‹ La bible dans RacineChapitre 31 sur 142 · Hisl. Uttér.deVAnc. Test. Nôldeke · texte numérisé non relu

Hisl. Uttér.deVAnc. Test. Nôldeke

M. Noldeke s'essaie ensuite à montrer que l'auteur du livre des Rois se trompe dans l'application de son principe. Supposons un instant qu'il en soit ainsi. Dans l'hypothèse môme de M. Noldeke cette préoccupation de tout ramener à la loi observée ou violée, prouve tout au moins que l'auteur du livre des Rois croyait à un contrat passé entre Dieu et son peuple.

L'alliance divine ne s'arrête pas aux Israélites eux-mômes ; elle comprend encore leurs enfants, leurs esclaves leurs terres, leur calendrier; Israël était astreint à un genre de vie dans lequel les Gentils contemplaient, comme dans une image, la grandeur et la perfection de Jéhovah. La marque distinctive en est la sainteté. De môme que Jéhovah est saint, son peuple et toutes choses appartenant à ce peuple doivent ôtre saints. Racine parle souvent du peuple saint, du saint temple, de la loi sainte, et il donne à cette épithète sa plus haute signification. Avec les prophètes, il place la sainteté, non pas dans la pureté légale, mais dans l'obéissance aux deux grands commandements, craindre et aimer Dieu.

Enfin, après chaque violation ou chaque grand événement, l'alliance divine doit être renouvelée. Elle avait été contractée plusieurs fois avant Moïse, elle le fut très souvent dans la suite. Les Chroniques et le Livre des Rois s'accordent à dire qu'elle fut renouvelée à la chute d'Athalie. « Et Jehojada solennisa l'alliance entre l'Eternel et le roi et le peuple, stipulant qu'il serait le peuple de l'Éternel et entre le roi et le peuple ». Racine a dit :

Roi, prêtres, peuple, allons, pleins de reconnaissance, De Jacob avec Dieu confirmer l'alliance, Et saintement confus de nos égarements, Nous rengager à lui par de nouveaux serments.

A quel propos Aristote a-t-il donc prétendu que la poésie est plus vraie que l'histoire? On peut affirmer, qu'ici, elle n'est pas moins exacte.

Une alliance aussi étroite eut pour conséquence et pour couronnement l'établissement de la théocratie. Théocratie ! ce mot qui sonne si mal aux oreilles modernes, donne lieu à des

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inlorpriîtalions (n-rondcs; pour boaucoup do Frîinrais du XIX'" si(>cl(', il est syiioiiymo de « ^ouvcrnomcnt des proln-s »\ Hiuii n'est moins cxacl. Il esl h r(Mnai(iucr duljord (pic, pour employer un tcimc sinon très correct et très juste, du moins fort r('|)andu dans la crili(iu(; (^t dans la polilifpio, les clergés sont modérés. Assez souvent ils se laissent devancer, dans la voie des revendications théocratiqucs , par les laïques militants. Cela est particulièrement vrai pour Israël. Souvent, les prophètes ont dû rap{)eler aux véritables traditions religieuses les prêtres oublieux de leurs devoirs. En lait et en droit, le pouvoir appartenait rarement au sacerdoce. La politique nationale a eu pour représentant, tantôt une femme comme Débora. tantôt un prophète comme Samuel, tantôt un soldat comme Samson, tantôt un soldat-roi comme David, tantôt un anachorète comme Elie ; mais rarement un prêtre simplement prêtre comme le Jehojada dos Chroniques *. La théocratie n'était donc pas le gouvernement des prêtres.

Elle consistait, pour les Juifs, à se gouverner d'après la loi de Moïse et dans le sens de leurs plus nobles aspirations religieuses. M. Renan l'a très bien dit : « Le christianisme et la « conversion du monde au monothéisme sont l'œuvre essen- « tielle d'Israël à laquelle tout le reste doit être rapporté ». Le gouvernement qui favorisait le mieux l'accomplissement de cette sublime mission était le gouvernement théocratique. Il se contentait d'appliquer, dans leur intégrité, les préceptes contenus dans les quatre derniers livres du Pentateuque. Par ses soins, la législation embrassait effectivement tous les détails de la vie sociale : mariage, famille, hygiène, propriété, police, droit des gens. Les actes principaux de l'existence humaine étaient consacrés par la religion de Jéhovah ; l'Etat était en même temps Eglise, le peuple, en tant que corps national et politique, une sainte propriété de Dieu.

Ainsi doit être comprise la théocratie juive. Les tragédies de Racine ne nous la font pas voir sous un autre jour. Cherchez, dans le programme royal tracé par Joad à son pupille, la moindre allusion au gouvernement sacerdotal, vous ne la

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