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Préface des Variations

MONOTHEISME

Accord de la critique moderne et de la théologie traditionnelle sur le monothéisme des derniers temps de l'histoire juive. — Le Dieu de Racine à. la fois terrible et doux, le Dieu du prophétisme. — Attributs de Jéhovah, ébauche de la Trinité chrétienne. — Influence de Dieu dans Alhalie sur l'action et sur chacun des personnages. — Les dill'érents noms de Dieu.

La religion que, d'après la tradition chrétienne, Racine attribue aux Juifs, c'est tout simplement le monothéisme. Il l'expose quelquefois dans ses lignes générales, d'une manière très nette et très explicite, mais le plus souvent, il procède par allusions ou sous-entendus.

Cette conception théologique de la religion primitive d'Israël n'est plus admise par l'exégèse contemporaine. Sans doute, tout le monde s'accorde à reconnaître que les anciens Hébreux ont toujours adoré Jahvé '. Mais, d'après la critique rationaliste, en même temps qu'à ce dieu national, ils auraient rendu un culte à d'autres divinités, en d'autres termes, ils auraient pratiqué une manière de polythéisme. La seule différence de leur olympe avec l'olympe hellénique consisterait en ceci, que le maître des dieux juifs serait plus fort et moins tolérant que Zeus. Peu à peu, les éléments supérieurs de cette vieille religion se seraient dégagés, sous l'influence du prophétisme, et une assez grossière monolàtrie serait devenue, par une évo-

1. M. Renan se sépare sur plusieurs points importants de l'école Grafienne, nous en dirons un mot, tout à l'heure. Voir aussi Piepembring. La Religion primitive des Hébreux:

LA RKLH'iION .II.IVK .)

Iiilioii l(Mil(', pur nioiioIlK'ismc. .I;iliv('' aiirail iihsorhf' lous IcîS ;nil.i'Os (lieux, dans sa pcrsunnalilé puissante, el scr.ijl ;iin'ii devenu le seul protecteur religieux d'isracd.

Il n'y ti pas lieu de discuter cette Ihdoric; nous n'avons qu'à retenir sa conclusion ([ui est celle-ci : A un moment, le monotiiéisnie a été universellement reconnu comme la religion de Juda, ou du moins, de ses classes dclairdcs et de lout le parti nalional. I)(^ l'aveu de lous, Racine avait donc le droit de mcllre le monothéisme à la base des idées religieuses qu'il expose dans ses deux tragédies.

Mais quel devait être et quel est, en effet, ce monothéisme? Théoriquement il ne peut y en avoir de plusieurs sortes. La conceplion métaphysique de Dieu et de ses attributs nécessaires est la môme chez tous les spiritualistes. Mais fort heureusement, l'homme, pour comprendre Dieu, dispose d'autres facultés que celles afférentes à l'intelligence pure ; il a son imagination et son cœur. De là, les formes diverses de ses idées et son culte.

Au fond, nous mettons tous, dans notre religion, un peu d'anthropomorphisme. Le Dieu d'Abraham et de Jacob, est aussi le Dieu des chrétiens de tous les temps. Et cependant, quelle différence entre le Jéhovah, le Jahvé si l'on veut, qui voulait tuer Moïse dans une hôtellerie ^ et le Dieu de l'Eucharistie, qui, dans le secret de son Tabernacle, révèle les trésors d'amour de son Sacré-Cœur, à un moine ou à une vierge chrétienne !

Il y a donc plusieurs sortes de monothéismes. Pour déterminer celui de Racine, commençons par dire ce qu'il n'est pas. Certains exégètes de nos jours aiment à peindre, souë des couleurs sombres, le Jahvé des temps primitifs. Ce dieu terrible punit, sur les enfante, les fautes du père, il se rcpent d'avoir créé l'homme, il manifeste à plusieurs reprises le désir de détruire sa race, il déchaîne le déluge et pliîs tard, en une seule fois, il fait périr des milliers d'Israélites; Le tableau est incomplet et ne renferme que des parties noires, mais il faut lui reconnaître un certain fonds de vé-

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