‹ La bible dans RacineChapitre 16 sur 142 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

auteurs de drames classiques. 11 n'a su éviter, ni les longues tirades, ni les confidences, ni les considérations morales qui précèdent ou suivent les événements, ni les coups de théâtre prévus, ni les scènes sanglantes et outrées. La Bible n'a rien de commun avec cet appareil tragique. Au lieu de Nabuchodonosor, mettez Pyrrhus ; à la place d'Amital, supposez Andromaque ; quand on vous dit Sédécie, pensez à OEdipe, et vous aurez un mélange de deux histoires d'origine grecque et d'un caractère classique très prononcé.

— Mais les chœurs révèlent une étude plus sérieuse des auteurs sacrés. — Sans doute, les adieux des vierges Israélites à leur patrie ne manquent pas de grâce :

Disons adieu, mes compagnes, A nos chétives montagnes, Où le Jourdain doux coulant Va sur le sable ondulant,

Il ne faudrait cependant pas s'exagérer la couleur locale d'un morceau qui ne compte qu'une seule expression vraiment biblique \

Dans un second chœur, Robert Garnier s'essaie à traduire le beau psaume GXXXVIP (de l'hébreu) :

Sur les bords des fleuves de Babylone Nous étions assis et nous pleurions^

Mais ne s'avise-t-il pas de choisir pour exprimer ces graves sentiments un rythme sautillant et léger qui semble inviter aux danses joyeuses? Les expressions, toutes empruntées au vocabulaire païen du xvi' siècle, concordent avec le rythme, en sorte que, malgré soi, on pense, non pas aux religieuses et patriotiques strophes du psalmiste, mais aux plus gracieux couplets de Ronsard ou de Remy Belleau :

i. Terre promise du ciel

Toute ondoyante de miel.

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