XVI INTRODUCTION
du xvi' et du xvii' siècles vers l'étude de la Bible. On a peine à compter les odes, tragédies, épopées qui se donnent comme inspirées de l'Ecriture. Pendant assez longtemps, il fut de mode d'expier les errements de jeunesse par des traductions de psaumes. Mais parmi tant d'écrivains, pouvons-nous trouver quelque ancêtre littéraire de Racine?
Il faut d'abord exclure Marot de cette lignée glorieuse. Les exigences de la liturgie protestante ont valu à ses psaumes une réputation usurpée. Fabuliste ingénieux, fin épigrammiste, épistolier poétique de premier ordre, Marot en écrivant des psaumes, a forcé son talent. Le jugement de Sainte-Beuve qui semble sévère est cependant empreint d'une excessive indulgence. Non seulement le flageolet de maître Clément n'est pas de force à accompagner la harpe du Roi-Prophète, mais il sonne sensiblement faux. Qu'il raconte ses exploits de jeunesse, qu'il apitoie François P' sur sa misère ou qu'il décoche quelque trait contre les gens d'Eglise, Marot nous apparaît toujours comme un grand écolier frondeur, en rupture de ban. Aussi s'applique-t-il à la traduction des psaumes avec une mauvaise grâce évidente ; il ânonne, il récite ses vers comme un pensum. L'archaïsme qui est un des charmes de son élégant badinage donne à ses psaumes un air de décrépitude. Je ne sais rien de plus ennuyeux qu'une lecture prolongée de ses traductions prétendues bibliques. C'est que Marot n'avait pas assez fréquenté les barbes du Val d'Angrogne ; il manquait absolument de fanatisme. Son genre de vie semble même prouver qu'il n'avait pas de bien fortes convictions religieuses.
Ni les titres bibliques, ni les brillants souvenirs de l'histoire juive ne font défaut aux tragédies du xvi** siècle. Il est permis de supposer que quelques-uns de leurs auteurs entretenaient avec les écrivains sacrés un commerce assez intime. Le Jephté de Florent Chrestien débute par un prologue à la manière d'Esther :
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J(; suis (lu Jlaiil-Tonii.iiil. incssjiK»''' cmpcnrK;, Qui suis ]);irli du ciel, Dieu ruyaiil. ordoiiiK!, l'oiir vcinir dans ce lieu où maintenant habile, Dans la maison d'Isac, le peuple Israélite.
Un chd'iirdo vicrj^os iMMifcrmniin polit l.a])loau liisloriqiic de la sortie (ri']}:,ypte '. Ailleiii's, le poète prèle à ses héros des prières ei des professions de foi qui font penser à certains passages iVEsl/ier ^ et de Polyeucle \
A coté de Florent Chrétien on pourrait citer d'autres poètes comme ncsmazui'os ou Jean de la Taille auxquels rimilatioii (h' la lîihle a valu de grandes et fortes inspirations. Malheureusement, pour réaliser leurs excellentes intentions littéraires, ils ne disposent que d'un art rudimentaire et d'une langue bien imparfaite.
Je ne ferais pas même une exception en faveur de Robert Garnier. Il est vrai que M. Faguet a cru devoir appeler les Juives, VAthalie du xvi" siècle. A première vue, l'éloge semble exagéré. Cependant, avec beaucoup d'habileté, M. Faguet relève dans les Juives d'incontestables qualités dramatiques qui jusqu'à un certain point, justifient son admiration. Mais si dans le chef-d'œuvre de Garnier nous considérons l'inspiration biblique, la comparaison de M. Faguet a quelque chose de choquant. Les Juives n'échappent pas aux défauts ordinaires des tragédies de second ordre. Pour remplir cinq longs actes, il a bien fallu que Garnier eût recours aux petites habiletés des
1. Nous que les flots n'ont jamais combattu En la fureur de la mer écumeuse, etc.
2. 0 Dieu Père Souverain Dont le pouvoir indicible Appaise le flot marin
Dieu qui fais trembler la terre Dans son stable fondement
3. Car Dieu n'est ne bois ne pierre Ny ce que l'ouvrier humain Grave d'une docte main
Ny quand détrempant sa terre Il forme un visage vain.