‹ La bible dans RacineChapitre 32 sur 142 · Nous parlerons plus tard des prêtres scribes · texte numérisé non relu

Nous parlerons plus tard des prêtres scribes

trouverez pas. Dieu, la loi, les principales prescriptions de la

loi, et plus rien.

Promettez sur ce livre, et devant les témoins, Que Dieu sera toujours le premier de vos soins.

A un moment donné, cependant, une occasion se présentait magnifique à Joad. Quand son fils reçoit les tendres embrassemenls de Joas, un nuage passe sur le front du prophète, le meurtre de Zacharie lui apparaît vaguement dans l'avenir. Ya-t-il recommander au jeune roi de conserver toujours ses sentiments de sincère déférence pour les prêtres? Un saint Louis n'y eut pas manqué, mais Joad se contente de dire, avec un soupir :

Enfants, ainsi toujours puissiez-vous être unis.

Mais du moins, les paroles de Joas vont laisser entrevoir Tintluence et l'ambition égoïste d'un prêtre. Cet élève si bien styU3 est bien jeune, bien perroquet de sacristie, (c'est M. Sarcey qui lalfirme) pour ne par trahir son maître. Ecoutez-le : Joas jure à plusieurs reprises d'observer la loi et de rester fidèle à Dieu, mais il ne promet rien aux Lévites. Il y est, du reste, implicitement autorisé par son professeur de politique. Joad ne lui a pas dit seulement : Souvenez-vous que vous avez été élevé par des prêtres, mais :

Souvenez-vous.... que caché sous ce lin,

Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

Nous dirions, aujourd'hui, d'une telle proclamation qu'elle a une note démocratique.

L'idéal politique que le jeune Eliacin a appris à aimer n^est nullement sacerdotal. David, le roi de son choix est bien, pour employer l'expression de M* Renan, un chef du parti clérical, mais il est avant tout un soldat, un roi très jaloux de ses prérogatives. Il ressemble fort peu à un Louis XIII « ce roi sur qui régnait un prêtre ». On ne voit pas que le sacerdoce ait joui, sous son règne, d'une grande influence politique.

Racine le savait bien et le milieu social dans lequel il vi^ vait, l'aidait à concrétiser ses souvenirs bibliques. Nous voyons aujourd'hui des avocats ou des médecins peser d'un

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gi'îirjd poids siii' I(!S (li'lcniiiiiuliotis (11111 rniiiislrc de l;i micrro ou tics liiuinccs <;!, nous alliiljuoiis, bicu à tort, une iiillucrice semblable aux (évoques du xvu'" siècle. Je me fij^uro dilficilcmont HourdaloiK^ ini|)()sant dos colonels à Louvois. IJossuet lui-UK'^mc u'ôtciit ([u'uu ministre au département dos all'aires ecclésiasti(iucs, et moins encore. Si la direction doctrinale du siècle lui appartenait, sans conteste, son pouvoir administratif était rçni'ornio dans do bien otroitcîs limites; qu'on se souvienne de ses liumiliantes démarclios on laveur de son triste neveu. Rien donc n'a empôcbd Racine de comprendre la théocratie constituée par la loi de Moïse. La notion du parti prêtre n'est pas venue s'interposer entre le monde juif et lui. Au contraire, la vision a été nette et le tableau qui la reproduit est sobre et vrai. Supposez à sa place Alexandre Dumas père, Victor lïugo, ou M. Augier, ou M. Sardou, mais non, ne supposez rien, après Athalie, lisez Torquemada.

A la loi mosaïque et à Falliance, se rattache étroitement l'idée messianique. Elle repose, a dit M. Renan, dans les plus antiques assises d'Israël '. Adam, Noé, Abraham, Isaac, l'avaient vaguement connue ; Jacob l'exprime avec plus de précision et de force ; Moïse en fait comme le couronement de son œuvre. « Et le Seigneur dit à Moïse : Je leur susciterai « du milieu de leurs frères un prophète semblable à toi; je « lui mettrai mes paroles dans la bouche et il leur dira tout « ce que je lui ordonnerai. Si quelqu'un ne veut pas entendre '( les paroles que ce prophète prononcera, en mon nom, je « me constituerai son vengeur. »

Désormais la marche d'Israël à travers l'histoire aura un but, ses espérances formeront corps et iront toujours augmentant en intensité et en rayonnement. Il n'est pas facile de déterminer leur nature, avec précision. Pour nous chrétiens, les prophéties n'ont plus de nuages. Elles présentent, comme dans un miroir, tiré tout à coup de la pénombre et mi s en pleine lumière, la vie et les actes de Notre-Seigneur Jésus- Christ, ses ancêtres, sa patrie, son séjour à Nazareth, sa pré-

1. Ewald avait exprimé la même idée, et peut-être avec plus de bonheur : Les espérances messianiques, dit-il, sont l'épanouissement naturel de la pensée fondamentale de la nation juive.

dication, ses miracles, ses douleurs, la date et le mode de sa mort, sa résurrection. Tout est annoncé par des symboles, ou des prophéties directes ; l'Ancien Testament renferme un Évangile anticipé.

Racine, et avec raison, n'a pas prêté aux juifs une perception aussi claire de leur avenir religieux. La plupart d'entre eux entretenaient des idées assez grossières. La suprématie militaire et politique d'Israël et, plus tard, seulement de Juda, l'écrasement des ennemis du peuple de Dieu, une affluence ex'traordinaire de richesses, tel était leur rêve. Cette peu intéressante démocratie du judaïsme n'a nullement préoccupé Racine; elle ne compte aucun représentant dans les deux chefs-d'œuvre du poète. Toutefois quelques-unes de ces notions vulgaires avaient pénétré dans les intelligences les plus élevées et y faisaient ombre. La domination prédite par les prophètes serait-elle spirituelle ou temporelle? On ne sait, mais si nous faisons abstraction des lumières chrétiennes, nous penchons pour la seconde hypothèse. Très ingénieusement, l'Abner de Racine laisse subsister cette équivoque, de manière cependant à montrer ses préférences pour le triomphe purement temporel :

Nous espérions que sur toute tribu, sur toute nation,

Un de nos rois établirait sa domination.

Une autre erreur du populaire juif a été expliquée par Racine. Quand les épreuves d'Israël devenaient trop fortes, quand triomphaient les méchants, la foi du plus grand nombre chancelait, le grand jour de Jehovah disparaissait dans le lointain ; le doute étreignait toutes les âmes. Cependant les forts espéraient contre toute espérance et ils disaient comme Esther :

Ainsi donc, un perfide, après tant de miracles, Pourrait anéantir la foi de tes oracles. Non, non

Les faibles, se décourageaient; ils laissaient tomber les

bras d'abattement et soupiraient comme Abner :

Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous. Où sont ces honneurs à David tant promis?

La race de nos rois est éteinte, le ciel même est impuissant,

à réparer les ruines de col arbre desséché.

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