‹ La bible dans RacineChapitre 2 sur 142 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

lionnelle et approfondie que la France catholique faisait de la Sainte Ecriture, au xvii° siècle.

De singuliers préjugés ont cours parmi les gens du monde. Bien des hommes instruits ne sont pas éloignés de croire que l'Église défend la lecture des Livres Saints. Rien de plus inexact et de plus injuste. Sans doute, l'Eglise entoure de précautions la lecture de la Bible ; mais qui oserait l'en blâmer? Luther qui avait livré la parole de Dieu en pâture à tous les buveurs de bière d'outre-Rhin ', Luther disait quelques jours avant sa mort : « Grande et dif- « ficile chose que d'entendre les Écritures. Il faut avoir « passé cinq ans à labourer, pour comprendre les Géorgi- « ques de Virgile, vingt ans dans le maniement des affai- « res, pour voir clair aux Épitres de Cicéron, cent ans « avec le prophète Élie, Elisée, Jean-Baptiste, le Christ et « les Apôtres, pour déguster les Livres Saints ».

Il est naturel que l'Église n'ait pas voulu livrer aux chiens la nourriture spirituelle de ses enfants, surtout à une époque où l'esprit sectaire abritait, sous l'autorité de la Bible, ses pires extravagances. De là, ces sages précautions que Fénelon a si bien formulées, dans sa lettre à l'évêqued'Arras: «Ma pensée, dit-il, est qu'il ne faut jamais « séparer ces deux maximes de l'Église; l'une est de ne « donner l'Écriture qu'à ceux qui sont déjà bien préparés « à la lire avec fruit, l'autre est de travailler sans relâche « à y préparer le plus grand nombre possible de fidèles. « On sait qu'au xvii*" siècle, grâce à une forte instruction religieuse, la première de ces deux catégories comprenait la presque totalité des classes dirigeantes. La Bible embrassait et pénétrait la vie morale tout entière de l'aristocratie et de la bourgeoisie.

Avant même que l'enfant vint au monde, le père ou l'aïeul cherchait, dans l'Écriture, les paroles que la Pro-

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