‹ La bible dans RacineChapitre 33 sur 142 · I.A MKLIC.ION .IIJIVE ±'A · texte numérisé non relu

I.A MKLIC.ION .IIJIVE ±'A

Mais loiil (M'.hi a esl (|iic raccessoirc, poui- Hiiciiic ; s<îs ton- (lunccs religiouscs ot liltdrairos lo porlciionl pliitol à délinir les conceptions m(issi{ini<[ues des Juifs (éclairés et (idMcs. (lenx-ci (échappaient ^c^nri-alemont aux préjugés de Niurs eompaliioles, mais ils restaient hicii loin de, nos idées chrétiennes. 11 est une foule de détails prophétiques très clairs pour nous, auxquels ils ne pai'aissaienl même pas avoir fait attention. En revanche, ceilains points ont eu le don de les préoccuper vivement. Ainsi, le Messie devant lequel viendraient se prosterner tous les peuples de la terre serait de la race de David cl surtout roi (les Juifs '. Il était aussi connu, comme sauveur, comme pacificateur, comme devant réunir toutes les qualités propres à lui assurer un règne éternel. Ces diverses qualités, Racine les a signalées. Mais, si on se mettait d'accord sur l'étendue et la durée de sa puissance, on n'était pas fixé sur la nature de sa mission, ni sur les traits de sa physionomie. Quant à sa douceur, son humilité, ses épreuves si admirablement décrites par les prophètes, on ne les comprenait guère, on se sentait impuissant à les concilier avec ses triomphes et, de parti pris, on n'y pensait pas. Le silence de Racine sur ces différents points est bien motivé.

Les plus vives espérances des Juifs se reportaient sur Jérusalem elle-même. La cité de Dieu était destinée à recevoir les hommages des nations éloignées et des îles lointaines. Les prophètes avaient employé leurs plus beaux chants à célébrer cette future grandeur. Ils avaient si bien réussi que cette idée avait pénétré, à la fin, dans tous les rangs de la nation et faisait partie essentielle de la vie nationale. D'après les rationalistes, il ne faudrait voir dans ces peintures qu'un état de prospérité temporelle. « On ne peut nier, dit M. Nôldcke, que ces espérances n'aient trait à la politique. » C'est peu probable. Les prophètes ne se sont jamais montrés enthousiastes de l'éclat extérieur et de la puissance matérielle de Jérusalem. Ils ont combattu la royauté profane telle que l'avait inaugurée Salomon, à la tin de sa vie ;

1. Le procès et la condamnation de N.-S. J.-C. prouvèrent bien plus tard Tiiuportance de ce titre. Dans la pensée des Pharisiens on ne pouvait pas se dire le Messie sans se déclarer, par là-niéme, roi des Juifs.

à Jours yeux, le luxe, l'excès de la jouissance constituaient un danger pour la foi d'Israël et, par conséquent, un malheur. Et l'on voudrait que ces hommes austères, ces anachorètes si exclusivement possédés de l'idée religieuse aient appelé de leurs vœux, une ère de richesse et de domination temporelle! Au point de vue rationaliste, il est évident qu'un prophète se contente de placer dans l'avenir la réalisation de son idéal. Cet idéal n'était-il pas religieux? L'or de Saba, les troupeaux de Gédar, les dromadaires de Madian ne sont donc qu'une manière de faire comprendre les gloires de la nouvelle Jérusalem. Les portes resteront ouvertes, nuit et jour, pour que l'élite des peuples vienne baiser les traces de la sainte Sion. La cité de Dieu n'aura besoin ni de soleil pour éclairer ses jours ni de lune pour illuminer ses nuits, parce que Jéhovah sera sa lumière éternelle.

Ainsi en est-il dans la description de la nouvelle Jérusalem au lY'' acte à'Athalie. Chaque trait dont elle se compose est emprunté au monde matériel; l'impression qui s'en dégage n'est que morale et religieuse.

Mais les espérances d'Israël n'allaient pas sans quelque crainte : trop de menaces avaient retenti contre le peuple ingrat. Les prophètes les plus optimistes n'avaient jamais cessé de mêler des tristesses à ces joies futures. Les mélancoliques, comme Osée ou Jérémie, n'entrevoyaient guère que des épreuves dans l'avenir. Par une contradiction étrange, les Juifs si rétifs à l'idée d'un Messie pauvre et humilié, s'accommodaient fort bien pour leur patrie des souffrances préparatoires au grand triomphe'. Cette contradiction s'explique par l'histoire et le caractère du peuple Juif. Aucun peuple n'était familiarisé comme lui avec ces grandes épreuves, aucun peuple ne les a supportées avec autant de stoïcisme et de persé^ vérance. Sous le règne de Sédécias, Jérémie fut mis en prison pour avoir prédit trop souvent la ruine immédiate de Jérusalem. Un pareil fait semblerait prouver qu'on ne croyait pas à ses prédictions. On y croyait très bien, au contraire, puisque le roi venait visiter, en secret, le prophète prisonnier.

Le tableau de l'exil se présentait donc naturellement, dans Athalie. Racine l'a si bien compris qu'il s'est dispensé des

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Iransilions ot dos jn'c'caulions oialoii'cs (jii'il ainir» lanl. JoîkI nnpij;(* ses audilciirs à plciiror, avanl mônio d'avoir cxpliijuu |)()Ui'([ii()i :

iMciiri", Jriusiili'iii, iili'iirc, ^•\\^'• [x'ilido, Dos proplitMcs divins iiuiiliciueusc lioinicidi!.

Les témoins de la j)ro|)li('lio j)araissent beaiicoup plus affligea que surpris. Dans les Iragodies profanes de Racine, l'annonce d'un mallieur provoque presque toujours un cri d'incrédulité. Phèdre apprend de Thésée l'amour d'LIippolytc pour Aricie, mais elle n'en veut rien croire : « Quoi seigneur! » et il faut qu'on lui confirme la nouvelle. Oreste vient annoncer à JJermione, qui cependant aurait dû s'y attendre, la mort de Pyrrhus. Il est mort? s'écrie-t-elle, et Oreste se croit obligé de lui dire une seconde fois : « Il expire. » Ces cris de surprise sont tout à fait dans la nature. Mais ni le chœur d'Atha^ lie, ni Josabeth, ni Azarïas ne s'étonnent; ils s'inclinent, soupirent et prient.

Toutes les lignes de ce chapitre se rapportent à la loi écrite. Amour et crainte de Dieu, alliance, théocratie, messianisme ont leur expression dans le texte même de la Thorah. Les Livres Saints ne contiennent pas cependant toutes les idées religieuses des Juifs. Il existait, parmi eux, une tradition orale qui remontait jusqu'aux patriarches et s'appuyait sur des documents perdus, depuis. Des ouvrages comme le Séfer Ha^ jaschar ou le Séfer Millhamoth JaJivé exercèrent une grande influence sur les Juifs des temps reculés. De ces différentes traditions naquit un enseignement distinct du prophétisme et parallèle, en quelque sorte, à la Thorah *. Il comprenait certains dogmes, comme celui de la prière, des prescriptions rituelles, comme l'aspersion des livres sacrés, des souvenirs historiques, comme celui de la pierre du désert. Toutes choses dont il n'est pas fait mention dans le texte de la loi^ Racine n'a dit qu'un mot de cette tradition : « On m'explique sa loi »; mais ce mot m'a paru assez important et assez décisif pour être signalé;

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