XXIV INTRODUCTION
jection : « Homère, dit-il, décrit le bonhomme Eumée se « faisant lui-même des souliers et dit qu'il avait bâti <( les étables magnifiques des troupeaux qu'il nourrissait. « Or, l'autorité d'Homère me parait fort grande en tout « ceci. »
De telles préoccupations n'indiquent pas chez Fleury un sens bien profond de l'histoire. Elles l'ont amené à établir constamment, comme Josèphe, une sorte de parallèle entre Israël et l'antiquité paienne. Travail souvent inutile, car il a moins pour but de faire progresser la science que de dissiper des préjugés surannés.
Les Mœurs des IsraéVites constituent une sorte de manuel correct et sagement rédigé, à la fois surabondant et incomplet, que Racine a pu consulter quelquefois avec profit.
En somme, l'auteur d'Athalie n'a pu connaître qu'une source puissante d'inspiration : la seconde partie du Biscours sur l'histoire universelle. Beaucoup d'idées fausses sont aujourd'hui très répandues sur cette œuvre magistrale. Dans un ouvrage qui, certes, n'a aucune prétention scientifique, mais qu'on trouve encore entre les mains de plusieurs milliers de jeunes gens, on lit des appréciations comme celle-ci : « A ces douze tribus perdues parmi tant « de nations comme des grains de sable dans l'Océan, « Bossuet subordonne les vertus, les grandeurs, les arts, a les sciences et la civilisation de l'Orient et de l'Occi- « dent, d'Athènes et de Rome. »
Il est profondément regrettable qu'après les travaux de l'exégèse contemporaine \ on donne encore à la jeunesse de pareils enseignements. Quel que soit le point de vue auquel on se place, l'histoire d'Israël a une importance exceptionnelle. Aux yeux de tout vrai penseur, c'est la première de toutes les histoires, car depuis deux mille ans
1. Voir les conclusions déjà anciennes de M. Renan, dans les Éludes d'histoire reliffieiise.
INTItODICTION NXV
lii porlion In plus (''cliuiTc tic riiiiinimilc' vil, cii j;r;ui(lr |»;ii'li(*, (les idées cLtlcs souvenirs du |)('iipl(î juif. (Ji\ cette histoire, IJossuet Tembrasse d'un |)éiiéti'aiit et vaste rej^ard. Il iit''f;li^v les (hMaiiscic la vie matérielle «jne h'hîury avait ('•liidiés avec tant de soin, pour s'attaeher uni(iuenient à ridée relij;ieuse, mais ù Tidée religieuse concrète et V ivante, personniliée dans Moïse, défendue ))ar les prophètes contre les ennemis du dehors et du dedans, rendue tanj;ible par les cérémonies sacerdotales. Les diverses ])hases de la reliji,ion juive, se déroulent sous nos yeux, comme les tribus du peuj)le hébreu lui-même se déroulaient sur le sable du désert. La politique, toujours subordonnée à ridée religieuse, fait corps avec elle et ajoute ainsi à la vie générale de l'œuvre. Je ne sache pas qu'on trouve dans l'histoire de l'esprit humain un pareil exemple de résurrection historique. Bossuet ne raconte pas, il n'expose même pas, il fait revivre les hommesetles faits, il applique aux uns et aux autres des appréciations hiératiques et désormais immuables, il prophétise à son tour, et il chante, dans un style qu'on croirait emprunté aux cantiques de Moïse, « cette religion qui est au-dessus de toutes les pensées humaines et digne d'être regardée comme venue de Dieu même ». Est-ce de la théologie? est-ce de l'histoire? est-ce une épopée? est-ce du lyrisme? C'est tout cela, en môme temps, mais la poésie domine, elle vivifie toutes choses, elle jaillit de toutes parts, comme l'eau ruisselle, au flanc des hautes montagnes.
C'est à l'école de Bossuet, que Bacine a pu apprendre comment on fait parler français aux nabis de l'Ancienne Loi.