Voir la Revue de l'histoire des religions, XVI, p
elle s'appuie sur certaines données exactes. D'un côté, Dieu se révèle dans la Bible, autre que le Dieu des chrétiens, plus sévère, plus éloigné de nous; d'un autre côté, à s'en rapporter aux prophètes, aux psalmistes, ou même à certains versets du Pentateuque, il semble se confondre avec le Dieu de l'Evangile.
Ce merveilleux résultat de la sagacité historique et théologique du poète une fois bien établi, il paraîtra peut-être moins téméraire de chercher à la fois dans l'Ancien Testament et dans les poésies de Racine, comme un germe de la Trinité chrétienne. Les livres hébreux ' nous parlent de la Chokma, de la sagesse, ou siège des idées, des types que Dieu porte en lui-même et d'après lesquels, il a créé les êtres finis et ordonné leurs destinées. Selon l'auteur de la Sagesse, elle est un souffle de la puissance de Dieu, un écoulement pur de sa gloire, le reflet de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité, l'image de la bonté divine. Initiée à l'esprit d'en haut, elle est assise sur le trône de la divinité et prend part à ses conseils. Elle s'identifie avec l'esprit de Dieu qui remplit et embrasse le monde ^. Parler de cet esprit de Dieu avec précision, et ne pas empiéter sur la théologie chrétienne était chose fort délicate pour un élève de Port-Royal ; Racine a eu ce bonheur ou plutôt ce mérite.
Mais si tu les soutiens d Sagesse éternelle... Est-ce Fesprit divin qui s'empare de moi, C'est lui-même il m'échauffe, il m'inspire,
L'Esprit-Saint de notre poète se distingue, dans la juste mesure, de Dieu lui-même, mais il ne se confond pas absolument avec la troisième personne de la Trinité chrétienne, il la laisse seulement entrevoir.
Ce Dieu, dont les attributs sont si complètement décrits, n'est pas dans Racine, une abstraction froide, il est très vivant et très dramatique. On a beaucoup discuté, depuis Boileau, et on discute encore ^ la question du merveilleux chrétien.