Il serait peut-être plus exact de dire un caraVânaéraili
lito. Les Israélites étaient un peuple à tète dure, ils avaient des instincts assez grossiers et un irrésistible penchant àTidolatrie ^, comme le prouve leur histoire. Dieu ne pouvait se révéler à eux que sous un aspect terrible. Il cherche à inspirer la crainte autour de lui, il se fait appeler le Tout-Puissant, El-Schaddaï, le Dieu vainqueur des' autres dieux et de tous les ennemis d'Israël. Racine a fort bien vu, parce côté d'un grandiose effrayant, le Dieu du déluge et du Sinaï. Je ne dis pas le cruel Dieu des Juifs, — ces mots Racine les met sur les lèvres d'une reine impie, — mais n'est-ce pas Joad qui parle ainsi :
Grand Dieu voici ton iieure, on l"amènc lu proie, Dieu qui hait les tyrans et qui dans Jezraël Jura d'exterminer Achab et Jézabel?
Pour un poète, la tentation était grande d'insister sur ce point; Racine a eu le bon goût de ne pas y succomber. A travers son œuvre on voit Jéhovah armé de ses foudres, mais quelques instants seulement, dans le lointain, comme on entend les cris de carnage et de mort à travers les cantiques suaves des jeunes Israélites.
Il a été bien mieux inspiré, en nous peignant le Dieu des grands prophètes, un Dieu presque chrétien. Esther et Athalie contiennent non seulement une théodicée, mais ce que les théologiens appellent un traité de Deo. Aucun de ses attributs n'y est oublié. Le dogme de l'unité de Dieu est si clair dans la pensée des Juifs fidèles, qu'un petit enfant l'explique à merveille :
Lui seul est Dieu, Madame, et le vôtre n'est rien.
Ce que les Allemands appellent la transcendance de Dieu n'éclate pas avec moins d'évidence :
11 reçoit les soupirs de fhumble qu'on outra^'e. Des plus fermes États la chute épouvantable Quand il veut n'est qu'un jeu de sa main redoutable.
Les vers sur la Providence sont trop connus pour qu'on ait ^ à les rappeler ici.
2. Voir dans Max Mullcr, la réfutation des théories de M. Renan.
Iw\ KKMC.ION JUIVK 7
La pn»sci(Mico ol les autres attributs divins n'ont pas échappé à Haeine :
(Jrund Dieu si lu pn-vois (lu'indi^'ue de sa race
Et les siècles obscurs dînant moi se découvrent.
Non seulement Dieu est sainl, mais son grand prôtrc, son peuple, son temple, tout ce qui est consacré à son culte doit être saint.
Il est l'éternel, le Dieu créateur, puisque le monde est son ouvrage; il comble les siens de faveurs, et pour tant de biens, il commande qu'on l'aime; il protège les orphelins, il fait éclater sa puissance dans la faiblesse; il juge les rois elles puissants de la terre, il met un frein à la fureur des Ilots et il arrôte les complots des méchants. Il remplit le ciel et la terre de sa magnificence, il frappe, il guérit, il perd et ressuscite, il abandonne les ingrats à leur malheureux sort. Mais ce Dieu de tous les mortels et de tous les rois a fait choix d'un peuple de prédilection. Il se considère comme l'époux et le père d'Israël, il le traite avec familiarité et patience. Il l'aime avec la tendresse d'une mère. C'est un Dieu jaloux, un Dieu qui se donne lui-même en récompense à sa nation privilégiée.
Mais n'est-ce pas anticiper sur la théologie chrétienne que de se faire une pareille idée de Dieu, et serait-elle juste, d'ailleurs, comment la concilier avec l'idée du terrible Jéhovah dont il a été parlé plus haut?
Ecartons d'abord cette seconde difficulté. Nous ne sommes tenus, en aucune façon, de ramener à une unité rigoureuse les divers attributs prêtés à Dieu par Racine. Il suffit que ces différents aspects du Dieu des Juifs soient réellement décrits dans la Bible. Ils le sont si bien, que M. Renan s'est cru obligé d'imaginer deux dieux parfaitement distincts, l'un, purement national, égoïste, exclusif, injuste, « l'autre bon, paternel, « juste, unique pour l'univers et le genre humain, le Dieu « des prophètes, le Dieu de Jésus ». Qu'une pareille hypothèse soit inadmissible, les amis de M. Renan eux-mêmes en conviennent '. Mais elle renferme quelque part de vérité, et