‹ La bible dans RacineChapitre 48 sur 142 · Delitzsch, Der Pi'ophet Jesaia · texte numérisé non relu

Delitzsch, Der Pi'ophet Jesaia

lonticrs nous dirions le mot tant de fois cité : Tu ne me persuaderas pas, non, quand tu m'aurais persuade.

En cela, notre sentiment religieux et poétique ne nous trompe pas. Oui, à ne considérer que la fraîcheur et la pureté du sentiment religieux, il y a une différence très grande entre r Ancien Testament et Racine. Mais cette différence n'est pas pour ainsi dire palpable; elle gît dans le ton, dans l'accent, dans une conscience plus parfaite des vérités révélées, L'Esprit-Saint a inspiré aux écrivains sacrés des chants que nos plus grands poètes ne sauraient égaler. Mais peut-être ces chants les comprenons-nous mieux et les sentons-nous plus vivement que leurs auteurs eux-mêmes. Ce qu'ils célébraient a pris une forme concrète et précise : nos yeux Font vu, nos mains Font touché, comme dit saint Jean. Depuis l'avènement de Jésus-Christ, le niveau moral s'est sensiblement élevé dans le monde ; l'àme humaine a acquis une faculté nouvelle, le sens du Christ dont parle saint Paul, De là, cette supériorité religieuse du poète chrétien sur le prophète hébreu.

Quelques exemples rendront cette différence plus manifeste. Josabeth dit aux jeunes filles du chœur :

Tandis que je me vais préparer à marcher, Chantez, louez le Dieu que vous venez chercher.

Cette manière de parler est tout à fait biblique. Sous l'ancienne loi, chercher Dieu désignait les actes du culte qui n'avaient lieu que dans le tabernacle ou le temple. Mais combien dans Racine le mot gagne en précision et en beauté ! Bon gré mal gré, notre pensée va au delà du texte ; nous n'assistons pas seulement à un acte cérémoniel de l'ancienne loi, nous nous représentons le Dieu de l'Eucharistie prisonnier par amour dans son tabernacle, l'époux des âmes qui se plaît au milieu des lis ; nous voyons , comme dit Pascal , les vierges qui prient au saint Sacrement de l'autel.

Autre exemple : Dans les chœurs A'Esther, les jeunes filles célèbrent le bonheur de l'amour divin et la paix d'un cœur fidèle. Plusieurs auteurs de psaumes ont développé ces idées avec de superbes variantes, dans des vers débordant de lyrisme. Mais, par delà les transports de l'Hébreu, on distingue le

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ItuI jMM^cis fifi SOS |)ri(''i'os cl, de ses cliiinls, cl ce hul n'csl pas l(»iii<»iirs ('xcmi'tl (Tr'^oïsmc ou dr-lroilcsso. Sous I iiillucuci; (lu clirislianisnic, cvs Ir.-iccs (riuh'ièl oui (lispaiii. L'idée d'aïuour divin csl devenue iiis('[)aial)le (\(\ l'idc'e (ral)U<'';;alion, de sacrilicc cl de soullrances voloiilain.'s. Les enscij^^ncMwnls et les exemples des Saints sont venus épurer encore et compléter cette notion. Les siècles chrétiens en ont fait Tobjet do leurs mc'dilations el de leurs oITorts, et il s'est trouvé un solitaire pour leui' donnei' une l'orme délinilivc. « 0 Seigneur, mon Dieu, saint objet do mon amour, quand vous descendrez dans mon cunir, toutes mes entrailles tressailleront de joie '. Vous ôtcs ma gloire et la joie de mon cœur -.

L'amour de Jésus est généreux, l'amour veut être libre et dégagé de toutes les affections de ce monde, afin que ses regards pénétrent jusqu'à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni retardé par les biens ni abattu par les maux du temps. Rien n'est plus doux que l'amour, rien n'est plus fort, plus élevé, plus étendu, plus délicieux. Celui qui aime, court, vole ; il est dans la joie, il est libre et rien ne l'arrête [Imitation, liv. III, ch. v).

Racine ne pouvait pas se soustraire à l'influence de telles idées. Les écrits de saint François de Sales et de sainte Thérèse étaient dans les mains de presque tous ses amis, et les théories les plus mystiques devenaient les thèmes ordinaires des conversations de salon. On respirait en quelque sorte le pur amour dans l'atmosphère de notre poète. « Madame de Maintenon « allait régulièrement dîner, un ou deux jours la semaine, à (( Thôtel de Beauvilliers; d'autres fois, ordinairement le di- « manche, à l'hôtel de Chevreuse. Il n'y avait qu'elle, les deux « sœurs et leurs maris ; tout se passait en famille avec la son- « nette sur la table, afin de n'avoir pas de valets autour de soi « et de pouvoir causer sans contrainte. Fénelon y fut admis. On « s'entretenait de piété à ces réunions intimes. Madame Guyon

1. Inutile, je pense, de faire remarquer l'étonnante analogie qui existe entre ce verset de l'Imitation et le passage célèbre des chœurs :

Dieu descend et revient habiter parmi nous. Terre, frémis d'allégresse et de crainte.

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