douce paix
Heureux le cœur qui ne te perd jamais !
« y venait quelquefois; personne ne parlait de Dieu comme « elle ^ » Au Carmel, à la Visitation, à Saint-Gyr, on était plus avancé encore. Sur une piété à la fois délicate et forte, sentimenta;le avec mesure, faite de prière, de recueillement, de pudeur et d'onction, se greffait un mysticisme savant et hardi, tempéré de raison et de théologie. Tout cela formait un état d ame unique dont Racine s'est inspiré pour composer ses chœurs.
Faut-il l'en blâmer beaucoup ? Remarquons d'abord qu'aucune partie importante de ses chœurs n'est en contradiction formelle avec la religion juive. Tout ce qui est moderne concorde admirablement avec l'Ancien Testament, ou plutôt constitue le commentaire chrétien de la parole sacrée. La faute chronologique commise par le poète n'est donc pas considérable ; elle est ensuite nécessaire et elle est enfin très heureuse au point de vue supérieur de l'art. M. Nisard a dit d'Andromaque : « S'il se trouvait dans la salle une mère plus tendre, une épouse plus fidèle, une femme d'un esprit plus délicat qu'Andromaque, c'est Racine qui aurait tort. » De même, il aurait tort, si dans Saint-Cyr il se fût trouvé une jeune fille d'une piété plus aimable et plus élevée que celle de Salomith et de ses compagnes.
Dieu merci, nous n'avons pas un tel reproche à lui faire. Rien de pur et d'achevé comme ses profils de vierges. Seulement, il n'en est pas ici comme dans ses autres peintures profanes. Comment s'expliquer les alternatives de brutalité et d'exquise galanterie d'un Pyrrhus.^ La vérité historique est sacrifiée, et pas toujours avec bonheur, au goût du xvn^ siècle. Dans les deux tragédies sacrées, au contraire, la vérité historique fléchit à peine, et juste dans la mesure nécessaire pour s'adapter harmonieusement à la vérité humaine. Ce serait une souveraine injustice de ne voir là qu'une preuve de la finesse du poète. On ne combine pas ainsi deux ordres de choses parfaitement distincts sans connaître à fond chacun d'eux. Dans la peinture de la vie religieuse des Juifs, il faut surtout admirer la supériorité du sens historique de Racine.