges palpitations de la lyre de David.

Je remarque d'abord dans les poésies bibliques de Lamartine une imitation très sensible de Racine lui-même. Chose d'au^

tant plus curieuse que, dans ses po(^sies profanes, Lamartine nous apparaît comme très indépendant par rapport aux écrivains du xvn' siècle. Et il ne prend pas seulement de son devancier les tours et les lois, mais l'expression clle-môme. Le début de la mort de Jonathas ressemble étrangement à l'entrée de Phèdre.

Mes yeux s'appesantissent Et mes genoux, sans force, à chaque pas fléchissent *

Avec la précision en moins, c'est le langage de Phèdre :

Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,

Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.

Ma force m'abandonne, dit encore Jonathas ; ma force m'abandonne, avait déjà dit la Phèdre de Racine. Dans une cantate pour les entants d'une maison de charité, Lamartine parle du lis comme du symbole de l'innocence :

Voyez sur la verdure Éclater le lis du vallon ^.

Il est impossible de ne pas reconnaître, dans ces mots, une réminiscence du second chœur d'Athalie. Mais oii l'imitation frappe le plus l'attention c'est dans le passage suivant des Recueillements j^oétiques. Je me contente de le mettre en parallèle avec les vers de Racine.

D'où vous vient, ô mon roi, cet effrayant augure? (Lamartine)

D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment? (Racine)

Quel appui, Dieu puissant, reste-t-il à ta cause.

Sur quels héros laut-il que mon bras se repose?

Un viellard, un enfant, une femme et des pleurs.

Voilà donc mon espoir, voilà donc tes vengeurs. (Lamartine)

Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle

Des prêtres, des enfants, ô sagesse éternelle. (Racine)

Cette imitation presque servile n'est pas heureuse. D'abord parce que Lamartine délaie Racine et rien de plus, ensuite parce que d'une manière générale il ne faut pas imiter ses compatriotes. Ils n'étaient pas si illogiques les Romains qui se glorifiaient de n'être que les traducteurs des Grecs et qui

Page 1