‹ La bible dans RacineChapitre 18 sur 142 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

ribles et sombres tableaux où se complaît d'Aubigné. D'abord son génie original manque trop de souplesse pour s'assujettir longtemps à une imitation môme indépendante et large. Le poète recherche évidemment les souvenirs bibliques, mais il se laisse détourner de son but, à chaque pas, par ses souvenirs littéraires. Aucune œuvre poétique n'offre peut-être, autant que les Tragiques, un mélange bizarre de sacré et de profane. Mucius Scévola y coudoie Gédéon, Mercure s'y heurte à David, les Alpes s'y rencontrent avec le Jourdain.

Puis, la violence de ses colères permanentes empêche d'Aubigné de voir autre chose que les malheurs de son temps. Sans doute, il met des noms antiques en tête ou au milieu de ses longues tirades, mais il ne perd jamais de vue le triste présent, il pense toujours à la France. — Lisez les Misères^ les Flatteurs et vous verrez que le sombre huguenot est comme hypnotisé par la guerre civile — ce dont il se vante d'ailleurs '. Sauf quelques instants, où il sourit non sans grâces -, d'Aubigné a sans cesse des visions de pendaisons, d'incendies et de meurtres ; il se figure les fleuves de France toujours rouges du sang de ses coreligionnaires. Où l'émotion même sincère prend de telles proportions, l'art perd tous ses droits. D'Aubigné qui se montre quelquefois grand poète, nous apparaît trop souvent comme un épileptique ou un déclamateur.

Pour trouver dans la littérature française un poète qui ne soit pas trop indigne de la Bible, il faut descendre jusqu'à Malherbe. Ce n'est pas qu'il ait beaucoup emprunté à la poésie des Hébreux. Malherbe a tenté quatre fois de faire passer dans notre langue les beautés de l'Écriture. Sur ces quatre tentatives, il en est bien trois de malheu-

1. Je n'excuse pas mes cscrits Pour ceux-là qui y sont repris jMon plaisir est de leur déplaire.

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