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Kuenen, Renan, Réville, Stade, etc

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M. Jules Lciniillrc iil'liniic l)i('ii <|ii(' réliide de .IojkI est très iiitt^rossanlc, nuiisjd ilouto i'orl (jue co (lilclUiiitisnrKMlu spirihiol orili(|ii(' soit (;onta}i;ioux. Aussi, les idées di^tavorulilcs îi Joad al)()ud('ut dans les ouvi'ajj^cs lilt<''raii'os de nos jours, .le voudrais d'abord doharrassor lo terrain de cos impedimenta.

«. ^(M'soiinc, dit M. Taino, n'ij:;uor(' assez l'tiistoiro j)our « sup[)Osor ([ue Joad soit un pontife juif. Joad parle comme « un prélat du xvu° siôclo. Malgré moi, en lisant ces paroles, (( je songe aux sentiments que les catholiques éprouvaient « alors contre les protestants : c'est la même l'aideur intolé- « rante, la môme foi enracinée et indestructible, la même ((. prétention à régler et à punir les convictions d'autrui. » Assurément Joad a quelque chose de la physionomie de Bossuet. Chez l'un comme chez l'autre, mémo manière de se présenter ', même ton de pontife militant, même ampleur de la période oratoire. Ordinairement majestueux, ils savent s'agenouiller dans les circonstances solennelles, l'un pour saluer Joas roi, l'autre pour faire appel aux sentiments religieux de Louis XIV. Mais de ce que Joad ressemble à Bossuet, il ne s'ensuit pas qu'il n'ait rien de juif. Un critique appelle très justement Bossuet un génie hébraïque. « La Bible, dit, M. Henri Martin, est la seule nourriture assez forte pour son génie. Bossuet y voit la science vivante, la parole toujours vibrante et enflammée ; il s'en pénètre et s'en revêt tout à la fois; il fait sien tout ensemble l'esprit et la forme, autant que le permet la difl^érence des temps et des langues. » La comparaison de M. Taine ne prouverait donc pas beaucoup contre la vérité historique de Joad, en supposant môme qu'elle fût parfaitement juste. Mais elle n'est pas même exacte : Joad et Bossuet diff'èrent entre eux sur plusieurs points et, chose curieuse, surtout sur les points oii M. Taine croit trouver de la ressemblance.

Voyez, par exemple, comment Joad traite ses adversaires. Il appelle Mathan traître, monstre d'impiété, il s'étonne que les murs ne l'écrasent pas, que l'abime ne s'entr'ouvre pas

1. Les proiniri'cs paroles de Joad t'ont très bien le pendant au premier mot de Loraison furirbre d'Henriette de France.

SOUS SCS pieds, et il le livre aux chiens. Aucun théâtre n'offi'e une pareille scène de violence. M. Taine l'avait oublié sans doute quand il reprochait à Joad son excès de politesse. Voulez-vous savoir, au contraire, comment l'évoque français traite ses adversaires? Lisez la relation de la fameuse conférence avec Claude * : « .le fus au rendez-vous, où je rencontrai M. Claude. On commença par des honnêtetés réciproques, et il témoigna de sa part un grand respect M. Claude

prit la parole et après des honnêtetés, etc. »

Mais voici bien une différence plus considérable. Joad passe pour le plus beau représentant du gouvernement théocratique. Bossuet, lui — je vais scandaliser bien des lecteurs — ■ Bossuet n'en veut pas, du gouvernement théocratique : « Moïse (( réformateur religieux, ordonne du commerce et de la police, « des successions et des héritages, de la justice et de la guerre, « et enfin de toutes les choses qui peuvent maintenir un em- « pire. Mais le prince du nouveau peuple, le législateur de « l'Eglise a pris une conduite opposée. Il laisse faire aux prin- « ces du monde l'établissement des lois politiques et toutes « celles qu'il nous donne, et qui sont écrites dans son évan- « gile, ne regardent que la vie future. L'Eglise de Jésus-Christ « voyage comme une étrangère parmi tous les peuples du « monde. » Ainsi donc, au jugement de Bossuet, le gouvernement qui pour lui est l'idéal s oppose à la théocratie dont Joad est le représentant. C'en est assez, je pense, pour montrer que Joad n'est pas uniquement un prélat du xvn^ siècle. La plupart des traits de cette physionomie juive. Racine ne les avait pas sous les yeux. Pour les peindre, il a dû sortir de son temps, et faire abstraction de ses souvenirs personnels.

Une seconde accusation portée par Voltaire contre Joad trouve aujourd'hui encore quelque crédit auprès des lettrés. Elle n'est pas nouvelle puisque elle a pour premier auteur l'Athalie des Paralipomènes et du quatrième livre des Rois : Complot, dit-elle, complot, conjuration, conjuration !

Il me semble qu'il faudrait s'entendre au préalable sur le

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