DOGMES
Poi^sic et théologie. — Le pL'chi' originel. — La grâce. — Les Anges de Racine et ceux (le Musset. — Les démons chez Racine et Bossuet. — Le diable dans l'opéra moderne et chez M. Renan. — L'immortalité de l'âme, le schéol, la l'ésurrcction.
La Bible ne renferme aucun traité dogmatique proprement dit. Néanmoins des divers livres qui la composent il serait facile de dégager une sorte de théologie. Cette théologie, naturellement, n'aurait ni la précision, ni la méthode que recherche l'Européen. Il entre dans les habitudes du Sémite d'intercaler un principe dans un récit, ou de le dissimuler sous la poésie, ou môme de ne le faire connaître que par ses conséquences, sans le formuler en aucune façon. Comme forme, ses idées les plus abstraites correspondent assez bien à nos idées les plus poétiques et les plus concrètes. Une traduction en vers serait celle qui leur conviendrait le mieux. Pour exprimer les principes théologiques de Moïse et du prophétisme, nous aurions besoin d'un Lucrèce chrétien.
Ceci explique pourquoi il n'est pas tellement absurde de chercher une dogmatique dans un drame religieux.
Le péché originel est à la base même du Mosaïsme. Les premières pages de la Genèse nous montrent l'homme chassé de l'Eden pour son péché et condamné à féconder la terre de ses sueurs, pendant que la femme enfante dans la souffrance. Le péché exerce un empire absolu sur la terre : il se fixe dans la nature de l'homme, dès le moment de sa naissance : « ses
inclinations le portent au mal dès son jeune âge ' ; les héros, les saints, les amis de Dieu ont à lutter contre cette corruption innée et succombent quelquefois dans la lutte. » Avec quelle éloquence Isaïe, Jérémie, Job, les Psalmistes expriment ce triste état de l'homme conçu dans le péché !
Nous trouvons dans le janséniste Racine la môme conviction, et sa peinture de l'homme, si nous tenons compte de la différence des tempéraments, a le môme caractère et le môme accent de mélancolie. La frayeur et l'ignorance peuvent tant sur l'esprit des mortels ! Leur cœur se laisse si facilement séduire par la flatterie et le plaisir ; la vertu marche au milieu des périls ; les plus sages eux-mêmes se laissent égarer. Voilà bien la nature humaine viciée par le péché originel. Heureusement, la grâce de Dieu est là pour délivrer l'homme du mal, le soutenir dans la lutte et lui assurer la victoire. Un élève de Port-Royal ne pouvait manquer de combattre le bon combat de la grâce. Gardons-nous ici, de toutes les exagérations de Sainte-Beuve ; n'allons pas faire lever sous chaque vers, sous chaque mot, quelque allusion aux jansénistes; mais il faut bien reconnaître que, dans un certain nombre de vers, le dogme de la grâce est habilement exposé. Les vengeurs de ta querelle, ôDieu, ne se glorifient point dans leurs propres mérites. C'est le mot de saint Paul : A Dieu ne plaise que je me glorifie.
La contre-partie se présente tout naturellement : Mais ma force est au Dieu dont fintérêt me guide.
La traduction de saint Paul est encore ici manifeste, bien qu'un peu libre ; mais cette fois, elle serre davantage le sens. Saint Paul avait dit en effet : Je puis tout en celui qui me fortifie.
Enfin, d'après la théologie chrétienne, la grâce produit des effets à la fois tout puissants et universels. Nous pouvons tout, d'après saint Paul, avec la grâce : « Omnia possum in eo qui me confortât », et sans elle, nous ne pouvons rien, d'après Jésus-Christ lui-même : « Sine me nihil potestis facere. » C'est