XXII INTRODUCTION
Il n'y a pas lieu de parler ici de la Politique tirée de V Ecriture Sainte, cet ouvrage n'ayant paru qu'en 1709, cinq ans après la mort de son auteur, dix-huit ans après Athalie.
L'ouvrage de Fleury ne jouit pas d'une réputation usurpée. C'est un exposé de l'histoire d'Israël, un peu sec, mais clair, méthodique, savant à la façon du xvii° siècle qui n'est peut-être pas la plus mauvaise, plein d'idées justes et d'aperçus ingénieux. Malgré toutes les ressources scientifiques dont elle dispose, l'exégèse de nos jours n'ajouterait pas beaucoup aux conclusions de Fleury. Elle aboutirait au même point par une route beaucoup plus longue.
Cependant les Mœurs des Israélites v^' oni pas pu inspirer un poète comme Racine. Fleury s'applique consciencieusement à décrire les occupations des Israélites, leurs meubles, leurs maisons, leur nourriture, leurs plaisirs, leurs traditions administratives. Mais toutes ces choses qui constituent la vie publique des peuples, ont pour l'historien d'Israël une importance bien moins considérable. Racine n'en a rien ou presque rien dit, et personne n'a le droit de l'en blûmer.
Mais, là même où Fleury s'en tient à l'essentiel de son sujet, il manque d'élévation et de largeur il reste trop didactique et s'attarde un peu aux détails. Chose plus grave! il ne semble pas avoir compris avec quel esprit il convient d'aborder l'histoire d'Israël. Il consacre quatre pages aux habits des Israélites, cinq à leur agriculture et six à leur religion.
Cette religion elle-même, sans doute, il en expose les principaux dogmes avec exactitude, mais il n'insiste pas assez sur l'invincible attachement qu'elle inspirait aux Israélites, il ne dit rien de ses vicissitudes, de son importance dans l'histoire générale du monde. A propos de la captivité, Fleury aurait pu et dû nous expliquer la grande crise que subit victorieusement la foi des Israélites. 11 se contente de nous dire que le peuple élu changea de nom.
INTHODUC.TION XXHI
ol. hi(;n vito il so jellc (huis une digression sur les Grecs el les Romains.
Va) sont là de graves défauts. Ils tiennent tons à ca fait que Fleury, pour vouloii* trop s'occuper de ses contemporains, négligeait souvent l'objet propre de son travail, il désirait surtout donner àses lectiîurs une haute; idée des Israélites, et, dans vu but, il relevait cliez eux tout ce que le xvii" siècle estimait fort : la noblesse, les points de ressemblance avec l'antiquité classique, la politesse et la délicatesse mondaine. Un poète, un historien, ou un théologien aurait trouvé des choses intéressantes à nous dire sur les patriarches. Le précepteur des fils du prince de Conti s'occupe de généalogie. On sent que, s'il osait, il parlerait volontiers blason et quartier. « Leurs familles, « dit-il en parlant des patriarches, leurs familles étaient a fixées et attachées parla même loi à certaines terres où « elles demeurèrent nécessairement, pendant les neuf « cents ans dont nous parlons. » — Ceci est exact et peut même avoir son importance dans l'histoire du peuple hébreu. Mais Fleury se croit obligé d'ajouter aussitôt : « Or, il me semble que nous estimerions bien noble une « famille qui montrerait une aussi longue suite de généra- (( tions, sam mésalliance, et sans changement de demeure. « Il y a peu de seigneurs, dans l'Europe, qui puissent en (c trouver autant. »
Ailleurs, Fleury donne des détails sur les métiers en honneur parmi les Israélites : « Tout ce qui sert à la nour- « riture se faisait dans les maisons. Les femmes faisaient «■ le pain et préparaient à manger ; elles filaient la laine, « fabriquaient les étoffes et faisaient les habits. » Eh quoi ! se seraient écriés les salons, on ne voyait donc parmi les femmes israélites que des boulangères, des fileuses, des cuisinières, et des couturières? ^ Fleury avait prévu l'ob-