Œuvres complètes, tome XII, page
LA HELiniON JUTVK 20
s(Mis dos mois. Suini-il pour ôlro conspiralcui' dn chorclior à nuivorsor \o ^ouvcriicmonl. oful)li? IJ;ins co cas, il IjuKlru app('l(M-cons|)iral(Hirs lliirniodius cl Arislo^lton, nnilus, l'ilicnnc Mttrc(d cl l(!s auteurs d(! Fruclidoi*. Le suhjccUr domine dans l'idiJo do conspiralour. Aux youx do la plupart des historiens, riuillaume d'Oraii^c^ ne nicrile nulhmicnt ce nom. ('c serait s'exposer à des réllexions désagréables que de le quaiilier ainsi, en présence d'un Anglais ; et cependant il a renversé le gouvernement établi. Au fond, les partis politiques manquent un peu de sincérité dans Temploi de ce mot. Chacun se réserve de le jeter à la face de son adversaire tout en conspirant, sans scrupule, quand une occasion se présente. On peut toutefois établir un critérium accepté par tous. Posons en principe que pour ôtre conspirateur, il ne suffit pas de se révolter contre la légalité. Il n'est peut-être pas un seul parti en France pour lequel, à un moment donné, la protestation même aidée de la violence, n'ait été le plus sacré des devoirs. Cette théorie est très nettement formulée dans la phrase célèbre de Napoléon III : « Je sors de la légalité pour rentrer dans le droit, » Maxime abominable de coup d'Etat, dira-t-on : sans doute, mais quelque chose de cette idée ne se retrouvet-il pas — sous une autre forme naturellement — dans la protestation de la douce Antigone de Sophocle et dans la proclamation d'indépendance des Etats-Unis ?
Il y a donc à déterminer les circonstances dans lesquelles la conspiration perd son caractère odieux et peut même devenir légitime. Avouons-le franchement : n'est pas conspirateur celui qui se révolte contre un gouvernement quelconque, mais seulement celui qui cherche à renverser un gouvernement légitime, c'est-à-dire un gouvernement conforme à l'esprit national. Or, quel était le gouvernement vraiment national des Juifs? M. Renan va nous le dire : « Ainsi « se maintient la grande loi qui domine l'histoire d'Israël, la « lutte entre la tendance libérale (lisez polythéiste) et la ten- « dance conservatrice (lisez monothéiste), lutte où pour le « bonheur du monde la pensée conservatrice a toujours eu le « dessus. Celui qui a étudié cette histoire d'après nos idées « modernes, reflet des idées de la Grèce et de Rome, est
« scandalisé à chaque pas; il doit être pour Saîil contre Sa- (f mucl, pour Isboseth contre David, pour les rois contre les « prophètes, pour les Samaritains contre les Juifs, pour le « parti helléniste contre les Macchabées. Et pourtant si Saiil « et Isboseth Tavaiont emporté, Israël n'eût été qu'un petit état « oublié de l'Orient, quelque chose comme Moab ou l'Idumée. <( Si les rois eussent étouffé le prophétisme, peut-être Israël eût- « il égalé dans l'ordre des choses profanes la prospérité de ïyr « ou de Sidon ; mais tout son rôle religieux eût été suppri- « mé... Que si nous posons cette question : Israël a-t-il rem- « pli sa vocation? Oui, répondrons-nous sans hésiter, Israël « a été la tige sur laquelle s'est greffée la foi du genre hu- « main. » Dans la lutte contre le gouvernement d'Athalie, Joad représentait le parti vraiment national. Du succès de son entreprise dépendaient la gloire et la mission de sa patrie. Un tel homme n'est pas un conspirateur.
J'arrive enfin à la troisième accusation portée contre Joad. Le grand-prêtre, dit Voltaire, trahit Athalie par le plus lâche des mensonges. « On trouverait aujourd'hui singulières, « ajoute M. Taine, les phrases à double entente par lesquelles « Joad attire Athalie dans le temple. Voltaire a prononcé « deux mots impolis sur son compte, et, sur cette matière, « les sentiments de Voltaire sont maintenant dans le cœur « de tout le monde. » Il y a presque du courage à n'être pas aujourd'hui de l'avis de tout le monde : M. Taine lui-même en a su quelque chose. Ici, la discussion est très délicate. La question de la fourberie de Joad exige, en effet, quelques distinctions, et il paraît que les distinctions sentent un peu leur terroir classique. Pourtant le grand adversaire des casuistes l'a dit : « La vérité est une pointe subtile : il ne faut « pas que nos instruments soient trop mousses pour y tou- « cher exactement. S'ils y arrivent, ils en écachent la pointe « et appuient tout autour, plus sur le faux que sur le vrai. » Malgré tout, essayons; Racine lui-même avait prévu l'objection. Pour justifier l'équivoque du grand prêtre, il dit : 1° « Solvite « templum hoc et in tribus diebus excitabo illud. Détrui- « sez le temple et je le relèverai en trois jours ; 2° Martyre « de saint Laurent à qui le juge demande les trésors de l'É-